Internet rend-il bête ?, un livre de Nicholas Carr

Publié le par Marc

Internet rend-il bête ?
The Shallows: What the Internet is Doing to Our Brains
Un livre de Nicholas Carr

(2010)

Pour inaugurer cette série de lectures, je n'évoquerai pas une œuvre littéraire mais à un nombre de livres qui prennent tous pour sujet les évolutions de la lecture et de l'écriture à l'heure d'Internet, c'est-à-dire les conséquences de l’avènement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) sur la transmission de la culture. Depuis une douzaine de mois, c'est le sujet phare de l'édition américaine. Quatre ou cinq livres abordant le sujet avec des opinions et sous des angles très divers apparaissent chaque mois sur les tables des librairies et les traductions ne sauraient tarder à déferler sur le marché français, à l'image du livre de Nicholas Carr, Internet rend-il bête ?, publié bientôt chez Robert Laffont. Justice est donc faite, car c'est bien Nicholas Carr qui avait lancé l'offensive en 2008 en signant un article publié dans la revue américaine The Atlantic, à lire en ligne pour les anglicistes souhaitant avoir un aperçu du propos avant de se pencher sur le livre lui-même. Publié en 2010, le livre poursuit une idée identique à celle de l'article mais est soutenu par un travail de recherche sérieux qui se met pleinement au service de l'argumentaire de l'auteur tout en étant riche de renseignements. Carr cite de nombreuses expériences menées sur le cerveau depuis un bon siècle que ce soit au niveau de sa structure physique, de la neuroplasticité ou du fonctionnement de la mémoire. Autre argument qui plaide grandement en faveur de ce livre pour ceux qui, comme moi, n'ont que des connaissances limitées en matière scientifique, Internet rend-il bête ? est un livre extrêmement facile à comprendre pour qui voudra s'en donner la peine, ne nous laissant plus le choix de ne pas se pencher sur un sujet qui nous touche désormais tous, et ce de plus en plus profondément.

Travaillant dans les NTIC, utilisant un ordinateur depuis les années 1980, et naviguant quotidiennement le web depuis maintenant une bonne décennie, Nicholas Carr s'est demandé quels effets ce comportement pouvait avoir sur son cerveau et si ce-dernier ne commençait pas, peu à peu, à se remodeler lui-même selon le principe de fonctionnement de son outil de travail. Décrochant péniblement pendant plus d'une année de cette utilisation quotidienne d'Internet, Nicholas Carr s'est donc attelé à un impressionnant travail de recherche pour voir dans quelle mesure notre nouveau climat de lecture pouvait influer sur la manière dont nous nous approprions l'information et sur l'outil que nous employons à cette fin ; notre cerveau. Si le fruit de cette réflexion est de toute évidence biaisée et que l'argumentaire de l'auteur est en partie discutable, Carr a le mérite de soulever un nombre important de questions fondamentales et de sonner l'alarme quant à notre utilisation aveugle d'un outil qui nous est aujourd'hui devenu indispensable. L'on pourrait notamment lui reprocher d'adopter la position de Socrate dans le Phèdre de Platon, c'est à dire un rejet aveugle du progrès et, dans le cas de Socrate, de l'écriture au profit de la tradition orale que le philosophe considérait comme plus bénéfique pour le développement de notre mémoire. Certes, Internet nous change en tant qu'individus et que société, mais qui, aujourd'hui, est en mesure de dire si cette évolution est un mal ou un bien ?

