Les Terres Creuses

Publié le par the idiot

 

Les Terres Creuses
(1981, 1985, 1990)
Luc et François Schuiten

 

Les Terres Creuses 5

 

Ces trois albums reparus chez Casterman sous le titre générique de Terres Creuses recèlent un ensemble de récits publiés à cette période faste que furent les années 1970 par les magazines (A Suivre) et Métal Hurlant, alors un véritable laboratoire expérimental dans lequel on retrouvait régulièrement les dernières folies des Jodorowsky, Moebius, Druillet et leurs comparses. Que les histoires des frères Schuiten (François au dessin, Luc au scénario) soient longues ou courtes elles manifestent toutes un souci obsessionnel du détail et un intérêt hors-norme pour la structure. Cette obsession architecturale, Luc en fera son métier, François en tirera Les Cités obscures.

Le premier album, Carapaces (à mon sens, le moins intéressant des trois), sert d’introduction à l’ensemble des planètes qui composent les Terres Creuses, à montrer leurs particularités et la singularité de leurs coutumes. Dans l’ensemble, les Schuiten explorent beaucoup de concepts très SF, mais en oublient souvent de raconter une histoire, développant leurs idées à force de diagrammes hyper-détaillés. Certains y trouveront leur compte, mais ce n’est pas trop mon truc. L’album comprend néanmoins plusieurs courts récits très bien racontés et plutôt insolites, mes préférés étant « Carapaces » et « Tailleur de brumes ».

Zara est le deuxième album de la série, et c’est ici que commence véritablement l’histoire des frères Schuiten, celle d’une jeune femme nommée Olive que l’on suivra d’une planète à l’autre au travers des Terres Creuses. Zara est composé de deux récits, un prologue et l’histoire à proprement parler. Si le style de dessin, splendide dans les deux cas, diffère énormément entre l’un et l’autre, l’album reste fortement cohérent explorant des idées novatrices tout en intégrant des éléments classiques de science-fiction et de fantasy.

L’histoire d’Olive, et de son amie Nelle, se poursuit dans l’ultime tome de la série, Nogegon, un volume marqué sur toutes ses facettes par une obsession pour la symétrie, une fixation que l’on retrouve dans l’histoire, les noms des personnages et jusque dans le titre de l’album. Nogegon est peut-être le récit le plus ambitieux et le plus conceptuel des Terres Creuses, les deux frères s’exerçant à moduler un même thème sur plusieurs niveaux sans jamais perdre de vue les enjeux narratifs et développant des idées introduits dans les épisodes précédents de la série.

Voici donc une série qui sent bon les années 70, à découvrir avec grand plaisir, tant pour l’ambition de ses idées que pour la qualité des illustrations. On peut y voir les tâtonnements de deux artistes bourrés de talent et une idée qui prend peu à peu forme sous nos yeux et au fil des pages.

 

Publié dans Littérature

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