The Tree of Life

Publié le par the idiot

The Tree of Life
(2011)
Terrence Malick
Jessica Chastain, Brad Pitt, Sean Penn

 

The Tree of Life


Terrence Malick est un cinéaste visionnaire, mais nous le savions déjà. Qu’il soit un metteur en scène de génie, il nous l’avait démontré au cours de ses films précédents, qu’il s’agisse de La Ligne rouge, des Moissons du ciel ou de La Ballade sauvage (vous l’aurez compris, j’avais trouvé Le Nouveau monde un ton en dessous, mais après la claque que je viens de prendre je lui donnerai probablement bientôt une nouvelle chance). Au cours de sa filmographie parcimonieuse mais néanmoins dense, sans doute Malick ne nous avait-il pas encore dévoilé toute l’ampleur et la profondeur de ses ambitions pour un média qui a, au cours des dernières décennies, trop souvent été traité avec condescendance aussi bien par le public que par l’industrie elle-même, méprisé tel une vulgaire attraction à peine bon à divertir le grand public par des histoires sans relief ni réflexion, un média auquel l’un des réalisateurs américains les plus talentueux et les plus discrets de sa génération rend ses lettres de noblesse avec son dernier opus, The Tree of Life, un chef d’œuvre incontestable et démesuré récompensé par une Palme d’or largement méritée.

L’histoire, si l’on peut parler ici d’histoire tant le film défie toute approche classique du cinéma narratif, est celle de l’homme face à un sentiment d’absolue solitude et de sa relation aux autres, au monde qui l’entoure, un homme hanté par les souvenirs de sa jeunesse et de la cellule familiale, un homme confronté à son insignifiance face au monde et à l’univers et à son impuissance face à l’inconscience de ses semblables. Pour simplifier, le film navigue entre trois récits distincts mais indissociables. Celui de cet homme, Jack O’Brien, face à la solitude dans un New York contemporain grouillant de costard-cravates déshumanisés. Le récit d’une famille américaine typique, celle des O’Brien, de la précarité de leurs relations dans une banlieue tout ce qu’il y a de plus banale dans la période optimiste que constituaient les années 1950, une période dominée par l’hégémonie américaine d’après-guerre et le sentiment de la réalisation du grand idéal rêvé par une nation entière. Enfin, il y a le récit de la Terre, de sa naissance, des premières formes de vie et de leur progéniture. Une même question taraude ces trois narratives, celle de la foi, de la condition humaine. Qui sommes-nous ? D’où nous venons ? A quoi doit-on aspirer ? Surtout, sommes-nous vraiment seuls face au destin, où y a-t-il quelqu’un pour nous protéger de son regard bienveillant ?

Un film sur la foi donc, me direz-vous. Oui, mais pas simplement. Le film aborde la question de la foi chrétienne de manière subtile, toujours nuancée, faisant cohabiter ensemble des opinions très différenciées sur la question à l’image du couple que constituent les O’Brien. Jamais dans The Tree of Life, Malick ne tombe dans la caricature. Ses personnages et leurs introspections infinies sont d'une grande complexité, mêlant aspects négatifs et positifs que le réalisateur s’abstient à chaque instant de juger. Jamais ce père austère n’est abandonné par une certaine grâce qui anime ses choix, et que lui confère cette conviction absolue qu’il fait ce qu’il doit faire et de son mieux. Et malgré l’animosité de ses trois fils envers lui, s’il continue sur le chemin de la droiture et de la discipline, dans son esprit tout ce qu’il fait est pour leur bien. Il les éduque à vivre dans un monde qu’il considère hostile, un monde qui a brisé un rêve de jeunesse pour finalement lui en donner un autre, plus inattendu. Sa vision et ses méthodes d’éducation s’opposent en tout à celles de sa femme que lui considère comme naïve, une femme qui prêche l’amour de toute chose en ce monde. Ainsi, ce père qui semblait le plus strict, qui joue de l’orgue pour l’église paroissiale, n’apparaît plus forcément comme le plus aveuglément pieux des deux parents, ou du moins leur conception respective de la foi diffère-t-elle radicalement. Alors que d’une part l’on a une croyance en Dieu au travers de sa présence en chaque chose, de l’autre côté c’est une véritable foi en soi-même, une foi quasi individualiste.

Cette opposition entre les deux parents trouve son écho dans l’une des plus belles scènes tournées ces dernières années, celle de la Genèse ou du Big Bang selon le point de vue que l’on adoptera. Certains trouveront cette longue scène rebutante, prétentieuse ou encore ridicule, et pourtant, elle est d’une magnificence visuelle rare, les images sont d’une beauté incomparable, bouleversante et l’abstraction graphique à laquelle l’on atteint parfois vaudra sans doute au Tree of Life des comparaisons quelque peu précipitées avec le 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick (un film qui ne lui est comparable que dans son ambition sans bornes). A cette partie du public, je vous demande de simplement mettre en veille toutes les préconceptions que vous puissiez avoir sur ce que doit être le cinéma, de faire abstraction des films auxquels vous vous êtes peu à peu habitués, et de vous ouvrir à l’imagination de Malick, d’entrer dans la contemplation de nos origines comme il nous le demande et de vous laisser bercer par le déferlement d’émotions et d’idées qu’évoquent les images mystiques défilant à l’écran. Si vous n’y parvenez pas, cantonnez-vous à vos blockbusters, le cinéma, cet art, n’est pas fait pour vous.

