Le Guerrier silencieux, un film de Nicolas Winding Refn

Publié le par Marc

Le Guerrier silencieux
Valhalla Rising
Réalisé par Nicolas Winding Refn
(2009)

Voyageur, si tu t'égares sur ces chemins non balisés à la recherche d'un ersatz du Conan le barbare de John Milius ou du Treizième guerrier de John McTiernan, autant te le dire tout de suite ; tu fais fausse route, mieux vaut passer ton chemin si tu ne te sens pas le courage d'un vrai explorateur. Bien plus qu'un film d'aventure, dont les deux titres susmentionnés sont parmi les meilleurs représentants, Le Guerrier silencieux (ou ténébreux comme il fut rebaptisé à l'occasion de sa sortie vidéo) est l'œuvre sans compromis d'un réalisateur jusqu'au-boutiste nous invitant à un périple mystique plus proche de l'art d'Herzog ou de Tarkovski que d'un cinéma de divertissement dopé à la testostérone et au viking-power. Nicolas Winding Refn définit lui-même son meilleur film à ce jour (bien que sa nouvelle pépite Drive soit de très haute volée elle n'en a pas tout à fait la même ampleur) comme un film de science-fiction avec des vikings, un voyage dans l'espace interne et extérieure, et vers des rivages inconnus, aussi bien géographiques que psychiques. Empruntant des éléments avec une aise déconcertante aussi bien au cinéma de Kubrick que de Carpenter, au western italien qu'au cinéma indépendant, Refn construit ici un espace-temps marqué par une violence sporadique mais toujours aussi tangible et oppressante que l'épaisse brume au travers de laquelle doivent naviguer cette poignée de guerriers partis, pensent-ils, à la conquête de la Terre Sainte. Ce film, qui plaira autant au spectateur avisé qu'aux illettrés cinématographiques en quête de sensations fortes et d’œuvres exigeantes, dépeint une humanité en proie au doute, livrée à elle-même suite à la désaffection de Dieu et du divin, vacillant au bord de l'abîme en l'absence de repères spirituels stables et rongée par trop de questions laissées cruellement en suspens.

Le film de Refn suit le parcours d'un personnage à la fois parfaitement humain et pourtant d'une dimension réellement mythologique. Cet homme simplement désigné comme le Borgne, un esclave émancipé de ses chaînes par les seuls moyens de sa force et de sa roublardise, s'étant taillé un sillon sanglant vers une liberté somme toute astreignante, est un improbable croisement de divers personnages emblématiques du cinéma mondial. S'il a souvent été comparé par la critique au monolithe de 2001 : L’Odyssée de l'espace, sa présence mutique forçant ceux qui lui font face à extérioriser les questions qui les taraudent et leur offrant ainsi une multitude de reflets de leur propre âme, se limiter à cette comparaison serait oublier sa ressemblance avec Snake Plisken (New York 1997 et Los Angeles 2013 de John Carpenter), l'homme sans nom (Pour une poignée de dollars, Pour quelques dollars de plus et Le Bon, la brute et le truand de Sergio Leone) ou encore Silence (Le grand silence de Sergio Corbucci), personnages tous issus d'un cinéma moins cérébral, mais non moins présent dans l'imaginaire collectif. Ayant tué, lors de scènes d'une brutalité absolue rarement atteinte à l'écran (l'éviscération vaut notamment le coup d'œil), ceux qui furent autrefois ses maîtres et au nom desquels il combattait et tuait d'autres guerriers dans l'arène, le Borgne, enfin libre de poursuivre sa route sanglante, s'engage sur la voie de ce destin hantant qu'il a entrevu en rêve ou en prophétie. Ses faits d'armes ayant fait le tour des tribus qui rôdent dans la Scandinavie à l'état sauvage qu'il habite, un pays semble-t-il en dehors du temps et où le christianisme commence seulement à se faire une place parmi les croyances païennes, il sera rapidement recruté par un seigneur local s'étant mis en tête de libérer la Terre Sainte de l'emprise profane.

