Sous le signe du bis…

Publié le par the idiot

Oui, mais de qualité !

 

The Host 1


Récits d’un voyage dans les méandres de la culture

vol. 4

 

Et oui, on aura beau dire, on aura beau faire, on en reviendra toujours et encore à nos premiers amours. Salut toi, au passage, si tu me lis. Bon, vous l’aurez bien compris, je ne suis pas là pour parler de la fillette à qui je cueillais des putains de marguerites quand j’avais cinq ans, mais d’une semaine passée à regarder du cinoche de genre, du cinoche violent et du cinoche qui charcle. Oui, et du cinéma italien…

Dennis HopperBon, avant toute chose, commençons par un petit hommage à un grand bonhomme qui nous a quitté trop tôt, hier, le 29 mai. Dennis Hopper se faisait rare depuis quelques temps au cinéma mais nous a offert au long de sa carrière de belles prestations et de belles réalisations dont notamment Out of the Blue et le toujours controversé mais fondateur Easy Rider. En tant qu’acteur je me souviendrai de lui pour son rôle de psychopathe qui n’arrive pas à aligner trois mots sans dire fuck dans le Blue Velvet de David Lynch, de père de famille alcoolique dans Rusty James et de photographe illuminé dans Apocalypse Now, tous deux de Francis Ford Coppola. Pour en revenir à nos moutons par une bifurcation bien sentie, notons qu’on l’avait vu il n’y a pas si longtemps dans le Land of the Dead de George A. Romero où il campait une fois de plus un rôle de taré.

De Romero à Fulci il n’y a plus qu’un pas, les deux hommes étant tellement fortement associés aux films de zombies, un genre auquel chacun à apporté un nouveau souffle, par la politisation en ce qui concerne l’Américain et par des effets gores révolutionnaires pour l’Italien, un homme qui fut tout de même surnommé aux Etats Unis "the godfather of gore". Mais si Lucio Fulci reste surtout célèbre pour L’Enfer des zombies et L’Au-delà, c’était avant tout un touche à tout et un réalisateur très prolifique. Parmi les comédies, les films pour enfants, les giallos et les westerns qu’il a réalisés, bon nombre sont devenus des œuvres cultes, et ce à juste titre. Pour vous faire une idée de son talent de réalisateur je vous invite à jeter un coup d’œil à L’Emmurée vivante ou Les Salopes vont en enfer, deux bijoux de manipulation et de suspense.

Beatrice CenciSi je vous parle de Fulci aujourd’hui, c’est que j’ai découvert cette semaine un film que je considère désormais comme son œuvre la plus aboutie. Beatrice Cenci est le parfait exemple de la cruauté du cinéma bis, axé autour de scènes de torture physique et psychologique, Fulci manipule habilement son spectateur, ne laissant jamais ce dernier choisir son camp et le bousculant ainsi dans ses certitudes. Construit en flash-back, le sort de la famille Cenci est connue dès les premiers instants du récit et d’emblée le spectateur est pris d’un sentiment de révolte et d’injustice, mais au fur et à mesure que Fulci dévoile les événements qui ont mené jusqu’à cette sentence extrême, il est tour à tour dégoûté et conquis par les motivations de cette famille. Le crime commis reste un non-dit pendant une longue partie du film, donnant au tout une touche kafkaïenne. La mise en scène de Fulci est plus soignée qu’à son habitude, allant jusqu’à travailler les éclairages souvent délaissés dans ses films suivants et créer ainsi des images d'une beauté toute italienne.

Le Grand silenceEn Italie, il y a le cinéma d’horreur et il y a le western. Il y a aussi le néoréalisme, la comédie et l’érotisme vous me direz mais ce n’est pas au programme aujourd’hui alors on se calme ! Dans le western spaghetti l’on s’arrête un peu trop souvent aux films de Sergio Leone à mon goût. Si la trilogie des dollars, Il était une fois dans l’Ouest et Il était une fois la révolution sont de grands moments de spectacle, mis en scène de façon virtuose et bercés par un romantisme épique ils ne doivent pas pour autant jeter de l’ombre sur l’œuvre de Sergio Corbucci. Les westerns de ce dernier sont de nature plus brute, ils ont ce côté écorché-vif commun à un Peckinpah, voire un Anthony Mann, et ils sont aussi dotés d’un cynisme qui peut parfois prendre des allures de nihilisme.

