Traité de bave et d'éternité

Publié le par the idiot

Traité de bave et d'éternité
(1951)
Jean Isidore Isou
Albert J. LeGros, Bernard Blin

Traité de bave et d'éternité



               Ce Traité de bave et d'éternité se trouve à la lisière du manifeste et du récit, cherchant à transformer l'un en l'autre et le contraire. Quel récit et quel manifeste? L'histoire est celle de Daniel, alter ego d'Isou, jeune homme désireux de révolutionner le cinéma. Il expose ses idées lors d'un débat au cinéclub à Saint Germain des Prés où il habite parmi ses amis écrivains. C'est aussi une histoire d'amour, celle de Daniel avec Eve, puis avec Denise, et de nouveau avec Eve.
               Jeune homme arrogant et misanthrope, Daniel incarne aussi cette révolution artistique, devenant le symbole du manifeste, harangant la foule d'imbéciles pendant son débat. Imbu de lui même, un peu à l'image du film, il ne se prend pas pour de la merde. Qui sait, peut-être a-t-il raison? Manifeste pour quoi? Pour un cinéma discrépant comme le dit l'auteur, dégoûté de la photographie et désireux de détruire la pellicule par amour sadique.
               Ce désir de s'en prendre à la pellicule se réalise en dessinant dessus, en la grattant, en la passant à l'envers - verticalement ou dans le temps - et à lui arracher tout sens. Désir destructeur qui se traduit par les relations de Daniel avec les femmes, des amours qu'il transforme en désastres par un pessimisme plus ou moins fondé. Son désir de création passe forcément par la destruction des formes précédentes, comme le rappelle la poésie lettriste qui scande le rythme du film et qui met à mal la portée significative du langage au profit d'une qualité purement musicale.

Publié dans Cinéma

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