S'étant enfin trouvé en la personne du Borgne un héros crédible, une armée de bric et de broc, certes déterminée mais aux airs quelque peu hagards, s'embarque alors pour des horizons plus lointains que prévus, la brume épaisse les égarant de la destination voulue pour les faire échouer, plutôt que du côté de Jérusalem, de l'autre côté de l'Atlantique dans des terres vierges dont les civilisations de l'Ancien Monde n'avaient alors, et n'auraient pour des siècles à venir, encore aucun soupçon. Cette longue et lancinante traversée constituera l'une des scènes maîtresses du film, le doute s'installant peu à peu dans le cœur des hommes pieux qui se penseront dès lors maudits du fait de la présence du Borgne et de l'enfant qui l'accompagne et qui lui prête, à leurs yeux, sa jeune voix. Celui qui leur était apparu comme un signe divin se muera dès lors en l'objet de leur doute le plus profond, celui qui mène tout homme à remettre en cause ses propres convictions et sa foi. Stylistiquement, la séquence diffère aussi fortement du reste du film qui magnifie, à la manière des plus beaux westerns hollywoodiens, les grands paysages que traversent les personnages. Au travers du lourd voile brumeux, l'on perçoit les soldats agglutinés comme des prisonniers sur leur embarcation dominée par le vaste océan qui l'entoure ainsi qu'un sentiment pesant de claustrophobie. Les plans monochromes se succèdent et le voyage s'émancipe de sa dimension physique pour devenir autre. Le film se recentre alors sur les personnages, leur voyage devenant un parcours spirituel interne. Il semble alors évident que ces hommes s'enfoncent à jamais dans les ténèbres d'une nuit éternelle et que la traversée sera sans possibilité de retour. Ils ne laissent pas uniquement derrière eux leurs terres, mais aussi leurs vies, leurs enveloppes charnelles. La présomption de leur quête initiale les aura mené à traverser l'ultime frontière et, lorsqu'ils goûteront enfin l'eau fraîche de la rivière qui les achemine au cœur du Nouveau Monde et qu'autour d'eux se dissipera l'épaisse brume, le monde inconnu qui leur apparaîtra sera d'une nature toute autre que celui auquel ils étaient habitués et qu'ils pensaient comprendre. Leurs repères et leurs existences en seront à jamais bouleversés, chaque geste prenant dès lors une toute autre signification, chaque instant qui s'écoule revêtant désormais plus de sens pour celui qui la vit que jamais il n'aurait pu l'imaginer auparavant. Leur symboles, à l'image de le croix qu'ils érigent en l'honneur de leur Sauveur, deviennent dérisoires en cette terre hostile, pour ne pas dire étrangère.

Comme l'indique le titre original de l’œuvre (Valhalla Rising), Refn ne se fait pas tant le chroniqueur de l'ascension du monothéisme dans ces contrées que celui de la rétribution d'une nature et d'un monde antiques dont le Borgne semble, du moins aux yeux de ses compagnons d'infortune, être l'émissaire. « Il a été envoyé de l'autre côté de l'océan pour nous détruire » murmure-t-on dans son dos, et c'est finalement de l'autre côté de l'océan qu'il mènera ces hommes vers une mort certaine. Contrairement à eux, qui n'auront cesse de s'en remettre à Dieu, le Borgne restera concentré uniquement sur la tâche qu'il se doit d'accomplir. Une fois les autres hommes désemparés, ressentant enfin la véritable solitude lorsque leur Dieu les aura abandonné, seul lui aura la force d'achever sa quête autodestructrice, ce geste sacrificiel qui doit permettre à la vie, incarnée par l'enfant, de continuer. Non, ce ne sont ni le christianisme ni les croisades qui intéressent ici Refn. Ce ne sont même pas les antiques croyances de son peuple pour lesquelles il avoue n'avoir pas grand intérêt. Au travers de leur filtre, son film creuse tout simplement le rapport de l'individu au monde qui l'entoure, la lutte nécessaire pour y survivre et les efforts consentis à le comprendre. Parvenus sur le continent nord-américain, les hommes scruteront la forêt dense dans l'espoir d'y découvrir un signe de vie ou des indices sur les terres où ils se trouvent, mais les paysages se montreront rapidement hostiles à leur égard, n'apportant aucune réponse aux questions posées de manière traditionnelle. A l'image du Borgne, à l'image des dieux et du monolithe de 2001, les vastes paysages renverront ces hommes à eux-mêmes, à guetter leur propre âme afin d'y découvrir leurs propres réponses ; les origines de la manière dont ils ont mené leurs vies et pris leurs décisions.

