En bref : Twixt de Francis Ford Coppola

Publié le par Marc

Twixt
Twixt
Réalisé par Francis Ford Coppola
(2011)

Si vous ne devez aller voir qu’un seul film ce mois-ci, et encore ça m’étonnerait qu’il tienne à l’affiche plus de deux semaines alors ne tardez pas trop, faites en sorte que ce soit Twixt ; l’un des films de genre les plus réussis de ces dernières années. Ça ne vous dit rien ? Ce n’est pas étonnant au vu de l’absence douteuse d’affiches sur les arrêts de bus et autres panneaux publicitaires qui abandonnent autour de nous. Absence de promo tout court, d’ailleurs. Il y eut pourtant une époque où l’on n’avait pas besoin d’encourager les gens à courir voir un film de Francis Ford Coppola, dont la considérable réputation s’était construite sur les succès critiques et publics d’Apocalypse Now ou du Parrain et la qualité d’œuvres cultes comme Conversation secrète et Rusty James, mais que voulez-vous, les temps changent comme disait l’autre et il faut croire que l’on traverse aujourd’hui une époque bien étrange. Après son magnifique Tetro, Coppola revient donc au cinéma fantastique avec cet ovni qui se déroule, comme l’indique son titre*, dans un entre-deux. Ici le réel et le rêve, l’humour et la mélancolie, la vie et la mort, et surtout le début et la fin. Pas franchement horrifique, mais empreint d’une folle capacité à nous émerveiller digne des meilleurs moments du cinéma muet, il ne faut pas ici chercher l’originalité du côté d’un scénario qui s’amuse, et nous fait rire, avec les clichés du genre mais dans le traitement du sujet. D’un point de vue narratif, le ton est posé en à peine cinq plans à l’économie et la précision redoutables accompagnés de la voix éraillée et inquiétante de Tom Waits (un habitué du cinéma de Coppola : Rusty James, Dracula, Coup de cœur et j’en passe) qui, par une narration en voix-off s’inscrivant dans la veine des meilleurs textes lus qui émaillent sa discographie, absorbe entièrement le spectateur dans un récit qui ne le lâchera qu’au terme d’un génial final en forme de bras d’honneur. Mais c’est surtout grâce au traitement visuel que le film se démarque et emballe, l’espace cinématographique devenant, comme souvent chez Coppola, le théâtre d’un vibrant hommage rendu tant au cinéma (après le duo Powell/Pressburger, c’est cette fois au tour de Carpenter) qu’à la littérature (Edgar Alan Poe, l’influence majeure, mais aussi ces écrivaillons qui produisent ce qu’il est convenu d’appeler la mauvaise littérature). Coppola, dont il faut rappeler qu’il était déjà dans les années 1980 un pionnier du cinéma numérique avec son monteur attitré Walter Murch, se sert ici à merveille de la nature de son image pour inventer une esthétique inédite, à la fois factice et très personnelle, nous rappelant au passage qu’il est de loin l’un des cinéastes les plus visionnaires, doués et inspirés de sa génération. Si Twixt ne rencontre pas son public, ce sera tout simplement un immense gâchis. Et je vais m'énerver. Encore. Un dernier et très bref mot sur Val Kilmer pour souligner que le pauvre ne ressemble plus à grand-chose mais qu’il nous offre une merveilleuse imitation de Vincent Price.

*Un titre qui aurait sans doute bénéficié d’un remaniement pour l’exploitation dans l’hexagone ; twixt, abréviation du vieil anglais betwixt, équivalent de between, donc "entre", ce qui demeure assez incompréhensible pour le francophone n’ayant pas fait au moins une licence d’anglais. Ajoutez cette vulgaire bourde de marketing à la promotion de L’Homme sans âge qui cherchait à nous faire croire qu’on allait assister à un thriller haletant avec, en tête d’affiche, ce kéké de Matt Damon et je vais commencer à croire que quelqu’un en veut au bon père Francis…

Publié dans Nouvelles du front

Commenter cet article

Marc Shift 11/05/2012 22:49


Bon je ne l'ai pas vu, mais j'aurais beaucoup aimé (peut il en être autrement?).


Mais tu dois être en colère alors je te laisse ;-)

Marc 22/05/2012 12:55



Tu sais bien que le suis toujours !