Keoma

Publié le par the idiot

Keoma
(1976)
Enzo G. Castellari
Franco Nero, Woody Strode, William Berger

Keoma



            Keoma n'était qu'un enfant lorsque sa famille, des peau-rouge, a été décimée par l'homme blanc. Shannon, un homme redoutable, le recueillit au sein de sa famille, mais ses fils légitimes n'acceptèrent jamais l'indien comme un des leurs. De retour de la Guerre de Sécession où il a combattu aux côtés des tuniques bleues, les troupes des Etats abolitionnistes, Keoma découvre que sa ville est tombée sous le joug d'un tyran local auquel se sont ralliés ses demi-frères. Reprenant donc à peu de détails près l'idée de départ de La Lance brisée d'Edward Dmytryk, Keoma constitue l'un des ultimes soubresauts du western spaghetti, usé par la veine comique, mais aussi l'un des chefs d'oeuvre du genre.
            Il n'y a pas de place ici pour l'humour, le film est d'une noirceur absolue, posant une réflexion métaphysique sur la notion de liberté. L'une des premières très belles scènes du film est celle des retrouvailles de Keoma avec George. Interprété brillamment par Woody Strode, grand acteur afro-américain du western classique et souvent vu chez John Ford, cet ancien esclave est devenu alcoolique après la guerre, plongé dans le désespoir par la découverte que la liberté à laquelle il a aspiré toute sa vie n'a q'une infime valeur. Là se trouve le coeur autour duquel s'axe tout le récit, le film nous laissant finalement penser que la valeur de la liberté n'est égale qu'au prix que nous sommes prêts à payer pour l'obtenir.
            Cette noirceur est amplifiée par la dimension onirique du film, Keoma étant sans cesse hanté par la figure de sa mère qui cherche à le ramener à la raison et à le pousser à abandonner son idéalisme. Cet idéalisme qui ne peut que le mener à grands pas vers la mort, Keoma ne peut cependant s'en défaire puisqu'il incarne à lui seul l'histoire de la conquête de l'Ouest et donc le fondement de la civilisation nord-américaine, l'outrage d'un peuple décimé et la profonde culpabilité d'un autre. Keoma en devient une figure christique mais son calvaire ne tarira aucunement son sentiment de révolte et sa volonté de rébellion, forces motrices du personnage.
            A l'aura sombre de Keoma se conjugue une mise en scène de la violence héritée du cinéma de Sam Peckinpah qui venait, quelques années plus tôt, de révolutionner le western aux Etats-Unis avec La Horde sauvage. Employant des ralentis à l'image de ce dernier, Castellari organise une boucherie choréagraphiée avec, en contrepoint, un chant lancinant qui n'est pas sans rappeler les morceaux de Leonard Cohen qu'avait utilisé Robert Altman dans son John McCabe en 1971. Parvenant à la fois à être introspectif, insérant avec une rare intelligence des flash-back à une narration qui avance toujours, et à porter un regard sur les causes de l'inertie de la justice sociale, Castellari signe avec Keoma une oeuvre intemporelle qui transcende les codes du western spaghetti.

Publié dans Cinéma

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