Le Grand silenceSi Django reste son film le plus célèbre, Le Grand silence est un véritable chef d’œuvre oublié du cinéma italien. Tourné en 1968 dans des paysages enneigés qui nous éloignent des clichés du genre, l’une des grandes forces du film est son casting. Jean-Louis Trintignant et Klaus Kinski (excusez du peu) se partagent les rôles principaux et apportent chacun une rare intensité à leurs personnages. Si Kinski est à son niveau habituel, Trintignant réussit la prouesse d’interpréter un personnage muet sans être chiant, certes ses personnages chez Bertolucci ou chez Rohmer n’étaient pas très loquaces mais un tueur à gages muet c’est quand même autre chose. Comme d’habitude chez Corbucci, les géniales idées de mise en scène pullulent (on pensera au cercueil de Django ou au duel final d’El Mercenario) et l’ironie et le cynisme sont bien au rendez-vous. Le Grand silence est un film sans compromis et d’une violence rare, sans doute l’un des sommets du genre. A noter aussi, la somptueuse composition d'Ennio Morricone.

The Host 2Pour finir ce court périple au pays du bis nous allons changer de continent et embarquer (ben oui, en bateau et il va falloir ramer) pour les lointains rivages de la Corée et du film de monstre. Enfin, pas tout à fait. The Host (revu en bonne compagnie et avec de la bière) est un film de monstre, mais c’est aussi une tragicomédie familiale, et je ne sais toujours pas lequel des deux genres prend le dessus. L’humour peut parfois sembler complètement débile voire choquant (rire du deuil, fallait oser) mais l’exploration finement écrite du tissu familial est assez pertinente et revient toujours dans le film quand le spectateur s’y attend le moins. En plus, il faut dire que les scènes d’action sont quand même super bien foutues et que la mise en scène est d’un niveau très soigné. Putain, on est loin de cette merde qu’était D-War ! Puis le monstre ressemble à rien, ou à tout, je ne sais pas trop, mais en tout cas les effets spéciaux sont très réussis.

Si je vous ai raconté tout ça, je crois que c’est en quelque sorte pour vous expliquer mon attachement au cinéma bis, un attachement (malsain, évidemment) qui pourrait se résumer en trois mots ; cruauté, cynisme et irrévérence. C’est ce côté je-m’en-foutiste qui me plait tant, cette volonté de tout foutre en l’air et de tout démolir, de prendre une rouste et d’en demander encore parce qu’on les emmerde. Le bis, au fond, c’est rock and roll… so kick out the jams, motherfuckers!

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Cachou 01/06/2010 11:19


Héhé, ta réponse est même plus longue que mon commentaire (je suis douée pour dévoyer les gens!).
Il faudrait décidément que je lui (re)donne une chance à ce cinéma.
Par contre, le western, rien à faire, je n'y arrive pas. Chaque fois que je commence un film de ce genre, je m'ennuie, mais vraiment. J'ai essayé celui sur Jesse James la semaine dernière
d'ailleurs, mais rien à faire, j'ai lâché après une heure (et je n'avais jamais tenu aussi longtemps devant un western). Je ne sais pas expliquer pourquoi, ce n'est pas logique, ce n'est pas
compréhensible. Et j'éprouve la même chose en regardant des films de guerre. Je fais un rejet... Si ça se trouve, un psy (encore!) pourrait expliquer le pourquoi du comment (un traumatisme de la
petite enfance, du style "je me suis coupé un doit sur un bouquin avec un western en fond et depuis ce genre fait ressortir la douleur intense du moment" ou que sais-je).
Autrement, j'aime tous les genres (y compris les comédies romantiques)(j'ai même fait mon mémoire sur des romcoms, donc)(faut dire que je n'ai pas pu faire sur Philip K. Dick). Bon, d'accord, le
réalisme me pose problème, mais je vois quand même des films du courant. Mais autrement, je dévore autant les gores que les SF que les minimalistes que les grosses productions.

Tu as fait quoi comme études (pour avoir aussi des cours d'histoire du cinéma)?


the idiot 01/06/2010 12:13



Dommage de devoir passer à côté de tout un pan du cinéma avec tant de beaux films. Mais bon, il y a beaucoup de gens qui ne supportent pas le western, je ne sais pas trop pourquoi.


