La Saison de la terreur

Publié le par the idiot

Gendai kosyokuden: teroru no kisetsu

(1969)

Koji Wakamatsu

Yuko Ejima, Tomomi Sahara, Ken Yoshizawa

 

La Saison de la terreur 1

 

Après ce fol instant de désespoir que fut en 1969 le sublime Va, va, vierge pour la deuxième fois, Koji Wakamatsu, réalisateur emblématique de la contre-culture nippone, revient à quelque chose de plus prosaïque avec La Saison de la terreur. Avec ce film profondément sombre sur l’ennui, il ressasse quelques-uns de ses thèmes de prédilection ; voyeurisme, érotisme et engagement politique.

La Saison de la terreur 3Chargés de surveiller un homme soupçonné d’activisme politique (lire terrorisme), deux flics squattent un appartement de la même cité que leur suspect afin de surveiller chacun de ses faits et gestes. Ayant mis l’appartement sur écoute ils découvrent que leur homme passe ses journées dans l’apathie la plus totale, prostré dans l’attente du retour des deux femmes qui lui servent d’esclaves à la fois domestiques et sexuelles.

La Saison de la terreur 2

Tout au long de la nuit les deux policiers peuvent écouter les ébats du supposé criminel mais ne trouvent aucun signe de complot terroriste. Perplexes à l’idée qu’un homme puisse se contenter d’une vie fondée sur un hédonisme total, ils persévèrent toutefois dans leur enquête, plus par professionnalisme que par passion mais leur ennui se prolonge au fil des jours et on les sent devenir peu à peu les prisonniers de leur propre suspect.

La Saison de la terreur 8On découvre rapidement que le jeune homme, surnommé par ses deux partenaires « le fainéant », était bel et bien un jeune révolutionnaire autrefois. Ses heures de lutte sont désormais derrière lui et il cherche simplement à profiter des plaisirs de la vie ; baiser, chier et bouffer. Le spectateur découvre aussi en lui un véritable connard, sorte de gosse pourri-gâté par ses deux nounous qui en arrivent presque à l’infantiliser si ce n’est qu’il passe son temps à les sauter toutes deux, simulant parfois même le viol pour trouver un nouveau stimulus.

La Saison de la terreur 4

C’est là que se trouve le nœud central du film, comme en atteste l’étrange séquence finale où se superposent deux plans en couleur, l’une du drapeau japonais, l’autre du drapeau américain, symbole ici du capitalisme désinhibé que l’occupation d’après-guerre a implanté au pays du soleil levant, bousculant les traditions et les valeurs et faisant à jamais évoluer cette société si particulière. Wakamatsu met ainsi en garde son spectateur contre l'oubli des valeurs fondamentales qui doivent le guider au travers de sa vie sous peine de tomber dans une dépression similaire à celle du fainéant.

La Saison de la terreur 7Le style de vie de ce-dernier le plonge lui-même, ainsi que son entourage – les deux jeunes filles, les deux policiers – dans un ennui total qui se fait sentir tout au long du film et qui réduit l’ensemble de leurs vies au néant. Si l’on veut servir à quelque chose, il faut se bouger semble dire le réalisateur contestataire, et ce mot d’ordre de servir autant au fainéant qu’aux flics comme le montre la fin de l’histoire.

La Saison de la terreur 6Au travers de sa mise en scène, Wakamatsu questionne le voyeurisme au travers du spectre de l’observation. La plupart du temps, les deux policiers peuvent entendre mais ne peuvent pas voir le fainéant. Cette idée est soulignée dans la manière dont il filme souvent les ébats du trio, au travers d’une rideau qui semble interdire le regard du spectateur. L’incompréhension gagne ainsi toujours plus les deux policiers, l’envie aussi peut-être.

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L’acte sexuel est tantôt sublimé, tantôt rendu cru, sans érotisme aucun. L’excitation, l’envie, n’est pas toujours là. Le besoin, quant à lui, l’est bel et bien. Le seul instant où les filles semblent réellement excitées et lors de la scène de viol, mise en scène par le fainéant et mettant en abyme un fait réel arrivé à l’une de ses compagnes. L’action est toujours la source de la vie, martèle ainsi Wakamatsu, sans juger du bien-fondé de celle-ci.

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Sans s’élever au niveau de Quand l’embryon part braconner ou de Va, va, vierge pour la deuxième fois, La Saison de la terreur reste un film énigmatique et touchant, un plaidoyer contre l’apathie qui met le spectateur face au reflet de sa propre vie, une vie fait de gestes sans conséquences, une vie qui ne rime à rien et qui l’implore d’agir selon ses croyances, que les conséquence soient ou non positives.

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coltrane 03/12/2010 18:24



Wakamatsu je l'ai découvert (sur le tard) avec United red army (voir chronique sur mon blog). C'est un peu surprenant qu'un tel cinéaste soit encore en activité aujourd'hui alors qu'il semble
tellement ancré dans les années 60/70. Il vient de remettre ça avec le Soldat dieu que je n'ai pas encore vu : encore un film qui déménage ! Par contre la Saison de la terreur n'a pas l'air
facile à dénicher... 



the idiot 03/12/2010 19:31



Ils sont en train de ressortir pas mal de ses vieux films en coffret chez Blaqout en raison de la rétrospective que lui consacre la cinémathèque. Je n'ai pas encore vu United Red Army,
je suis encore dans les films des années 60/70 mais j'ai bien l'intention d'aller voir son nouveau au cinéma. Il y a un petit entretien dans le Brazil de ce mois-ci ou de novembre, je sais pas
trop. Il continuerait à tourner et monter ses films en une semaine. T'as vu Va, va, vierge pour la deuxième fois et Quand l'embryon part
braconner? C'est les deux films de Wakamatsu que j'ai trouvé les plus marquants pour l'instant et valent à eux seuls l'achat du premier coffret.