En mettant en scène la naissance de la Terre à la fois comme un processus naturel et sous la forme d’une représentation mystique, Terrence Malick ne fait que développer cette idée de la complexité de la foi qui peut aussi bien être d’ordre religieuse ou morale. Ce n’est qu’à la lueur de cette représentation, de l’expérience mystique qu’elle constitue, que l’on comprend réellement le noyau principal du film ; le voyage mental de Jack dans son bureau New Yorkais, une quête qui doit mener à la réconciliation des deux figures paternelle et maternelle dans son esprit, de deux facettes opposées de son propre être, qui doit à nouveau lui permettre d’aimer et d’accepter l’amour et lui faire comprendre que tant que l’amour est présent dans sa vie, qu’il en soit l’émetteur ou le récepteur, la véritable solitude n’aura sur lui aucune emprise. La scène qui semblait la plus terre-à-terre devient ainsi le véritable noyau spirituel du film, son centre névralgique, et l’on peut maintenant en comprendre les images débridées, les plans chargés de symbolisme qui se succèdent et qui nous emmènent avec Jack vers la rédemption morale et l’épiphanie finale.

Les scènes du film sont quasiment indéfinissables, Malick préférant laisser sa caméra suivre les agissements des personnages dans toute leur longueur plutôt que de les segmenter. Les instants se succèdent évoquant davantage un drame psychologique qu’un véritable récit et confèrent à ce Tree of Life des allures d’ode, voire de véritable hymne à l’amour et à l’espérance, défiant la narration cinématographique classique en préférant à l’habituelle construction en scènes et séquences une structure davantage musicale où prélude, mouvements et finale développent des thèmes et des motifs qui viennent se compléter et se creuser tour à tour. Ce n’est pas un film à la portée de tous, il demande la participation active du spectateur, et beaucoup seront en désaccord avec le propos développé par Terrence Malick, mais la beauté de cette œuvre réside avant tout dans le fait que l’on n’est pas obligé d’adhérer à son optimisme courageux et assumé pour être secoué et ému en tant que spectateur. Le film invite simplement, tel un poème, à la réflexion sur certaines idées et laisse à chacun la liberté d’en tirer ses conclusions et son interprétation des images et des idées qui, au cours de deux longues heures glorieuses, se sont entrechoquées pour notre plus grand plaisir visuel. Du grand art en somme, et si l’on avait plus de réalisateurs de cette démesure, le cinéma en serait sans doute d’autant plus aventureux et intéressant. Comme nous l’a montré Malick, l’espoir est permis.

Publié dans Cinéma

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Cachou 14/06/2011 17:11



A mon tour de mettre un peu d'eau dans mon vin, concernant deux points:


- c'est vrai qu'on assiste à cette "obligation" de culture qui veut que l'on ait de la culture pour l'étaler et non pour le plaisir d'en avoir. Je le constate quand on fait des voyages avec les
élèves (le peu de fois où j'en ai fait). On a des guides dans ces cas-là et qu'est-ce qu'ont fait? Un tour des oeuvres célèbres. D'un côté, c'est bien parce que ça permet aux élèves de voir ces
oeuvres dont on a parlé en cours. Mais de l'autre, ça retire l'aspect curiosité et découverte d'un musée, et les adultes qui deviendront prendront peut-être cette habitude d'aller "à
l'essentiel", quel que deviendra leur essentiel.
J'ai par exemple été incroyablement frustrée quand j'ai visité (pour la première - et la seule pour l'instant - fois) le Louvre, parce que je devais accompagner les élèves avec le guide qui nous
avait été désigné, et j'ai croisé quelques salles avec des peintures ou des statues qui m'ont tapées dans l'oeil et que je n'ai pas pu aller voir.
Dans le couloir menant vers la Mona Lisa, il y avait d'autres oeuvres de Leonard de Vinci que j'ai trouvées plus belles que la Joconde, alors j'ai profité d'un moment où on avait perdu un élève
entre cette salle-là et une autre pour montrer ces peintures à ceux qui étaient là (on avait fait des petites groupes de 5-6).


Quand les plans sont clairs (parce que, la national gallery de Londres, y'a mieux comme musée clair et pas vraiment pire comme labyrinthe), c'est gai de se perdre dans un musée. Mais c'est aussi
parce que c'est gratuit, qu'il n'y a pas le stress du "profitons-en un maximum", quelle que soit cette représentaiton du maximum. Les musées payants, c'est peut-être nécessaire, mais c'est aussi
ce qui contribue à mercantiliser le besoin de culture, et qui donne l'impression qu'il faut avoir vu "le" truc pour justifier d'avoir déboursé tant d'argent.


 


- en effet, les films de divertissement deviennent de plus en plus écoeurant. J'ai lu dans un très bon roman de Siri Husvedt récemment (Un été sans les hommes) une remarque qui m'a tout de suite
parlé: le cinéma (de divertissement) semble être maintenant uniquement ciblé vers les adolescent et reprend juste de quoi leur plaire. Ca m'a d'autant paru plus juste que quelque temps après,
j'ai lu une information sur le fait que Megan Fox (qui est loin d'être la plus féministe des actrices) avait quitté la franchise des transformers (que je me refuse à regarder) parce qu'elle ne
supportait plus la manière dont le réalisateur l'objectifiait. D'après Shia Laboeuf, qui a donc révélé cette information, Bay filme tout dans l'optique de faire bander un ado de 16 ans. Noter
donc l'âge limite d'appréciation de ce genre d'oeuvres d'après le réalisateur-même, et le côté complètement orienté vers les mecs également. On a une hyper-sexualisation du cinéma de
divertissement comme on a une hypersexualisation de tout ce qui est enfants et ados dernièrement, une sorte de gros pas en arrière quand on arrivait enfin vers des trucs plus subtils... Et il
faut bien avouer que les "Dans l'antre de la folie" se font plutôt rares...


Et ce n'est qu'un symptôme de la bêtification du cinéma de divertissement. Comme tu te doutes, je parles souvent de ciné avec mes élèves (ils ont bien compris que c'était le sujet qui permettait
de sortir du cours) et j'essaie de les intéresser à des trucs différents, mais force m'est de constater que rares sont ceux qui sortent du cadre posé par les Majors pour le divertissement. Même
rares sont ceux... qui en sont déçus (surtout)! Du coup, ils en redemandent, rentrent dans ce sytème, et on aura du mal à en ressortir... Surtout avec la 3D qui s'impose tant qu'elle en devient
presque une dictature de l'écran (que peut-on faire pour exploiter la 3D?)(et la contamination va jusqu'au cinéma d'art et essais. C'est vrai que Pina était impressionnant en 3D, mais aurait
quand même pu exister sans).


