Winnipeg, mon amour

Publié le par the idiot

My Winnipeg
(2007)
Guy Maddin
Ann Savage, Darcy Fehr, Brendan Cade




                      Oh bordel de merde! Jusqu'à hier soir, environ 18 heures, je ne savais pas encore qu'on pouvait faire entrer autant de matière en aussi peu de temps. En sortant du cinéma, une heure vingt plus tard, j'avais l'impression de m'être fait passer dessus par une horde de bisons homosexuels, impression puissante et expérience fondatrice, je ne vous le cache pas. Mais qu'est-ce que c'est que ce film, me demanderez-vous. Ni plus, ni moins que le dernier ovni signé Guy Maddin (bon, ça date de 2007 quand même) qui vient de sortir dans notre beau pays de cinéphilie préhistorique. Ne vous arrêtez pas au titre français, il craint du slip. La seule ressemblance avec le Hiroshima, mon amour de Resnais est que si ce film sacralisé de la nouvelle vague avait été bien, il aurait ressemblé à My Winnipeg, sorte de vrai-faux documentaire autobiographique et fantasmé.
                      Le film est un espèce de portrait que Guy Maddin dresse de sa ville natale, Winnipeg, une ville qu'il aime et qu'il exècre à la fois, qu'il veut fuir mais qu'il habitera sans doute pour le restant de ses jours. Humour et nostalgie vont de paire, donnant lieu à des émotions complexes sublimées par des visions de toute beauté. Car stylistiquement, il s'agit peut être du plus beau film de Maddin, son noir et blanc fait penser aux grandes heures du cinéma hollywoodien où les chefs opérateurs allemands peignaient littéralement avec la lumière. On peut aimer ou ne pas aimer ce classicisme référentiel, toujours est-il que le bougre maîtrise son sujet à la perfection, illustrant son propos avec des images marquantes.
                      Comme toujours chez Maddin, dans My Winnipeg des scènes d'un surréalisme étrange surgissent au milieu des événements les plus triviaux, comme ces chevaux qui se noient dans les eaux d'une rivière gelée, leurs têtes aux traits rendus horifiants par la panique étant devenus une curiosité pour les promeneurs en tous genres. Le plus petit parc du monde ou la Winnipeg Arena où jouait l'équipe de hockey sur glace sont d'autres lieux auxquels se rattachent les souvenirs et les rêves de Maddin, toujours rendus flous par une brume épaisse et disparaissant l'un après l'autre, comme pour marquer l'impossibilité de retrouver une dernière fois le chemin de notre enfance.

Publié dans Cinéma

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Bruce Kraft 27/10/2009 21:02


Ne serait-ce que l'affiche qui est originale, je sens que c'est un bel ovni que tu nous as chroniqué!!


the idiot 28/10/2009 10:30


C'est bien fou, en effet. Mais je découvre un réalisateur qui s'appelle Norman McLaren, qui l'est encore plus. Je compte en parler d'ici pas trop longtemps.