Les Sirènes de Titan

Publié le par the idiot

The Sirens of Titan

(1959)

Kurt Vonnegut

 

Une lecture commune avec Cachou et Vance dont je vous encourage à aller lire les chroniques respectives.

 

The Sirens of Titan

 

The crowd knew it wasn't going to see anything, yet its members found pleasure in being near, in staring at the blank walls and imagining what was happening inside. The mysteries of the materialization, like the mysteries of a hanging, were enhanced by the wall; were made pornographic by the magic lantern slides of morbid imaginations - magic lantern slides projected by the crowd on the blank stone walls.

 

 

Winston Niles Rumfoord est un homme riche. Excessivement riche, au point de se faire construire un vaisseau spatial réservé à son usage personnel. Un beau jour, alors qu’il explore la galaxie accompagné par son chien Kazak, il se retrouve pris au piège d’un infundibulum chrono-synclastique et voit son être répandu d’un bout à l’autre de la voie lactée. Il devient dès lors détaché du temps, vivant aussi bien dans le passé que le présent et le futur, comme de l’espace, puisqu’il devient une spirale qui s’étire du Soleil jusqu’à Bételgeuse. Ainsi, il ne réapparaît sur Terre que tous les 59 jours, lorsque la trajectoire de la planète croise celle de la spirale.

Profitant de la quasi omniscience qu’il acquiert ainsi, Rumfoord cherche alors à œuvrer pour le bien de l’humanité en manipulant deux personnes qui ne se sont servies de leur incroyables fortunes qu’à des fins personnelles et sans jamais se soucier de ceux qui n’ont pas bénéficié de la même chance qu’eux. Ces deux personnes sont sa propre femme, Beatrice Niles Rumfoord, et Malachi Constant, l’homme le plus riche et le plus chanceux du monde qui doit tout à la chance de son père, bâtisseur d’un empire économique mondial.

Le récit envoie Constant sur Mars, où il s’enrôlera dans l’armée, sur Mercure, où il passera plusieurs années à jouer à des devinettes en la compagnie d’étranges extraterrestres et, pour finir, sur Titan, l’une des lunes de Saturne où se trouve un Tralfamadorien naufragé. C’est en cette destination finale, là où chantent les trois fameuses sirènes de Titan, qu’est gardée le plus grand secret de l’Histoire, celle à laquelle cherchent à répondre toutes les religions et philosophies : Quel est le but de notre existence ? Que fait l’homme sur Terre ? Et l’ironie de cette réponse, caractéristique de l’écriture de Vonnegut, sera suffisante pour terrasser les espoirs des plus aventureux des hommes.

Les Sirènes de Titan n’est que le deuxième roman de Kurt Vonnegut. Si l’écriture peut paraître simpliste au premier abord, ce n’est qu’en découvrant la fin que le lecteur se rend compte de la complexité du récit et du tour de force accompli par l’écrivain. Publié en 1959, sept années après Le Pianiste déchaîné, il recoupe certains thèmes fondamentaux de son œuvre.

On y retrouve tout d’abord le cynisme corrosif de l’auteur qui, comme dans Galápagos, renvoie son lecteur à sa propre futilité, à l’inutilité de son existence et de tout ce qu’il peut entreprendre. Pour Vonnegut, l’homme n’est qu’un pur produit de son environnement qui remplit le rôle qu’il a à jouer dans son écosystème. L’homme peut faire de son mieux, l’homme peut aussi ne pas se fouler, mais le bilan de sa vie pondéré par l’ordre des choses sera toujours le même. S’il ne nous réduit pas cette fois à des otaries c’est que notre fonction ne se limitait pas tout simplement à la perpétuation de l’espèce.

Vonnegut explore cette futilité par le biais de la religion, idée qu’il reprendra à merveille en 1963 avec Le Berceau du chat. On ressent chez lui une véritable méfiance vis-à-vis de la religion, de ses porte-parole et autres (faux) prophètes. Si Rumfoord, comme Bokonon, vise de nobles objectifs, sa religion n’est fondée que sur ses propres lubies, sur ce en quoi il croit de façon tout à fait arbitraire. Sans jamais porter de jugement, Vonnegut souligne à quel point toute religion ne repose que sur les espoirs des démunis qui font confiance à ceux qui ont l’air sûrs d’eux-mêmes.

Pour finir, comme souvent chez l’auteur on retrouve la guerre. Pour Vonnegut, la Seconde Guerre mondiale, et notamment la destruction de Dresde, fut un événement traumatisant, un souvenir dont il essaya de tirer un livre jusqu’en 1969 comme il l’explique dans le premier chapitre d’Abattoir 5. Ici, si la guerre fait de nombreuses victimes, c’est selon le désir pervers de son instigateur. Elle est orchestrée comme l’acte central d’une tragédie douce-amère et ne prend de sens que par rapport à ce qu’elle entraîne. Ce n’est pas la guerre telle qu’elle est évoquée dans Nuit noire ou dans Abattoir 5 tant elle est proche de la comédie burlesque, mais la réflexion de Vonnegut se retrouve ici en germe.

Les Sirènes de Titan n’est sans doute pas le meilleur livre de son auteur, mais on y retrouve son humour inimitable fait d’absurdisme noir. On y retrouve aussi ses thèmes de prédilection et de nombreux éléments de son œuvre à venir comme la planète Tralfamadore ou sa réflexion sur la nature du temps. Un livre à lire donc pour tous les fans de l’auteur même si je le déconseille à ceux qui aimeraient le découvrir. A signaler ; la ressortie en salles de l’adaptation au cinéma d’Abattoir 5 le 8 septembre.