Conduits à l'introspection, les anciens soldats de Dieu semblent être rendus à l'état quasi-primitif de l'humanité décrit par l'épigraphe du film : « In the beginning there was only man and nature/Men came baring crosses and drove the heathen/To the fringes of the Earth. » Privés du pouvoir médiateur de la religion pour comprendre ce qui leur arrive et pour appréhender leurs vies, ils sombreront dans la folie, se laissant aller à la sauvagerie la plus bestiale sous le regard terrifié de l'enfant. Soit que le monde, dans cet ordre naturel des choses, leur est devenu d'un coup impossible à comprendre, soit que la noirceur de leurs actes leur est désormais insupportable sans l'échappatoire d'un possible pardon divin, ils s'agressent et s'accusent, convergeant progressivement autour de la figure centrale du Borgne qui érige en un geste dramatique un immense kairn, un édifice païen mais aussi un point de repère et un signe de passage humain, au lieu de leur chute synonyme à la fois ici de perte et de découverte. La cohabitation ne peut alors plus durer entre ceux qui choisissent de mettre entre les mains de Dieu la responsabilité de tout ce qui se passe en ce monde et ceux qui, au contraire, en assument leur part. Une fois de plus, l'affrontement bref qui signalera l'éclatement irréversible du groupe sera brutal et sanglant, le Borgne ne faisant preuve d'aucune pitié pour ses adversaires condamnés à la défaite. Si le groupe se scinde alors en deux, et que tous semblent destinés à mourir, seuls ceux qui auront choisi de suivre l'exemple du Borgne semblent réellement prêts à embrasser cette mort et à prendre le recul nécessaire pour contempler le tableau de leur propre âme qui leur est offert par le voyage douloureusement accompli.

Le film est marqué par une pesanteur oppressante qui émane de chacun de ses éléments. Les personnages marchent d'un pas lourd, chaque geste leur demandant un effort suprême. Lorsqu'ils gravissent une colline, l'effort est rude et se lit à leurs dos courbés et leurs visages sombres. Des tensions violentes naissent de l'utilisation et de la composition du cadre, Refn créant des rapports entre les éléments dans les verticales, les horizontales, les diagonales et la profondeur, utilisant tous les outils à sa disposition ; couleurs, filtres et échelle de plan. Les gueules burinées des guerriers se démarquent en gros plan des paysages qui les entourent, leur silhouette découpe violemment l'horizon calme, le rouge sang contraste avec les tons plus naturels qui dominent l'ensemble de l'esthétique visuel et même l'éclairage, l'image est généralement surexposée, rend les ombres plus noires et les visages plus blêmes. En faisant ressortir ses personnages des décors, le cinéaste nous indique que ce n'est pas uniquement la vengeance de la nature qui se joue dans Le Guerrier silencieux, mais surtout celle d'un rapport primitif entre l'Homme et le monde, un rapport qui replace l'Homme lui-même au centre des choses, pour le meilleur comme pour le pire. Les figures protectrices de Dieu, du Sauveur et des autres divinités doivent s'effacer pour qu'enfin l'Homme assume ses responsabilités et les conséquences de ses actes. L'on peut désormais comprendre ces plans teintés de rouge non plus comme ils nous apparaissaient au début du film, c'est à dire comme des prémonitions, mais comme les intentions réelles du Borgne qui aura mené à bien la mission dont il a été investi (par une entité surnaturelle ou par sa propre conscience, la question reste ouverte).