J'ai fait une licence en arts du spectacle, mention cinéma, autrement dit trois ans de branlette intellectuelle intense au cours des quelles je n'avais qu'une quinzaine d'heures de cours par
semaine (grand max!) ce qui me donnait beaucoup de temps libre pour vraiment découvrir le cinéma. Parce qu'il faut pas déconner, c'est pas avec des profs qui analysent 36 000 fois le même film
avec le même point de vue ultra académique et pour qui le cinéma contemporain s'arrête aux années 1960 que j'allais apprendre quoi que ce soit. Bon, je suis un peu sévère, les cours d'histoire du
ciné m'ont ouvert quelques pistes, mais en gros ce que j'ai appris sur le cinéma je l'ai appris par moi même en regardant des films et grâce à internet, en y discutant avec des personnes
intéressantes.


Perso, j'ai de plus en plus de mal avec les grosses productions. Tous les derniers que j'ai vu m'ont laissé un goût amer, j'ai l'impression qu'il ne reste personne d'original à Hollywood capable
d'avoir une idée quelque peu neuve. On ne fait plus que remakes et adaptations.



Cachou 01/06/2010 09:39


Le cinéma italien, j'ai toujours eu un peu de mal (c'est pas bien, surtout pour moi), mais il faut dire que, par exemple, le néoréalisme et moi, on est un peu très beaucoup (et plus) fâchés (mais
ça, c'est parce que je ne supporte pas en général le Réalisme, courant littéraire comme cinématographique)(et j'aime pas les Dardenne, na). En plus, j'ai encore des souvenirs pénibles de vacances
passées devant la télé à chercher des trucs à regarder pendant les heures où le soleil tape trop fort dehors en Italie, à tomber sur des films débiles dont je n'ai jamais pu suivre plus de 10
minutes (des sortes de Don Camillo à l'italienne en encore plus stupide)(non, j'aime pas Don Camillo)(je sais, je suis râleuse aujourd'hui)(et je dois avouer que ça m'amuse en plus)(je dois aller
voir un psy tu penses?). Du coup, je ne m'y suis pas trop frottée, même si j'aime quand même Bertolucci ("Stealing Beauty", un de mes films préférés) et Pasolini (mais suis loin d'avoir tout vu).
Puis les westerns, je n'y arrive pas, là non plus.
Et dans le post-apo italien, j'ai vu "La semence de l'homme" qui, je dois le dire, en plus de m'avoir ennuyée (j'ai trouvé les deux acteurs principaux mauvais), m'a aussi un poil énervée par son
obsession de la reproduction et ses personnages complètement à la masse (ou le scénariste était sous influence en écrivant ce film, ou les acteurs l'étaient en l'interprétant, ou bien j'aurais du
fumer quelque chose pour le voir - mais comme je ne fume pas, ce n'était pas une option).
Et histoire que tu me détestes encore plus (avec ce que je viens d'écrire, on n'est plus à ça près ^_^), j'ai bien aimé "Cloverfield" moi. Je suis rentrée dedans, et je me suis bien amusée pendant
tout le film. Bon, c'est loin d'être un de mes films préférés, mais j'ai passé un bon moment, et c'est déjà plus que ce que beaucoup de films m'offrent maintenant...
Pour "The Host", le seul que j'ai vu dans les films dont tu parles, j'ai bien aimé, mais j'ai été un poil déçue, parce que tout le monde présentait ça comme LE film, et pourtant il n'a pas
révolutionné mon univers comme annoncé. L'est bien foutu, drôle et prenant, mais sans plus pour moi (oui, je sais, je suis barbante aujourd'hui)(tu m'en veux?).


the idiot 01/06/2010 11:08



Ah, que j'aime un réveil en douceur à lire des commentaires de trois pages, héhé. C'est vrai que t'es bavarde, mais c'est bien de dire ce qu'on pense alors continue à être ainsi, ça fait plaisir
un peu de franc-parler!


Alors d'une, le cinéma italien. Vaste sujet. Le néoréalisme, comme toi, je n'en suis pas un grand fan, même si un film comme Rome ville ouverte m'a impressionné, surtout qu'il a été
tourné alors que la guerre faisait encore rage. Je suis plutôt fan de Pasolini (j'aime tous ses films mais avec une mention spéciale pour la trilogie de la vie, Salo et Accattone) d'Antonioni
(les films anglo saxons, surtout Zabriskie Point et le chef d'oeuvre absolu qu'est Profession Reporter) ou de Ferreri (dont j'aime beaucoup La Grande bouffe et Les
Contes de la folie ordinaire, mais bon avec Ornella Muti et Ben Gazzara je suis conquis d'avance). Bertolucci, je ne le connais pas très bien, mais j'ai beaucoup aimé Le
Conformiste.