Bref, autant je pense que les gens peuvent apprécier le cinéma en tant qu'art quand on leur présente (après tout, mes 4èmes ont été impressionnés (positivement) par "Requiem for a dream" qu'ils
ont vu en religion (si si) et qui les a aussi déstabilisés par le côté inattendu de la mise en scène et trash de l'histoire)(même si tu n'estimes pas le réalisateur ^_^), autant je pense que les
maisons de productions rentrent dans cette volonté de bêtifier les gens en prétendant qu'ils sont contents de ce qu'on leur sert alors qu'ils n'ont juste pas le choix...




En attendant, je dois dire que le cinéma d'art et essais devient lui aussi un peu frileux et rentre dans ses propres stéréotypes. Je suis allée voir hier "Niorwegian Woods". C'était beau, c'était
intrigant, mais le côté personnel du réalisateur qui avait fait de "A la verticale de l'été" un film qui avait marqué mon adolescence a disparu pour moi, laissant la place à une sorte de parodie
de ce qu'on attend d'un film d'art et essais à l'étrangère (hors Japon je veux dire). Il y avait des passages qui faisaient penser au côté empesé de certains tics de la nouvelle vague (visages
impassibles qui parlent pour ne rien dire avec des prises de vue à "fautes cinématographiques"  - ici l'angle de 30° ou le déplacement quasi-latéral mal "exprimé"), qui donnaient
l'impression que le réalisateur avait fini de rechercher la beauté des choses pour essayer d'exprimer ce qu'il pensait devoir être la beauté des choses. Et si le cinéma d'art et essais devient
une caricature de lui-même au lieu d'essayer de renouveler les choses, ben on n'est pas sortis de l'auberge.
Ca et le fait que "Le gamin au vélo" caracole à toutes les têtes d'affiches des cinémas là où d'autres films d'art et essais plus méritants et plus audacieux mériteraient enfin leur chance face
au monstre de répétition et de platitude qu'est la machine cinématographique (mais je n'aime pas leur accoler cet adjectif qui ne leur va pas du tout à mes yeux) des frères Dardenne. Les gens
vont voir leur film parce que ce sont les frères, pas parce qu'ils sont intéressés par lui. Ils disent l'aimer parce qu'il faut l'aimer, parce qu'une fois que tu leur en parles, tu te rends
compte qu'ils se sont fait chier mais qu'ils ont peur de le dire. Mais bon, ils sont consacrés par Cannes, donc ils sont d'office bons, et qui remet cela en cause n'est juste qu'une personne qui
en fait ne supporte pas le bon cinéma (pardon, là, c'est un coup de gueule personnel dû à la programmation de la salle ciné de mon ciné, qui m'énerve au plus haut point).


 


Par contre, de mon côté, je préfère (et de loin) les dialogues à la Tarantino et - surtout - à la "Juno" parce que même s'ils font factices, ils ressemblent plus à ce qui peut tourner dans ma
tête que ceux de "The Tree of Life" qui m'a donné à un moment l'impression d'être un recueil des "phrases de la vie" style "livre d'épanouissement personnel" ("100 vérités qu'il faut savoir sur
la vie" par le Dr Bienaître).



the idiot 14/06/2011 21:46




- en effet, les films de divertissement deviennent de plus en plus écoeurant. J'ai lu dans un très bon roman de Siri Husvedt récemment (Un
été sans les hommes) une remarque qui m'a tout de suite parlé: le cinéma (de divertissement) semble être maintenant uniquement ciblé vers les adolescent et reprend juste de quoi leur plaire. Ca
m'a d'autant paru plus juste que quelque temps après, j'ai lu une information sur le fait que Megan Fox (qui est loin d'être la plus féministe des actrices) avait quitté la franchise des
transformers (que je me refuse à regarder) parce qu'elle ne supportait plus la manière dont le réalisateur l'objectifiait. D'après Shia Laboeuf, qui a donc révélé cette information, Bay filme
tout dans l'optique de faire bander un ado de 16 ans. Noter donc l'âge limite d'appréciation de ce genre d'oeuvres d'après le réalisateur-même, et le côté complètement orienté vers les mecs
également. On a une hyper-sexualisation du cinéma de divertissement comme on a une hypersexualisation de tout ce qui est enfants et ados dernièrement, une sorte de gros pas en arrière quand on
arrivait enfin vers des trucs plus subtils... Et il faut bien avouer que les "Dans l'antre de la folie" se font plutôt rares...


Et ce n'est qu'un symptôme de la bêtification du cinéma de divertissement. Comme tu te doutes, je parles souvent de ciné avec mes élèves (ils ont bien compris que c'était le sujet qui
permettait de sortir du cours) et j'essaie de les intéresser à des trucs différents, mais force m'est de constater que rares sont ceux qui sortent du cadre posé par les Majors pour le
divertissement. Même rares sont ceux... qui en sont déçus (surtout)! Du coup, ils en redemandent, rentrent dans ce sytème, et on aura du mal à en ressortir... Surtout avec la 3D qui s'impose tant
qu'elle en devient presque une dictature de l'écran (que peut-on faire pour exploiter la 3D?)(et la contamination va jusqu'au cinéma d'art et essais. C'est vrai que Pina était impressionnant en
3D, mais aurait quand même pu exister sans).