Malgré son ancrage dans le passé, le film conserve un caractère fortement intemporel et le travail sur le son, avec une musique plus proche du grondement des glaciers creusant leur chemin à même la roche que de toute autre mélodie, y est sans doute pour beaucoup, rendant encore plus pesante le caractère contemplatif des images et suggérant l'idée qu'il y a un mouvement d'une lenteur absolue mais totalement implacable qui est à l'œuvre derrière cette histoire. Le Guerrier silencieux, en abordant le rapport entre l'Homme et le monde, pose aussi des questions résolument modernes qui transcendent de loin le cinéma de la cinéphilie auquel on pourrait cantonner l'œuvre de Refn tant il prend plaisir à la citation et à la référence subtile. Oui, cet homme pique des idées à gauche et à droite, mais il a le bon goût de ne piquer que de bonnes idées et a le talent de les agencer de manière à en faire quelque chose de neuf, de sensible et d'intelligent. A la manière du western italien, le film de Refn investit les archétypes hollywoodiens (clairement ici ; la science-fiction, le western et le film d'aventure), et donc l'histoire du cinéma américain, de la mythologie et de l'histoire européennes pour donner, et ce pour la première fois depuis bien des années, de nouveau un sens au cinéma de genre. Dans son nouvel opus, Drive, il opère de nouveau ce procédé, le conte de fées donnant une dimension et une vitalité neuves à ce genre usé jusqu'à la corde qu'est le polar. Si certains s'offusqueront de ce détournement des codes et du fait que Refn nous surprend en signant des films qui ne correspondent pas à l'image que l'on s'en fait d'après quelques plans glanés sur le Web, je prends personnellement beaucoup de plaisir à regarder son travail beaucoup plus viscéral que cérébral. Au risque de me répéter, cet homme est sans aucun doute le jeune réalisateur le plus excitant en activité et chaque projet sur lequel se pose son regard et sa patte prend très rapidement des accents démesurés et surprenants. En espérant qu'à l'image du personnage incarné par Ryan Gosling dans Drive, Refn continue sa route sans trop hésiter ; le cinéma contemporain en a grandement besoin.


Le Guerrier silencieux, un film de Nicolas Winding Refn disponible en DVD chez Wild Side


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Cachou 16/11/2011 21:25



Ben l'esthétisation de la violence, tu la retrouves quand même dans d'autres films qu'"Orange mécanique", déjà dans les premiers, notamment dans une scène de cambriolage dans une banque toute en
ombres, dans "Shining", bien sûr, mais aussi dans "Barry Lindon" (où les batailles sont ordonnées) ou dans "Spartacus". La préoccupation de Kubrick, c'est presque de dépersonnaliser tout ça, de
distancier la violence en la rendant esthétique. Reifn fait ça aussi d'une certaine manière, mais en négatif: au lieu de la mettre à distance en la "cachant", en la tournant en autre chose, de
manière parfois elliptique, il nous la met en face, mais là aussi avec la distance de l'esthétisation à outrance. Plus à la manière d'un réalisateur d'"Irréversible" (un ami a trouvé qu'il y
avait également une influence de celui-ci dans "Drive", mais comme je ne le connais pas, je ne sais pas).


Par contre, je ne connais pas les autres films dont tu parles (pas trop ma tasse de thé je pense).



Marc 17/11/2011 11:52



Mais c'est normal d'être influencé par d'autres metteurs en scène, non? Kubrick, dans ses premiers films, est très influencé par les classiques, ainsi que par des photographes. Ensuite il a fait
des chose qui lui sont plus singulières. Dans l'esthétisation de la violence elle-même, qu'est-ce qui est comparable entre Refn et Kubrick? Les ralentis? On pourrait aussi le rapprocher d'un
Peckinpah dans ce cas là. Le simple fait d'esthétiser quelque chose n'est pas un point de comparaison suffisant à mon avis. Il y a des points de comparaison entre les deux. Mais par exemple le
côté froid chez Refn vient plus de l'utilisation du numérique qu'il exploite très bien alors que chez Kubrick ça venait de la mise en scène elle-mêm, ce qui donne des résultats très différents.
Alors que chez Kubrick ça donnait un côté presque mécanique, chez Refn il y a quelque chose de très humain dans les personnages (notamment de Drive ou de Branson) alors que la
matière du film est moins organique.



Cachou 16/11/2011 12:49



Kubrick avait quand même une certaine préoccupation de la mise en scène de la violence, non...?
Je n'ai en effet pas vu de "Pusher" (je dois avoir le premier, mais je voudrais avoir les 3 avant de regarder ça). Mais si on prend "Bronson", pour moi, c'était une sorte de mélange entre le
réalisateur de "Snatch" dont le nom m'échappe et, en plus discret, d'hommage à la Tarantino. "Drive", c'est Michael Mannesque à mort (avec un truc en plus qui fait que j'ai aimé le film alors que
je n'aime pas ceux de Mann). Disons que si j'avais vu les trois films que j'ai vus de lui sans savoir qui était derrière la caméra, jamais je n'aurais pu faire le reprochement. Ce qui n'est pas
vraiment un défaut, soit dit en passant...