Indiscutablement, nous vivons aujourd'hui une période de révolution culturelle à l'image du milieu du XVe qui vit l'apparition de l'imprimerie, inventée en 1450 par Gutenberg. Si les raisons de ces deux évolutions techniques sont très proches, l'accroissement de la quantité d'information à traiter nécessitant des outils toujours plus perfectionnés pour en permettre une accessibilité plus simple et efficace, il existe néanmoins une différence majeure : la rapidité de cette révolution. A mon sens, l'invention de l'imprimerie était, avec l'alphabétisation massive qui suivit, l'aboutissement d'un processus très long, le passage de l'oralité à l'écriture ne s'étant réellement concrétisé qu'au cours du XIXe, plusieurs millénaires après la naissance de l'écriture dans plusieurs foyers de civilisation répartis tout autour du monde. Si, aujourd'hui, nous n'abandonnons pas l'écrit ni la lecture (au contraire nous lisons plus que jamais), le support de l'information – au sens le plus large du mot – est bel et bien en pleine évolution. Nous passons du support papier à une information qui sera bientôt entièrement numérisée, et ce bouleversement s'est produit en guère plus d'un siècle, ses origines pouvant être retracées jusqu'à la fin du XIXe et l'invention du téléphone par Graham Bell. Même si l'on veut pinailler et faire une archéologie des télécommunications en remontant par exemple à Claude Chappe, la différence entre un processus s'étendant sur deux siècles et un autre ayant duré plusieurs milliers d'années resterait tout aussi éloquent. La vitesse à laquelle cette évolution se déroule trouve, d'après Carr, son écho dans la vitesse à laquelle elle nous fait évoluer, tant dans nos interactions sociales (sujet d'un autre livre important, Alone Together de Sherry Turkle) que dans la manière dont nous réfléchissons.

L'idée fondamentale de Internet rend-il bête ?, du moins là où je trouve le livre véritablement pertinent, n'est pas tant dans l'influence hypothétique que nos longs séjours dans le cyberespace peuvent avoir sur notre cerveau, mais dans l'idée que, bien que ce n'est pas la nature de l'information elle-même qui change, l'évolution du climat dans lequel nous nous approprions et nous assimilons des bribes de connaissances influe sur notre capacité à exploiter l'information et, par conséquence, sur la valeur même que nous pouvons en tirer. Il est d'ailleurs dommage que le titre français du livre ne réussisse pas à traduire le titre original, The Shallows, c'est à dire des eaux peu profondes. Selon les recherches conduites par Carr, notre capacité à bien lire, c'est à dire à lire en profondeur, en réfléchissant et en interprétant ce que l'on lit, dépend fortement de notre climat de lecture. Celui que nous offre Internet n'est tout simplement pas propice à la concentration avec ses nombreuses distractions sonores et visuelles et la tendance naturelle du cerveau à vouloir se tenir informé de l'ensemble de son environnement. Avec Internet nous prenons de plus en plus l'habitude de faire plusieurs choses en même temps, excitant ainsi des parties différentes de notre cerveau et empêchant ceux-ci de fonctionner à plein régime. Pour schématiser le propos, nous savons de plus en plus de choses mais nous les savons de moins en moins bien. Cependant, nous devenons toujours davantage aptes à trouver l'information dont nous avons besoin dans les grandes bases de données virtuelles dont nous disposons. Peu à peu nous substituons Internet à notre mémoire et fonctionnons désormais comme un moteur de recherche. Carr n'invente en réalité rien ici, se contentant de reprendre l'idée principale que le théoricien de la communication, Marshall McLuhan, a développé dans de nombreux livres dont Message et Massage : un inventaire des effets, selon laquelle « le message, c'est le médium », c'est à dire que ce ne sont pas les contenus qui affectent la société mais les canaux de transmission eux-mêmes. Vous vous demandez sans doute dans quelle mesure nous aurions encore besoin de notre mémoire puisque toute l'information dont nous avons besoin se trouve désormais à portée de clic, voire d'une simple caresse de l'écran tactile d'un smartphone ou autre tablette. Mais voilà où le bât blesse, notre mémoire ne nous sert pas uniquement à emmagasiner de l'information, nous y enregistrons aussi les schémas de pensée auxquels nous faisons appel tous les jours dans notre réflexion. Notre cerveau se développe selon les exercices que nous lui imposons et, une fois que l'habitude s'installe, elle se transforme rapidement en automatisme. Ainsi, à force de surfer sur le web, notre comportement hors-ligne s'en trouve affecté.

