Norman Mailer : Histoires d'Amérique

Publié le par the idiot

Norman Mailer : Histoires d’Amérique

(2004)

Richard Copans, Stan Neumann

 Norman Mailer

Norman Mailer, auteur de plus de trente livres, est sans conteste l’un des romanciers américains majeurs de l’après-guerre. Son œuvre, vaste, se décline dans plusieurs genres, du roman à la biographie en passant par le journalisme. Soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale, co-fondateur du journal Village Voice à New York, l’écrivain fut récompensé de deux prix Pulitzer pour ses œuvres de fiction, Les Nus et les morts et Le Chant du bourreau, arrêté pour ses frasques violentes et vénéré pour son franc-parler.

Dans ces trois films, Le rebelle, 1945-1961, Les Années Mailer, 1961-1974 et Le Désenchanté, 1977-1998, qui composent un grand entretien de deux heures et demi, Mailer revient sur une carrière d’écrivain qui recouvre la moitié du XXe siècle, sur la vie politique américaine mais aussi sur sa vie personnelle avec une perspicacité et une honnêteté désarmantes, se posant en patriote déçu, en l'amant trahi de son pays chéri.

En tant qu’écrivain, Mailer a très rapidement connu le succès avec son premier roman, Les Nus et les morts dans lequel il retraçait la prise d’une île dans le Pacifique par une compagnie de GI’s. Ses romans suivants ont connu plus ou moins de succès, abordant des sujets aussi divers que l’Egypte des pharaons, les tueurs en série ou quelque chose d’aussi typiquement américain qu’une simple partie de chasse qui se mue en allégorie de la guerre au Vietnam. Dans ses récits non fictifs, il a notamment écrit des biographies de Marilyn Monroe et Lee Harvey Oswald, traité des marches de protestation contre la guerre du Vietnam ou d’un match de boxe de Mohamed Ali, toujours avec le souci d’apporter un nouvel éclairage sur l’époque dans lequel il vit.

Tout au long de l’entretien, Mailer revient aussi sur les nombreuses frasques qui ont animé sa vie privée, propulsant celle-ci à de maintes reprises sur la scène publique. Qu’il évoque l’agression de sa femme qu’il a blessé à coup de couteau, ses nombreuses arrestations pour bagarres, sa campagne électorale, l’auteur parle avec franchise, cherchant à expliquer de son mieux ses choix, ses regrets et les conséquences de ses actions.

L’aspect le plus intéressant que dévoile cet entretien concerne le regard de Mailer sur l’évolution de son pays entre sa jeunesse dans les années 1930 et l’Amérique à l’aube du XXIe siècle. Il compare sa relation avec sa patrie à un long mariage et s’exclame : « J’aime ce pays. Je le hais. » Plongeant dans ses souvenirs d’enfance il se souvient d’une Amérique en pleine grande dépression à la peine mais néanmoins chaleureuse et constate que son pays a perdu cette chaleur et cette humanité qui le réconfortaient autrefois.

Il évoque un après l’autre les présidents qui ont mené son pays vers une ruine morale, dressant de chacun d’entre eux un portrait nuancé et questionne tout au long la notion du Mal. Ses réflexions sur la relation entre les blancs et les noirs, entre les hommes et les femmes (Mailer fut la cible de prédilection des féministes) s’avèrent fort pertinents et, de manière générale, son regard lucide sur la place qu’occupent les Etats-Unis dans le monde que ce soit au cours de la Guerre Froide ou depuis la chute de l’URSS ne cesse de remettre en question les choix de ses dirigeants ainsi que ses propres engagements.

Enfin, la capacité que démontre l’écrivain à voir la part d’humour, de drame et de tragédie qui se glisse dans chaque événement abordé au cours de la conversation montre le véritable travail d’un auteur qui retranscrit sa propre expérience de la vie au travers d’œuvres d’art, en la remodelant pour en faire sortir l’essentiel, l’expérience spirituelle qui est au centre de celle-ci.

Bref, un film à voir absolument pour toute personne qui s’intéresse à l’écriture, à Norman Mailer, ainsi que pour ceux qui, comme moi, sont passionnés par l’Amérique, par ses contradictions, par la démesure de ses rêves et la gravité de ses échecs.

Publié dans Littérature

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