 


La page principale, c'est "http://thewasteland.over-blog.com". On ne sait y accéder que si on rogne dans l'adresse au-dessous, moi j'aime bien pouvoir y accéder par un lien (paresse je te dis).



Marc 16/11/2011 13:05



Kubrick n'avait cette préoccupation que dans certain films. Le rapprochement principal qu'on puisse faire c'est entre le personnage antisocial de Charlie Branson et celui d'Alex dans Orange
mécanique, ou entre le borgne et le monolithe. Visuellement, stylistiquement, même s'il ya des points communs, ça reste assez différent. Drive ressemble à du Michael Mann, si les films
de Mann étaient bien écrits plutôt que de se reposer uniquement sur des trames policière. Pour moi Refn emprunte plus d'éléments à Police Fédérale Los Angeles de Friedkin ou Le Point
de non-retour de Boorman, ainsi qu'à l'ensemble des réalisateurs européens bossant à Hollywood. Ce qui le caractérise dans ses deux derniers film, je trouve, c'est l'intégration
d'éléments mythologiques dans des modèles hollywoodiens, d'où ma comparaison avec le western spaghetti qui faisait essentiellement la même chose. Chose que ne fait pas du tout Kubrick, qui
s'éloigne beaucoup des genres dans lesquels il travaille.



Cachou 15/11/2011 16:09



Esthétiquement, j'ai apprécié ce film. Mais il ne m'a pas touchée. C'était comme si je regardais de belles images assemblées de manière ingénieuse, mais qu'elles ne touchaient pas à quelque chose
de viscérale et d'humain en moi. Donc, un peu déçue quand même... J'en parlais avec un ami, et l'influence de Kubrick est quand même un peu trop prégnante. En fait, pour les films que j'ai vus du
monsieur, j'ai toujours eu l'impression de voir des "hommages à", jamais une patte personnelle et identifiable qui réussissait à se détacher de cet aspect "à la manière de"... Il ne m'a pas
encore marquée comme réalisateur, juste comme esthète.


 


HS: Un petit truc embêtant avec la nouvelle présentation (qui est très bien autrement) : il n'y a pas de lien vers la page principale du blog. Il faudait peut-être la mettre en lien sur la
bannière (mais bon, c'est parce que j'aime bien revenir sur les pages principales sans trop faire, ma paresse parle pour moi).



Marc 16/11/2011 12:41



C'est assez bizarre et difficile à expliquer. Autant je comprends la comparaison avec Kubrick, autant je pense que le cinéma de Refn en diffère radicalement. Pour moi il a un style vraiment à
lui, insaisissable et très évolutif. Il a aussi une obsession, la violence, que Kubrick ne partage pas. Vois peut-être les Pusher, ça aidera je pense à comprendre les enjeux de son cinéma. C'est
un personnage assez difficile à cerner, tout ce que je sais c'est qu'il est le réalisateur qui me stimule le plus depuis trois ou quatre années.


 


Ca dépend de ce que t'appelles page principale? L'idée c'était d'avoir une présentation plus proche d'un site que d'un blog avec des articles accessible dans divers endroits, plutôt que les
articles par ordre de publication. Mais t'es pas la première personne à trouver ça embêtant.



louisso 14/11/2011 17:31



J'ai regardé des films contemplatifs; je n'ai pas forcément de problèmes avec eux. J'ai même apprécié le visionnage de certains sans comprendre le sens du film. Je ne pense pas que tout soit dans
le scénario, le thème et la réflexion engendrée. Après tout, c'est toujours plus sympa de passer du temps en bagnole dans un paysage atypique plutôt que de se taper des champs cultivés à longueur
de vue! Peut être aussi que ce style contemplatif, c'est un effet dont il ne faut pas abuser. J'ai vu ça dans beaucoup de films français (j'avais accès aux films des césars, putain les
producteurs ne lisent jamais un scénar ou quoi?) et pour moi ça passait comme étant là juste pour dire que le réalisateur est quelqu'un de très intelligent, et très sensiblement artistique... Et
non pas pour laisser le spectateur digérer ce qu'il vient de voir, ou même tout simplement proposer une petite séquence agréable pour les yeux et reposante pour le cerveau.