Pour ce qui est de la série B italienne, j'aime beaucoup le genre en soi, qu'il s'agisse du giallo, du film de zombie ou du western. Mais en fait je ne suis réfractaire à aucun genre, même la
comédie musicale! Oui, je marre bien devant les Fred Astaire, et Les Chaussons rouges reste un film énorme à mes yeux. Tant que j'y trouve de la qualité et de la sincérité je suis
content. Mais le western, c'est quasiment le genre cinématographique par essence. Les thèmes principaux y font émerger des enjeux d'espace (conquête de l'Ouest) et de temps (c'est un processus
historique avec un mode de vie qui disparaît), et non là je ne te recrache pas mes cours d'histoire du ciné qui avaient une vision bien plus limitée du western (genre civilisation vs wilderness).
Je trouve que le genre est un peu injustement ringardisé mais il faut voir des films comme La Poursuite infernale de Ford, Johnny Guitar de Ray, Pat Garrett & Billy the
Kid de Peckinpah ou dans les plus récents (un film qui plaît aux gens qui n'aiment pas le western) L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Dominik (et oui, tu
l'auras compris, il ne faut pas me lancer sur le western).


Le genre est en plus très intéressant quand tu le prends dans son évolution, parce qu'il montre l'évolution de la société américaine entre les années 1930 et 1970, et le changement dans la
manière de voir sa propre histoire. Le western est un mythe fondateur et on passe d'une glorification de la conquête de l'Ouest à une prise de conscience des horreurs comises (contre les indiens
par exemple). Et cette évolution renvoie aussi à des questions contemporaines comme la ségrégation ou le Vietnam. Une évolution qu'on peut même retrouver dans le sein de l'oeuvre d'un même
réalisateur en la personne de John Ford. Bon j'en fais trop là, mais j'aime vraimet beaucoup le western, qui est pour moi l'exemple le plus moderne qu'on ait d'une mythologie et d'une
construction identitaire nationale.


Putain, je rivalise avec toi là je crois en termes de longueur...



Aldrea 30/05/2010 17:26


"En Italie, il y a le cinéma d’horreur et il y a le western. Il y a aussi le néoréalisme, la comédie et l’érotisme [...]"
Et le cinéma post-apo alors, hein ?

Sinon, comme déjà dit auparavant, The Host est franchement le meilleur film de monstre vu depuis longtemps, voir vu tout court. Le fait de placer l'histoire au sein d'une famille est une super idée
très originale qui redonne un coup de jeune au genre. Et pour un film de monstre, la mise en scène et même le grain de l'image est terrible. Et puis la bête déchire sa mère, elle surpasse de loin
celle de Cloverfield !

Sinon, je crois que je comprendrai jamais comment un idéaliste comme toi peut autant aimer le cynisme... peut-être qu'à un certain stade, ça se rejoind ? :p


the idiot 30/05/2010 18:25



Oui le post-apo, excuse moi de l'avoir oublié lui. On pourrait dire qu'il y a Pasolini qui constitue à lui tout seul tout un pan du cinéma italien, mais bon on va non plus péter sur des fourmis,
hein?


 


Moi, Cloverfield, j'ai pas aimé. Je me suis ennuyé comme un rat mort, et j'ai pas eu peur, mais c'est peut être parce que je l'ai regardé à ma maison plutôt qu'au cinéma. Enfin j'ai
vraiment pas été impressionné. Pour retrouver un film de monstre aussi bien il faudrait que je remonte à Predator ou à The Thing, mais bon c'est encore autre chose. Deux petites
choses encore sur The Host. Primo, j'ai oublié d'en citer le réalisateur ce qui est une honte, donc pardonez moi cher Joon-ho Bong. Voilà, ça c'est fait. Ensuite, pourquoi ce titre?
J'essaie de trouver un lien avec la famille, mais tout ce que je vois pour l'instant c'est le côté le monstre qui fait son nid et qui y conserve ses victimes. Mais ça n'a pas beaucoup de sens.
Voilà, si quelqu'un a des idées qu'il ne se prive pas de les partager.


 


En ce qui concerne mon idéalisme et mon attrait pour le cynisme, là tu rentres dans toute la complexité du dilemne qui tiraille chaque jour mon esprit. It's dangerous, you don't want to go
there!