J’ai l’air de glander ?

Publié le par the idiot

Je faisais juste semblant…

 

Festival&co1

 

Récits d’un voyage dans les méandres de la culture

vol.7

Libraire dans l’âme ? Bon, peut être pas non plus. En tout cas, assez intrigué par la profession pour m’être enfermé dans un IUT pendant une année entière à étudier les diverses facettes du livre, depuis sa fabrication jusqu’à sa vente. On n'abordait pas trop la lecture par contre, il faut croire que ce que les lecteurs font de leurs livres après achat n’est pas d’une grande importance… Enfin, je vais pas recommencer à me plaindre au sujet de mon éducation, sinon on s'en sort plus. Une année bien pénible en tout cas, heureusement égayée par quelques belles rencontres, qui s’est conclue par un stage effectué en partie dans une librairie anglophone mythique, Shakespeare & Company.

Je suis obligé ici de faire un petit historique du lieu, si ça vous ennuie on se retrouve au paragraphe suivant (mais restez, puisque c’est intéressant). Pour les plus téméraires donc, le nom de la librairie est aussi bien associée à la génération perdue, celle de Joyce, Hemingway ou Miller, qu’à la beat generation des Kerouac, Ginsberg et autres Burroughs. Cette identité double découle du fait que deux librairies ont porté ce nom. La première, avant la Seconde Guerre mondiale, sous la direction de Sylvia Beach, éditrice notamment d’Ulysse, fut fermée sous l’occupation allemande. Elle accueillait de nombreux auteurs américains et britanniques résidant à Paris dans les années 1920 et 1930. La légende veut que ce soit Hemingway lui-même qui, débarquant à Paris avec les forces alliées à bord d’un tank, alla libérer Beach et arracher les planches de bois qui condamnaient alors sa boutique. La librairie actuelle date de 1952 et fut fondée par George Whitman, dont l’ami Lawrence Ferlinghetti est l’éditeur, ainsi qu’un auteur, de la beat generation aux Etats-Unis.

Festival&co2Donc voilà l’endroit où je me retrouvai en stage pendant cinq délicieuses semaines, dans un environnement calme qui semble ne pas connaître le stress et où les clients sont dans l’ensemble très agréables. Autant vous dire que ça change du genre d’endroit où j’ai eu l’occasion de bosser auparavant. Mais bon, j’abrège parce que je ne suis pas là pour vous raconter ma vie. Si un jour il m’arrive quelque chose d’intéressant je vous en ferais part, mais pour l’instant vous pouvez dormir tranquilles. Si je parle de tout ça, c’est pour évoquer le festival qu’a organisé la librairie fin juin sur lequel j’ai eu l’occasion de travailler. Festivalandco se tient (environ) tous les deux ans et cette année les rencontres s’inscrivaient autour de la thématique « politique et fiction » ou « politics and storytelling » en version originale.

Etaient donc invités une trentaine d’auteurs, surtout anglophones, pour proposer au public aussi bien des lectures de leurs œuvres que des tables rondes autour de questions aussi diverses que « Les livres changent-ils le monde ? Le monde change-t-il les livres ? » ou « La signification de la Coupe du monde pour l’Afrique : quatre écrivains tapent dans le ballon. » Si je n’ai pas pu assister à toutes les lectures (ben oui, je bossais, qu’est-ce que vous croyiez ?) j’ai quand même pu aller écouter des bouts par ci, par là. Les lectures qui m’ont le plus marqué et sur lesquelles je me suis quelque peu attardé au grand désespoir des personnes qui me remplaçaient gentiment à mon poste pendant ce temps là (et que je remercie d’ailleurs à cette occasion) ont été celles de Will Self et de Breyten Breytenbach.

Self est un jeune auteur anglais complètement barré qui lisait des extraits de l’un de ses romans, Dorian. Il s’agit d’une relecture moderne du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde transposé en pleine crise du Sida, explorant la représentation et l’esthétisme du sexe dans le monde actuel. Breytenbach est une figure plus célèbre dans le monde littéraire. Ecrivain sud-africain, exilé en France depuis les années 1960 et son opposition au régime de l’apartheid, il a lu des textes écrits à propos de son ami, le poète palestinien, lui aussi un résistant, Mahmoud Darwish qui est mort en 2008. Une lecture émouvante qui fut suivie par une discussion passionnante abordant des thèmes allant de la responsabilité de l’artiste vis-à-vis de la société au problème israélo-palestinien. Ces deux lectures m’ont donné envie de m’intéresser aux œuvres de ces écrivains alors il se pourrait que j’en parle plus en longueur ici sous peu.