Bref, autant je pense que les gens peuvent apprécier le cinéma en tant qu'art quand on leur présente (après tout, mes 4èmes ont été impressionnés (positivement) par "Requiem for a dream"
qu'ils ont vu en religion (si si) et qui les a aussi déstabilisés par le côté inattendu de la mise en scène et trash de l'histoire)(même si tu n'estimes pas le réalisateur ^_^), autant je pense
que les maisons de productions rentrent dans cette volonté de bêtifier les gens en prétendant qu'ils sont contents de ce qu'on leur sert alors qu'ils n'ont juste pas le choix...


 


Mais c'est la stratégie des majors depuis la fin des années 1970 et leur rachat par des conglommérats issus de la communication suite aux succès des Dents de la mer et La Guerre des
étoiles. Ces compagnies ont bien compris qu'il y avait énormément de sous à se faire grâce au cinéma et dès lors ils ont remplacé tous les producteurs dignes de ce nom par des spéculateurs,
leur seul objectif étant la rentabilité. Ensuite ils ont mis en place la stratégie du casino ; on produit un grand nombre de films sachant que la majorité seront des échecs mais que les quelques
films qui auront du succès compenseront largement les pertes. Je suis désolé mais ça n'a rien de nouveau. Bien sûr que ces entreprise font des études de marché avant de lancer leurs projets de
films, ça n'a plus rien avoir avec l'art. Jusque dans les années 1970, la rentabilité était évidemment dans les esprits, mais il y avait encore la place pour ceux qui s'avaient manipuler le
système de production. Il y avait aussi des producteurs cultivés qui étaient de vrais hommes de cinéma (Lewton, Selznick...), aujourd'hui on ne trouve ces ambitions nulle-part dans le cinéma
d'entertainment et c'est bien dommage. Et là où je ne suis pas d'accord avec toi, c'est dans l'idée que les gens n'ont pas le choix. Surtout aujourd'hui avec Internet. Avec un minimum de
curiosité on trouve tout et on a accès à tout. Le problème est que le pouvoir, qu'il soit politique ou économique, ne veut surtout pas de cette curiosité qui risquerait de bouleverser l'ordre des
choses. Et si les gens tombent dans le panneau, on n'a pas à leur touver d'excuses. Bien sûr que ce n'est pas évident de sortir des schémas de pensée que l'on assène partout, mais il y a aussi
une question de facilité et de fainéantise.


 
Par contre, de mon côté, je préfère (et de loin) les dialogues à la Tarantino et - surtout - à la "Juno" parce que même s'ils font
factices, ils ressemblent plus à ce qui peut tourner dans ma tête que ceux de "The Tree of Life" qui m'a donné à un moment l'impression d'être un recueil des "phrases de la vie" style "livre
d'épanouissement personnel" ("100 vérités qu'il faut savoir sur la vie" par le Dr Bienaître).

 


Je ne suis pas du tout d'accord là-dessus. Les dialogues de Juno et des dernières tarantineries ne viennent, à mes yeux, qu'agir comme
cache-misère, pour tenter veinement de dissimuler la vacuité totale des propos et la platitude des personnages. Le cinéma n'est pas un art du dialogue, c'est un art du temps et du mouvement. Mais
pour moi cette question rejoint la précédente, c'est de la poudre aux yeux. Un bon film n'a pas besoin de dialogues chiadés, les personnages peuvent parler comme nous parlons, de manière
destructurée, spontanée, comme dans les films de Cassavetes par exemple. Je n'ai rien contre la crétinerie irrévérencieuse, au contraire j'adore ça, mais uniquement quand c'est fait avec
sincérité, et non pas quand ça se planque derrière des prétentions auteuristes comme cette bouse de malhonnéteté et de stupidité qu'était Inglorious Bastards. Ce mec et son pote mexicain
prenent leur public pour des cons et le public tombe dans le panneau. C'est moche à dire mais c'est comme ça. Je ne dis pas que les amateurs de ces films sont cons, attention, je dis simplement
qu'on les prend pour des cons, et ça me révulse. Leurs films n'ont rien de marrant ni d'original depuis des années maintenant. Ce sont des films calibrés, exactement comme ceux de Bay, qui visent
un public particulier en jouant sur sa faiblesse. Ce genre de dialogue marche exactement de la même façon que les mouvements incessants de caméra et le montage déchaîné des séries télé. On ne
laisse pas aux spectateurs une seconde pour refléchir parce qu'on se rend bien compte que les gens comprendront qu'il ne se passe en réalité rien du tout, que c'est la même chose qui se répète à
chaque épisode. Les gens ne sont pas bêtes, mais ils sont faciles à berner.


 


Pour ce qui est du Louvre, c'est un musée qu'il faut visiter en plusieurs fois, avec des visites d'une ou deux heures seulement, jusqu'à ce
qu'on ait la tête remplie. Puis il faut partir et revenir un autre jour. Mais bon, ce n'est pas toujours évident, j'en suis bien conscient. J'étais à Londres récemment, et j'ai vraiment été
agréablement surpris pas le calme des musées et par leur ouverture. Depuis la gratuité on y entre vraiment comme dans un moulin. C'est génial et ça démontre que la gratuité peut parfaitement
fonctionner et ça a des bienfaits. Après, je ne sais pas comment fonctionne le financement là bas. Soit la culture a un énorme budget, soit, comme aux US, il y a des mécènes très généreux.


 


Les Dardenne ont fait de très bon films comme Rosetta ou La Promesse. Ils ont tendance à se répéter aujourd'hui et à faire des
films de festival, exactement comme un Tarantino le fait. Et Norwegian Woods n'est pas exactement ce que je qualifierai de film d'art et d'essai, j'imagine que le budget ne devait pas
être ridicule, surtout niveau promo, et c'est quand même adapté d'un romancié bien à la mode. La 3D, j'attends de voir le film d'Herzog qui sort cet Eté, Cave of Forgotten Dreams. Juste
une petite question au passage, un peu par provacation, le fait qu'il faille aimer un film ne t'empêcher pas justement de l'apprécier, même un tout petit peu?