Marc 16/11/2011 11:44



Mais justement, ce que tu dis les films français souligne le néant non? C'est sûr que ce genre de scène peut être utilisée de manière gratuite. C'est ce que j'appellerai un film intello,
contrairement à un film intellgent. Après j'aime pas trop ce genre de stigmatisation, les films français sont bavards, les films suédois austères, les films américains bourrins. Il y a du bon
partout, il faut juste évité les merdes de toute sorte qui constituent une grosse partie de la production.



Louiss 09/11/2011 16:51



Je n'ai pas revu ce film depuis sa sortie au cinéma. Ton analyse du fond du film est très intéressantes (tes phrases sont un peu longues quand même haha ;) ). Par contre, je me pose une question
sur les techniques déployées pour rendre ce style de film plus qu'appréciable. Donc si tu pouvais dévelloper un peu là dessus, ce serait cool. Pour préciser ma question : de nombreuses scènes
contemplatives, très peu de dialogues ou d'actions. Tout ce qu'il faut pour rendre un film très chiant. Pourtant, ce n'est pas le cas. Je pourrai bien sur me contenter de la bande son, mais c'est
pas de cet artifice dont je veux parler héhé. Si je pense à ça, c'est parcequ'hier je suis allé voir "love and bruises" (ne me demande pas pourquoi hahaha). J'ai pensé au guerrier silencieux :
des scènes où il ne se passe rien, on peut appeller ça de la contemplation, pourquoi pas... des scènes de violence désagréables (beaucoup de gens ont quitté la salle). Ah si, il y avait en plus
du sexe. Mais mal filmé, pas érotique. Juste une nana qui crie. Elle crie de plaisir, c'est pour différencier les scènes de viol. Bref, quelque part, les deux films sont chiants sur le papier.
Pourtant l'un est super et l'autre une putain de merde (nan, pire que ça : la merde reste un produit très utile en comparaison)! haha tu devrais aller le voir quand même, juste pour pouvoir mieux
apprécier les bons films! ;)


 



Marc 12/11/2011 19:18



Je sais pas si je pourrais développer là-dessus, étant donné que les films avec des scènes contemplatives, très peu de dialogues ou d'action, ça ne me rebute pas du tout. Bien au contraire, c'est
probablement la grosse majorité des films contemporains que je regarde. Les dialogues etc. c'est bon le cinéma de genre, mais le western et le polar on en a fait le tour depuis la fin des années
70, le film d'horreur décérébré depuis les années 80, bien qu'il y ait évidemment des exceptions. Tout comme j'aime les livres avec des phrases longues, mais aussi le contraire. Non, je pense
qu'une scène contemplative dans un film c'est comme une pause, un air de repos. Ca laisse le temps de se détendre et de penser. Tout comme la longueur c'est ce qui permet au rythme d'exister.
S'il n'y a pas ces pauses, le tout me semble un peu plat. Et quand on ne laisse pas au spectateur le temps de réfléchir (regarde par exemple Les Experts où la caméra bouge sans cesse et
où il y a un amalgamme d'effets visuels et auditifs) c'est simplement qu'il n'y a pas matière à réflection (ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose). Le problème survient surtout dans les
films contemplatifs où il n'y a rien derrière, dans ce cas là la lenteur met en avant le néant. Je pense que si tu ne t'es pas fait chier devant un film contemplatif, c'est avant tout parce qu'il
t'a raconté quelque chose qui t'a intéressé. Je ne crois pas qu'il s'agisse de techniques ou d'effets de style, mais surtout de contenu. Et si tu regardes une oeuvre plutôt lente dont les thèmes
ne te parle pas, c'est normal de trouver ça ennuyeux. Mais peut-être que ce n'est pas toujours dû à la qualité du film. Dis moi ce que t'en penses. Et loupe pas Drive, putain!