Mort de Jean Giraud, alias Mœbius

Publié le par Marc

Jean Giraud, alias Mœbius
(1938-2012)

Le père d’Arzak est décédé ce samedi 10 mars à la suite d’une longue maladie. Il faut croire que l’arpenteur solitaire, apparu au milieu des années 1970 dans les pages effervescentes de Metal Hurlant et que Mœbius avait récemment fait renaître, un personnage emblématique d’une œuvre riche où se côtoyaient de complexes interrogations spirituelles et un humour décalé et souvent potache, reviendra désormais à son mythique mutisme d’antan. Ceux qui connaissaient son œuvre partageront ma tristesse. Pour les autres, c’est l’occasion de le découvrir. Je n’écris, en règle générale, pas de chronique nécrologique, mais dans le cas Giraud, il s’agit ni plus ni moins que de la disparition de l’un des artistes dont l’imaginaire a le plus influencé les univers de la BD et de la science-fiction au cours des cinquante dernières années. Même Stan Lee était venu le chercher d’outre-Atlantique le temps d’un numéro du Surfeur d’argent en 1988. Connu en France pour avoir, dès les années 1960, dessiné et, après la mort de son collaborateur Jean-Michel Charlier, écrit une bonne partie de la série Blueberry sous son vrai nom, ce sera surtout dans les années 1980, au sein de l’écurie des Humanos, que son talent visionnaire explosera au grand jour avec L’Incal. Cette série révolutionnaire est née de l’échec, par manque de financement, de l’adaptation au cinéma du roman Dune de Frank Herbert pour laquelle Mœbius devait assurer la direction artistique avec Alejandro Jodorowsky à la réalisation et Dan O’Bannon (le regretté scénariste d’Alien et réalisateur du Retour des morts vivants avec lequel le dessinateur signera The Long Tomorrow en 1975) au scénario. Les six tomes de L’Incal, écrits par Jodo et dessinés par Mœbius, ont marqué à jamais leur époque et sont devenus aujourd’hui une véritable référence. Giraud n’a jamais cessé de dessiner et d’écrire, que ce soit pour Blueberry ou des projets plus confidentiels comme Inside Mœbius ou Arzak et s’est vu consacrer, depuis les années 1990, de nombreuses expositions, notamment en 2011 à la Fondation Cartier. Il y aura certainement d’autres expos et de nombreux hommages mais sa disparition laissera pour longtemps un vide dans le monde de la BD.


L'Incal, une bande-dessinée d'Alejandro Jodorowsky et de Mœbius disponible aux éditions Les Humanoïdes Associés

Arzak: L'Arpenteur, une bande-dessinée de Mœbius disponible aux éditions Glénat

Publié dans Nouvelles du front

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

coltrane 28/03/2012 19:21


C'est vrai qu'il va manquer...tu signales ailleurs la ressortie des aventures de Lone Sloane de Druillet, il y avait une dimension supplémentaire par rapport à la SF de Moebius, c'est vraiment
unique dans l'histoire de la BD...

Marc 29/03/2012 00:11



Oui, et je crois que ce côté unique fait qu'il reste une figure assez marginale et qu'on sent moins son influence aujourd'hui. C'est dommage car Salammbô est un chef d'oeuvre et que la
folie de son dessin fait défaut au reste de la production. Je n'ai pas encore lu Delirius 2 parce que j'ai envie de relire toute la série et que j'en ai pas trop le temps, mais dès que
ce sera fait il aura droit à un petit article je pense.