Cachou 11/06/2011 23:39



Je sais, et parfois j'ai tendance à penser comme toi, mais souvent, je me rends compte que ce n'est juste pas tenable comme position, parce qu'elle est un peu trop flatteuse pour être honnête (vu
qu'elle amène à se considérer comme meilleur spectateur que les autres) et qu'elle rend les autres insupportables (parce qu'on les regarde de haut). Du coup, je préfère espérer que dénigrer... Et
je ne m'amuserai pas à considérer que ceux qui n'aime pas ce film ne sont pas fait pour cet art parce que je suis bien placée pour savoir qu'on peut avoir des goûts marginaux et pourtant aimer le
cinéma (regarde comme j'apprécie "Lolita" ou "Full Metal Jacket" ou "Inland Empire"... Est-ce que je n'ai plus le droit de prétendre aimer le cinéma comme art à cause de ça?)


Mais bon, si ça peut te redonner espoir, j'était dans un cinéma où personne n'est sorti en plein milieu du film et où les spectateurs n'ont pas fait de remarques désobligeantes à la fin. Certes,
c'était un cinéma d'art et essais, mais j'étais par exemple accompagnée de queqlu'un qui a des goûts très (très) conventionnels en matière de cinéma et qui a quand même été touché par le film.
Par contre, j'entendais les personnes à côté de moi parler avant, elles semblaient être des cinéphiles aguéries, mais n'ont pas semblé avoir apprécié le film si je m'en tiens à ce que j'ai cru
comprendre une fois les lumières rallumées. Aimer le cinéma comme art ne va pas forcément de pair avec aimer ce film.



Et je dois te dire qu'après coup, même si j'en garde un très bon souvenir, il ne monte pas dans mon estime, il descend même un peu (à cause des dialogues qui étaient un peu trop remplis de
banalités à mon goût. Je me suis dit qu'il devait y avoir une raison et que j'allais essayer de la creuser, mais une semaine après, je n'en ai toujours pas trouvé de valable qui puisse expliquer
pourquoi les personnages nous assénaient des "la vie, c'est dur, mais il faut faire avec" (pas dans les dialogues mais un exemple de ce que j'appelle phrases "banales" et clichées)). En fait,
j'aurais préféré que le réalisateur aille beaucoup plus à fond dans son altérité, qu'il l'assume complètement, quitte par exemple à en faire un film "muet", sans dialogues, ce qui m'aurait
tellement plus plu (là, je pense que ça aurait été un énorme coup de coeur, parce que j'ai beaucoup été freinée par ces dialogues).


 


Pour la Joconde, mon exemple est mal choisi. Je voulais juste souligner que le fait de ne pas aimer certains standards ou certaines oeuvres reconnues par la majorité des gens cultivés comme
incontournables et superbes n'empêchait pas pour autant de pouvoir apprécier la forme d'art rattachée à cette oeuvre. Du coup, tu as peut-être des personnes qui sont venues voir "The Tree of
life" en aimant le cinéma différent, mais qui n'ont peut-être pas trouvé ce qu'elles voulaient.

Pour finir, en ce qui me concerne en tout cas, si, mon état d'esprit aurait pu m'empêcher de rentrer dans le film. La semaine précédente, j'ai été très énervée au point que je ne pouvais rien
faire, ni me concentrer sur rien. Si la sortie programmée de "longue date" (parce que le film ne passe pas chez moi, on a dû faire de la route pour le voir) avait été prévue ce jour-là, je peux
te dire qu'il n'aurait pas été improbable que je sois sortie après un quart d'heure. Parce que parfois, un film contemplatif peut ne pas convenir à notre état d'esprit, parfois on a besoin de
quelque chose de nerveux, parfois de quelque chose de familier, ça dépend. Quand j'entends des réactions violentes à tout ce qui est relaxation ou sport "doux", je me dis que le cinéma plus
"doux" lui aussi peut ne pas séduire de la même manière.



the idiot 12/06/2011 17:57



 


Je sais, et parfois j'ai tendance à penser comme toi, mais souvent, je me rends compte que ce n'est juste pas tenable comme position, parce qu'elle est un peu trop flatteuse pour être honnête
(vu qu'elle amène à se considérer comme meilleur spectateur que les autres) et qu'elle rend les autres insupportables (parce qu'on les regarde de haut). Du coup, je préfère espérer que
dénigrer... Et je ne m'amuserai pas à considérer que ceux qui n'aime pas ce film ne sont pas fait pour cet art parce que je suis bien placée pour savoir qu'on peut avoir des goûts marginaux et
pourtant aimer le cinéma (regarde comme j'apprécie "Lolita" ou "Full Metal Jacket" ou "Inland Empire"... Est-ce que je n'ai plus le droit de prétendre aimer le cinéma comme art à cause de
ça?)


Mais bon, si ça peut te redonner espoir, j'était dans un cinéma où personne n'est sorti en plein milieu du film et où les spectateurs n'ont pas fait de remarques désobligeantes à la fin.
Certes, c'était un cinéma d'art et essais, mais j'étais par exemple accompagnée de queqlu'un qui a des goûts très (très) conventionnels en matière de cinéma et qui a quand même été touché par le
film. Par contre, j'entendais les personnes à côté de moi parler avant, elles semblaient être des cinéphiles aguéries, mais n'ont pas semblé avoir apprécié le film si je m'en tiens à ce que j'ai
cru comprendre une fois les lumières rallumées. Aimer le cinéma comme art ne va pas forcément de pair avec aimer ce film.