Publié dans Lectures communes

Commenter cet article

Joseph 27/09/2010 01:19



Je reprend le débat un peu tard mais je voulais rajouter un commentaire sur le fait qu'il manque de cohérence. Je pense que le manque de cohérence rend justement l'aspect SF beaucoup plus
prennant. La SF a tendance à refléter la société actuelle en poussant certains aspects que l'auteur voudrait critiquer (au sujet de la société actuelle - exemple: la plupart des films récent de
SF montrent des sociétés ou la publicité est permanentes, omniprésentes et invasives...) alors qu'ici il pousse l'absurde et le surréel rendant l'aspect futuristique plus plausible (du fait qu'il
soit moins ancrés dans le présent). Au moins ce bouquin nous aura fait réfléchir et débattre de manière intéressante. Cheers, Joseph.



the idiot 27/09/2010 15:28



Oui mais il questionne aussi l'absurdité de nos actions, genre en donnant un sens à la construction de Stonehenge. C'est certes pas son meilleur roman, mais c'est déjà foutrement bien.



Cachou 31/08/2010 16:06



Ecoute, nan, sérieusement, ce n'est pas mieux que beaucoup de roman de SF, ce n'est juste pas assez fluide. J'ai déjà lu beaucoup beaucoup mieux que ça, et Vonnegut n'est pas le seul à utiliser
la critique cynique. Les critiques des religions stupide, ça a déjà été fait mieux aussi. Ben attends de voir par exemple dans Transmetropolitan, j'adore la manière dont c'est fait là-dedans (je
ne sais plus dans quel tome il va à la foire aux religions).
Faudrait sérieusement que tu te mettes à la SF pour que tu te rendes compte de la richesse de certains livres du genre.



the idiot 31/08/2010 20:18



Je sais que ça a été mieux fait, je l'ai écrit dans l'article. Ce que je dis c'est que l'écriture est très bonne et stylistiquement c'est pas toujours le cas dans le romans de genre. Le roman est
fluide, facile à suivre sans qu'on sache trop facilement vers quoi Vonnegut veut nous emmener. Transmetropolitan je vais bientôt m'y mettre, pour ce qui est de la SF j'ai quatre ou cinq
Philip José Farmer en attente, puis je vais me replonger un peu dans K Dick. Si t'as d'autres conseils je t'écoute. Mais pour le mois de septembre, ça va plutôt être des lectures de préparation
pour le festival.



Cachou 31/08/2010 15:05



Pas impossible, même certain, mais même sans ça, il manque quelque chose dans cette histoire, qui fait que sans avoir connu l'auteur, je serais peut-être même passée à côté de l'aspect cynique,
sans peut-être même le repérer.



the idiot 31/08/2010 16:03



Non je pense pas. L'absurde est quand même très présent, surtout avec la guerre entre Mars et la Terre. C'est quand même mieux que beaucoup de romans de science-fiction, juste pas à la hauteur de
ses romans suivants.



Cachou 30/08/2010 20:04



Pas sûre. Moi, si j'avais commencé par celui-ci, je n'aurais pas eu envie de creuser plus. Il y a plein de bonnes idées et de belles critiques, mais le tout manque cruellement de cohérence. C'est
comme si Vonnegut avait eu envie de lancer quelques belles piques et réflexions intéressantes, créant une sorte de lien entre elles qui tient en apparence mais qui n'a pas vraiment de sens quand
on creuse. Du coup, ça reste juste un assemblage de belles idées, ce qui peut peut-être suffir mais qui m'a laissée sur ma fin. Je n'en suis pas du tout sortie bouleversée et fourmillante d'idées
comme d'"Abattoir 5" et de "Nuit Noire". Petite déception mesurée, qui est surtout venue après la lecture, quand j'ai essayé de décortiquer le livre pour ne trouver que ça donc.


La lecture est agréable, mais bon, voilà quoi, j'aurais juste souhaité plus d'envergure à tout ça. Ou moins d'éparpillement, c'est selon.



the idiot 31/08/2010 14:55



Ouais, c'est ce que je dis, c'est un livre de jeunesse. Mais la déception ne vient elle pas justement du fait qu'ayant lu Nuit Noire et Abattoir 5 tes attentes étaient plutôt
élevées? L'humour est déjà présent en tous cas, tout comme le style dans son écriture.



Joseph 30/08/2010 03:30



Comme tu dis, un livre très farfelue en terme de science-fiction mais qui touche à des concepts et idées très profonde, bien que Vonegut est la formidable habitude des les rendres futiles et
amusantes (on se prend vraiment trop la tête...). Tu le déconseille au puceaux/pucelles mais ce fut le deuxième de ses romans que j'ai lu et ça m'a justement poussé à en lire plus.


Keep up the good work mate, wonderful blog.


Cheers,


Joseph.



the idiot 30/08/2010 07:43



Je me souvenais que t'avais lu celui là, l'autre je ne sais plus, c'était Mother Night? En tous cas, il faut que tu me fasses le plaisir de lire Slaughterhouse 5, ça a vraiment
été la grosse claque cette année comme je te l'avais déjà dit à ton dernier passage à Paris. T'as peut-être raison au fond, c'est pas forcément mauvais de découvrir celui-ci avant les autres
oeuvres magistrales de l'auteur. J'ai été un poil déçu, on sent que c'est une oeuvre de jeunesse.


Thanks for taking the time to read my shit. Take care and see you soon.