Festival&co3Mais alors, qu’est-ce que moi je foutais sur ce festival vous demandez vous. Autre que boire café après café ? Ben je vendais les livres en français. Ou du moins j’essayais de les vendre. Et ce fut une assez grande désillusion. Trente livres en trois jours, quand on est si idéalement placé que l’était mon stand et qu’il y a un public aussi nombreux, c’est tellement minable qu’on finit par se dire qu’il y a un truc qui cloche. Du côté de Shakespeare & Company, tous les efforts avaient été faits pour attirer un public non anglophone avec des interprètes traduisant les débats en français et un programme bilingue. Le problème, selon moi, venait du fait que le libraire français auquel la gestion du stand de vente de livres en français avait été confiée n’a fait aucun travail de communication atour de l’événement. C’est un peu le comble quand on voit le nombre de personnes intéressées par ce genre de manifestation. Le dynamisme est la seule chose qui puisse sauver le métier du libraire face à la concurrence que l'on trouve sur Internet et il serait temps que la profession s'en rende compte. Malgré tout, j’ai bien pris mon pied tout au long de ces trois journées qui se sont soldées par une foule à moitié saoule, affalée au milieu de la rue devant la librairie à regarder une projection du Paper Cinema, une bande de gus qui font des films en direct avec des découpes de papier, projetés sur un drap tendu entre deux arbres. Il faut dire qu'en plus j'avais la cantine et le stand de cafés comme voisins alors j'étais plutôt bien entouré. D'autant plus que quelques conteurs nous fournissaient régulièrement de l'animation. Je conseille dans tous les cas à toute personne qui se passionne pour la lecture de profiter de ce genre d’événement beaucoup plus enrichissant qu’un Salon du livre se déployant sur trente hectares à la Porte de Versailles.

L'IllusionnistePour finir, je vais vous invectiver à aller voir le seul bon film que j’ai vu au ciné ces derniers temps. C’est pas avec Prince of Persia, Robin des bois ou The Crazies que je vais arriver à rentabiliser mon passe mensuel. Après en avoir vu les premières images à l’exposition consacrée par la Cinémathèque française à Jacques Tati, je ne savais pas trop à quoi m’attendre de L’Illusionniste, le nouveau film de Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belville). Ces images avaient l’air froids, voire misérabilistes, bien loin du Tati que je connais et que j’aime mais heureusement quelqu'un de bien inspiré m'a donné la motivation de bouger mon cul jusqu'au cinoche. En réalité le film de Chomet, hormis un graphisme nostalgique et bucolique à souhait, est fortement empreint d’éléments de l’univers du grand réalisateur français. Que ce soit au niveau rythmique ou des thèmes où l’on retrouve cette sempiternelle frustration de voir une modernité barbare mettre à mort certaines traditions, l’écriture de Tati respire à travers ce film d’animation. Manque juste les gags, qui seraient sans doute mal passés sans la présence de l’unique talent de celui qui incarnait autrefois Hulot, et qui n’ont de toute manière pas leur place ici car, malgré son titre, ce film parle avant tout de désillusion face à une froide réalité.

C'est marrant comme parfois les choses coïncident. A peine ai-je vu ce film que je lis le Asakusa Kid de Takeshi Kitano où l'auteur raconte comment il s'est retrouvé lui-même pour la première fois sur les planches d'un music-hall à Tokyo dans les années 1970. On retrouve quelque part la même ambiance et cette intimité partagée entre artistes vivant dans la misère. Ecrit avec cette candeur enfantine que l'on retrouve aussi bien dans sa façon de filmer que de peindre, marqué par son humour farfelu, le livre devrait faire le bonheur de tous les fans du réalisateur japonais.

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Cachou 07/07/2010 12:25


Toi, tu me connais vraiment mal, hein ;-p (oui, je sais, ahahah en fait)


Cachou 07/07/2010 12:00


Ouaip, mais si tu n'arrêtes pas, moi je peux point, c'est plus fort que moi...


the idiot 07/07/2010 12:23



Mais si, tu peux le faire.



Cachou 07/07/2010 11:55


Bof bof. Je préfère les mouvements des Myazaki qu'ici (purée, on est passé à deux pages de commentaires, ma paresse me dit qu'il faut qu'on squatte un autre article, parce que là faut cliquer sur
une page en plus...)


the idiot 07/07/2010 11:59



Haha, faut arrêter de flooder aussi! A force de parler de moustaches et autres obsessions, c'est sûr que les lignes s'accumulent.



Cachou 07/07/2010 11:44


J'aime bien le personnage, moins la manière dont elle est dessinée.


the idiot 07/07/2010 11:52



Il y a un petit côté Miyazaki je trouve.



Cachou 07/07/2010 11:33


Nan, il était trognon le lapin (la scène du ragout, délicieuse). Mais la jeune fille, moins.


the idiot 07/07/2010 11:35



J'aimais bien la fille, puis c'est sa transformation qui fait pour beaucoup dans l'aspect triste du film.