 


Je suis parfaitement d'accord avec toi, personne n'est obligé d'aimer ce film et ce n'est pas quelque chose de requis pour pouvoir apprécier le cinéma en tant qu'art. Mes propos étaient quelque
peu exagérés, par provocation d'une part mais aussi par exaspération. Par contre, apprécier le cinéma en tant qu'art nécessite une certaine ouverture d'esprit et la faculté de pouvoir apprécier
le cinéma dans sa diversité, sans toutefois devoir tout aimer. Je vois bien trop de personnes se prétendre cinéphiles (un mot que j'abhorre, au passage) tout en étant incapables de mettre autre
chose que du cinéma grand public américain dans leur films préférés. Il y a un énorme manque de curiosité de leur part et je suis désolé, ils n'apprécient pas le cinéma mais le divertissement. Je
n'ai rien contre le cinéma de divertissement, bien que je considère celui d'aujourd'hui comme plutôt médiocre, j'adore les Carpenter, Wilder, Huston ou autres Peckinpah, et je les défends
toujours. Mais je ne me cantonne pas à ça. Certaines parties du public semblent incapables d'apprécier autrechose, et pour moi, ces personnes ne comprennent ni le cinéma, ni l'art. Tant-pis pour
elles, je ne vais pas m'acharner à les éclairer si elles n'ont pas la curiosité de faire le premier pas.


 


Et je dois te dire qu'après coup, même si j'en garde un très bon souvenir, il ne monte pas dans mon estime, il descend même un peu (à cause
des dialogues qui étaient un peu trop remplis de banalités à mon goût. Je me suis dit qu'il devait y avoir une raison et que j'allais essayer de la creuser, mais une semaine après, je n'en ai
toujours pas trouvé de valable qui puisse expliquer pourquoi les personnages nous assénaient des "la vie, c'est dur, mais il faut faire avec" (pas dans les dialogues mais un exemple de ce que
j'appelle phrases "banales" et clichées)). En fait, j'aurais préféré que le réalisateur aille beaucoup plus à fond dans son altérité, qu'il l'assume complètement, quitte par exemple à en faire un
film "muet", sans dialogues, ce qui m'aurait tellement plus plu (là, je pense que ça aurait été un énorme coup de coeur, parce que j'ai beaucoup été freinée par ces dialogues).


 


Le dialogue ne pas posé de problèmes. J'aurais tendance à te répondre que les gens passent leur temps à se balancer des banalités de ce genre à longueur de journée. Personellement, je préfère ce
genre de dialogue que celui à la Tarantino ou à la Juno, basé sur la vanne, qui cherche à donner aux personnages une contenance en les rendant "cools" ou "stylés" à nos yeux. Ce genre de
dialogue marche chez un réalisateur comme Araki qui les retourne souvent en autodérision, mais quand ça se prend au sérieux, ça me fatigue très rapidement. Le film aurait probablement pu être
muet, mais je ne vois pas la différence que ça aurait fait, ce que se disent les personnages importe peu, l'inétrêt de la longue scène qui décrit l'explosion de la cellule familiale marche pour
moi dans sa durée, dans les interagissements des personnages, indépendamment de leurs paroles. Par contre si tu parles de la narration, je ne suis plus d'accord avec toi à un niveau plus
objectif. C'est le propos même du film qui nécessite des paroles pouvant sembler clichés, fades ou gnangnans, et j'admire le courage de Malick d'avoir assumé son idée et l'optimisme jusqu'au
bout.


 


Pour la Joconde, mon exemple est mal choisi. Je voulais juste souligner que le fait de ne pas aimer certains standards ou certaines oeuvres
reconnues par la majorité des gens cultivés comme incontournables et superbes n'empêchait pas pour autant de pouvoir apprécier la forme d'art rattachée à cette oeuvre. Du coup, tu as peut-être
des personnes qui sont venues voir "The Tree of life" en aimant le cinéma différent, mais qui n'ont peut-être pas trouvé ce qu'elles voulaient.


 


Je trouve l'exemple de la Joconde symptomatique de l'égard de notre société vis-à-vis de l'art. Je ne sais pas trop si c'est généralisable, mais
au Louvre (où j'ai pas mal trainé il y a quelques temps) j'ai eu le loisir d'observer les gens (c'est un peu plus difficile de se concentrer sur les oeuvres exposées à cause du bruit). Les gens
traversent le musée à toute vitesse, à la recherche des oeuvres connues pour se prendre en photo devant, ils passent plus de temps à regarder les noms des artistes affichés à côté des tableaux et
sculptures qu'à admirer les oeuvres elles-mêmes. Les gens ne vont pas au musée pour y voir des choses, mais pour y avoir été, c'est du moins l'impression que je garde. Ca nous confère un certain
capital de prestige et c'est la fonction que l'art remplit de plus en plus dans notre société. Je suis personellement pour une relation plus intimiste à l'art (pictorale, littéraire,
cinématographique, musicale...), pour que les gens trouvent des oeuvres qui leur parlent et les inspirent sans tenir compte de ce qu'en pensent les autres. Notre société est fondamentalement
matérialiste est nous interdit toute forme de spiritualité, transformant au passage notre expérience esthétique en expérience consumériste et utilitaire. Je trouve lamentable qu'on l'accepte si
on le perçoit et très dangereux que l'on ne s'en rende pas compte.


 


Pour finir, en ce qui me concerne en tout cas, si, mon état d'esprit aurait pu m'empêcher de rentrer dans le film. La semaine précédente,
j'ai été très énervée au point que je ne pouvais rien faire, ni me concentrer sur rien. Si la sortie programmée de "longue date" (parce que le film ne passe pas chez moi, on a dû faire de la
route pour le voir) avait été prévue ce jour-là, je peux te dire qu'il n'aurait pas été improbable que je sois sortie après un quart d'heure. Parce que parfois, un film contemplatif peut ne pas
convenir à notre état d'esprit, parfois on a besoin de quelque chose de nerveux, parfois de quelque chose de familier, ça dépend. Quand j'entends des réactions violentes à tout ce qui est
relaxation ou sport "doux", je me dis que le cinéma plus "doux" lui aussi peut ne pas séduire de la même manière.


 


C'est exactement pour ça que je ne regarde les films que quand j'ai envie de les voir et que je n'ouvre un livre que quand je sens que c'est le
bon moment. Je n'ai franchement pas envie de me gâcher des oeuvres ni de gâcher mon temps. Et pour finir, je te le répète, je n'ai rien contre le divertissement, ce qui me gêne c'est qu'on s'y
limite, surtout dans l'époque dans laquelle on vit. Je n'approuve pas que l'on cherche à échapper à ses problèmes plutôt que de les affronter. Un peu de divertissement ne fait pas de mal, mais un
peu de réflexion et de difficulté non-plus.



Cachou 06/06/2011 09:23



"A cette partie du public, je vous demande de simplement mettre en veille toutes les préconceptions que vous puissiez avoir sur
ce que doit être le cinéma, de faire abstraction des films auxquels vous vous êtes peu à peu habitués, et de vous ouvrir à l’imagination de Malick, d’entrer dans la contemplation de nos origines
comme il nous le demande et de vous laisser bercer par le déferlement d’émotions et d’idées qu’évoquent les images mystiques défilant à l’écran. Si vous n’y parvenez pas, cantonnez-vous à vos
blockbusters, le cinéma, cet art, n’est pas fait pour vous."


 


Attends, j'essaie de traduire... Si vous êtes incapable d'apprécier ce film, vous ne pouvez appréhender le cinéma comme un
art?





J'essaie de voir de l'ironie dans cette phrase, mais je n'y arrive vraiment pas, après toutes les autres choses que tu m'as déjà
dites sur ta conception du cinéma et du bon spectateur. Mais j'espère quand même... est-ce que tu es vraiment sérieux quand tu dis ça? Si un spectateur qui a éventuellement eu une journée
merdique, qui a besoin d'autre chose qu'un film aérien et esthétique n'arrive pas à rentrer dedans, ou tout simplement si un spectateur n'est pas sensible à ce type d'images ou d'esthétique
(après tout, combien de critiques de Yann Arthus Bertrand n'ai-je pas lues de la part de cinéphiles ou d'esthètes sur son film)(que je n'ai pas vu, je précise, juste des extraits, mais qui
n'étaient pas si dissemblables que ça de certains passages du film de Malick)(même si je ne compare pas les deux intentions, juste l'aspect esthétique de certaines images), c'est que celui-ci est
juste fait pour apprécier le cinéma pop-corn sans pouvoir percevoir l'objet artistique derrière l'objet commercial?


 


J'ai aimé ce film. Je n'ai pas été  tourneboulée par lui par après, mais je l'ai vraiment aimé sur le moment. Je le regrette un
peu maintenant, parce que je dois dire que, d'une certaine manière, ça me fait mal de faire partie de ceux qui aiment et qui ont ainsi le "droit" de se prétendre amateurs du cinéma, cet art, de
me retrouver dans une clique qui me dérange... Parce que je trouve quand même un peu fort de normaliser ainsi la capacité à apprécier le cinéma comme art. Après tout, le propre de l'art, c'est de
ne pas être aimé de la même manière par tout le monde tout simplement parce que les goûts et les expériences divergent. Si je ne suis pas folle de la Mona Lisa, je suis une personne qui n'est pas
à même d'apprécier la peinture? Si je ne suis pas emportée par la musique de Tchaikovsky, je ne peux pas prétendre apprécier la musique? Si je déteste Zola, je ne peux me considérer à même de
revendiquer aimer la littérature comme art?


 


Oui, ça me dérange beaucoup comme position. Pardon de bloquer sur cela, mais ça m'a empêchée de retenir le reste de ton article,
c'est la seule chose qui en ressort après l'avoir lu pour moi...



the idiot 07/06/2011 13:07




 



Attends, j'essaie de traduire... Si vous êtes
incapable d'apprécier ce film, vous ne pouvez appréhender le cinéma comme un art?





Plus ou moins,
oui. Je vais te raconter une histoire, pour me rendre plus explicite. Lors de la séance, j'ai eu droit à ça :




Au cours de
la scène en question, des rires gênés d'un public qui ne comprenait manifestement pas ce qu'il était entrain de voir et qui, plutôt que de rester patient, de respecter les intentions du
réalisateur, s'est tout de suite mis à réagir. Le rire, c'est bien connu, est une manière de se protéger face à ce que l'on ne comprend pas.




A la fin du
film, des remarques du type, « Ben bravo, c'était de la grosse merde. »




Une partie
du public s'est même mise à applaudir de manière ironique en une belle démonstration de parfaite ignorance.


Je ne suis
pas le seul à avoir eu droit à ce type de réaction. Je ne pense pas que The Tree of Life soit un film si
difficile à comprendre, si inaccessible. Le film n'est pas franchement lent ni long, est plutôt positif et est un monument de mise en scène. Je pensais que le public était quand même prêt
à voir un film un tant soit peu abstrait, je l'espérais franchement, mais je vois que j'avais tort et j'ai de moins en moins confiance en le grand public. S'il n'a pas envie de se prendre
la tête, qu'il se contente de ses Thor, Very Bad Trip 2 et autres bouses,
mais alors qu'il ne prétende pas avoir de la considération pour le cinéma, il ne peut concevoir le cinéma en tant qu'art s'il n'a pas la patience de s'y
investir.





 Si un spectateur qui a éventuellement eu une journée merdique, qui a besoin d'autre chose qu'un film aérien et esthétique n'arrive pas à rentrer dedans, ou tout
simplement si un spectateur n'est pas sensible à ce type d'images ou d'esthétique, c'est que celui-ci est juste fait pour apprécier le cinéma pop-corn sans pouvoir percevoir l'objet
artistique derrière l'objet commercial?





Mais si je
vois The
Tree of Life après une journée merdique, ça va plus me remonter le moral qu'autre chose, la qualité du film n'est pas liée à mon état d'esprit actuel, ma capacité à l'apprécier
non plus. Il y a peut-être une partie du public pour qui ça fait une différence, mais aller voir ce genre de film dans un état d'esprit marqué par l'impatience et la volonté de ne surtout
pas réfléchir, c'est d'une grande naïveté. Si vous voulez être servi sur un plateau, les blockbusters sont faits pour vous, mais au niveau cinématographique, ce que vous avez à raconter,
ça ne m'intéresse absolument pas. Ce qui ne veut pas non plus dire que je considère ces personnes comme inintéressantes. Niveau cinéma, on n'a tout simplement pas grand chose à
se dire.




 


(après tout, combien de critiques de Yann
Arthus Bertrand n'ai-je pas lues de la part de cinéphiles ou d'esthètes sur son film)(que je n'ai pas vu, je précise, juste des extraits, mais qui n'étaient pas si dissemblables que ça de
certains passages du film de Malick)(même si je ne compare pas les deux intentions, juste l'aspect esthétique de certaines images)


 


Esthétique et intentions narratives vont main
dans la main, mais appuient dans les deux cas des arguments bien différents.


 


J'ai aimé ce film. Je n'ai pas été
tourneboulée par lui par après, mais je l'ai vraiment aimé sur le moment. Je le regrette un peu maintenant, parce que je dois dire que, d'une certaine manière, ça me fait mal de faire partie
de ceux qui aiment et qui ont ainsi le "droit" de se prétendre amateurs du cinéma, cet art, de me retrouver dans une clique qui me dérange... Parce que je trouve quand même un peu fort de
normaliser ainsi la capacité à apprécier le cinéma comme art. Après tout, le propre de l'art, c'est de ne pas être aimé de la même manière par tout le monde tout simplement parce que les
goûts et les expériences divergent. Si je ne suis pas folle de la Mona Lisa, je suis une personne qui n'est pas à même d'apprécier la peinture?


 


Je commence par la fin. Au Louvre, les gens ne
regardent pas la Joconde, ils se prennent en photo devant. Je ne demande pas aux gens d'aimer The Tree of Life, je leur demande simplement de s'y ouvrir, de se donner une
chance face à ce genre d’œuvre. Tu sais, je commence franchement à désespérer du grand public, et c'est là où on diffère. Tu penses qu'il sait ce qui est bon pour lui, moi je pense le
contraire, et le fait d'avoir bossé maintenant plus de trois ans dans le secteur culturel, que ce soit en librairie ou dans un rayon de DVD, m'a conforté dans ma position. Je pense que dans
une vingtaine d'années il n'y aura quasiment plus de librairies, ni d'autres magasins vendant des biens de consommation culturels, je pense que le choix va se rétrécir de plus en plus car les
éditeurs, producteurs et distributeurs semblent de moins en moins prêts à prendre des risques. Regarde où en est une maison d'édition comme Les Requins marteaux, en Angleterre et aux
États-Unis même les grandes maisons commencent à afficher ce genre de discours. Je pense que des films courageux comme celui-ci on en verra de moins en moins (déjà qu'ils sont plutôt
rares).


Si j'ai commencé ce blog, et que je continue à
l'alimenter, c'est pour deux raisons principales. D'une part, je n'ai rencontré qu'une poignée de personnes (sur Internet ou ailleurs) qui ont une aussi bonne connaissance et compréhension du
cinéma que moi tout en partageant la même vision. Par ailleurs, mon éducation s'est faite plus sur le Web qu'au lycée ou sur les bancs de l'université. J'y vois une superbe mine
d'informations pour les curieux (encore faut-il savoir bien s'en servir, j'ai lu à ce sujet un livre très intéressant, The Shallows de Nick Carr qui sera publié en octobre en français et
qui fera sans doute bientôt l'objet d'un article ici, je t'en conseille fortement la lecture malgré nos désaccords). Je n'ai pas commencé à bloger pour raconter ma vie ou parler de tous les
films que je vois, je dois en chroniquer 1 sur 15, mais pour défendre les films que j'aime et ma conception du cinéma en espérant que certaines personnes y trouveront leur compte. Je préfère
défendre bec et ongles les films que j'apprécie plutôt que de perdre mon temps à démonter ceux que je trouve pourris. Je risque sans doute d'en froisser quelques uns, mais j'écris pour ceux
qui sont vraiment curieux, pour ceux qui trouvent que ne serait-ce qu'une idée que je développe soit d'intérêt. Ça me suffit largement. Je le fais aussi pour le plaisir d'écrire. Je sais que
je t'ai froissé plus d'une fois par le passé, mais rien ne t'oblige à me lire. Du coup si tu continues à me lire, j'en déduis que tu dois quand même trouver quelque chose d'intéressant parmi
mes propos énervants.


 


Oui, ça me dérange beaucoup comme position. Pardon de bloquer sur cela, mais ça m'a empêchée de retenir le reste de ton article, c'est la seule chose qui en ressort après
l'avoir lu pour moi...


 


On n'est pas obligé d'être d'accord sur tout tu sais.



 




Bruce Kraft 02/06/2011 15:24



Ohhhh! le fourbe!! Tu sais que les Golden Blogs sont de retour? Non? Et bien finalement si!!


En tout cas heureux de voir que tu t'es régalé avec le dernier Malick. Moi aussi j'avais trouvé "le nouveau monde" pas terrible!!!



the idiot 02/06/2011 21:31



Fourbe? Qu'est-ce qui me vaut de telles accusations? Disons que ce Tree of Life correspond bien au cinéma visionnaire et ambitieux que j'ai toujours défendu par ici. Malgré les opinions
contraires. Par contre j'ai peur que la Palme ne lui déserve plus qu'autrechose. Le grand public ne semble pas préparé à voir ce genre de film...


 


Et non, personne ne m'a rien dit pour ces Golden Blogs. Il faudra que j'ailler jeter un coup d'oeil là dessus, moi.