Les progrès en termes d'intelligence artificielle réalisés par Google ont beau être impressionnants, avec les capacités constamment améliorées de son moteur de recherche à deviner ce que nous cherchons et à nous fournir des résultats qui répondent chaque jour un peu mieux à nos besoins, le moteur en question n'est pas pour autant capable de réfléchir, procédant de façon purement mathématique, évaluant la richesse des sites selon un critère quantitatif et non pas qualitatif. Google, qui se trouve aujourd'hui au centre de nombreux livres dont In the Plex, de Steven Levy (une analyse des stratégies économiques et éthiques de Google) et I'm Feeling Lucky, de Douglas Edwards (un témoignage d'un ancien employé de la firme) paraissent particulièrement intéressants, règne actuellement sans partage sur Internet. En à peine une dizaine d'années, l'entreprise californienne a imprimé sa vision du monde de manière implacable sur nos vies et cela grâce à une manière de classer l'information certes efficace mais qui comporte d'immenses risques. La révolution Google, l'innovation qui a permis à la firme de dominer le secteur des moteurs de recherche, a été d'organiser le contenu du web selon les hyperliens, l'élément qui en est sans doute le plus caractéristique. Pour classer les sites afin de répondre plus efficacement à nos recherches de mots-clef, la stratégie de Google a été d'évaluer la valeur de l'information fournie par un site selon le nombre d'hyperliens qui y revoient et selon la valeur des divers sites dont proviennent ces hyperliens. L'idée peut paraître évidente mais elle restructure intégralement la manière dont nous organisons le savoir et l'information depuis l'Antiquité ainsi que la façon dont on en évalue la valeur. Si, pour l'instant du moins, la méthode Google semble porter ses fruits et répondre correctement aux demandes des utilisateurs, le risque fondamental se trouve dans la redistribution des cartes de l'évaluation et la validation de l'information. Alors que celle-ci était autrefois l'affaire de spécialistes, des chercheurs et des érudits que l'on pourra toujours taxer de snobisme intellectuel mais qui, détenant le savoir, avaient au moins la compétence requise pour remplir une telle mission, elle devient dès lors l'affaire de tout le monde, la création d'un site ou d'un blog étant à la portée de n'importe qui dispose d'un ordinateur et d'Internet. C'est l'éternelle question de la démocratisation de la culture qui refait surface dans toute sa complexité ; doit-on répondre à la demande des masses ou, au contraire, être exigeant et pousser les masses à viser toujours plus haut et à être plus exigeants en vers eux-mêmes ? C'est aussi, en filigrane, la question de la tyrannie de la majorité, une majorité qui ne sait pas toujours ce qui est pour le mieux.

Du fait de sa position de quasi-monopole, l'on doit aussi questionner le positionnement économique et éthique de Google et des quelques autres grandes entreprises du web que sont Facebook ou Amazon. Si ces sites fonctionnent sur le modèle de la gratuité apparente, ou du bas prix pour les sites marchands les plus importants, ce n'est qu'une façade destinée à cacher un autre prix que nous payons. Sur les 29 milliards de dollars amassés en 2010 par Google, 96% proviennent de la publicité1. La recherche d'information n'est pas l'activité principale de l'entreprise, mais est peu à peu devenue le moyen de diriger plus efficacement la publicité vers les internautes, en en apprenant chaque jour un peu plus sur eux grâce à l'étude minutieuse de leurs recherches, du temps passé sur telle ou telle page, afin de définir avec une précision croissante leurs centres d'intérêt. C'est d'ailleurs dans les publicités qui apparaissent sur nos écrans et qui peuvent parfois être complètement à côté de la plaque, se trompant de clientèle pour cause d'un simple mot clef mal interprété, que l'on peut voir les limites actuelles de Google. Il est cependant impossible de nier qu'au fil des ans, ces publicités sont devenus toujours plus pertinentes. L'efficacité de Google s'accroît avec les quantités d'information que ses bases de données engloutissent, plus on lui fournit d'information, plus on l'utilise, le mieux il nous connaît et le plus efficacement il peut servir les publicitaires qui sont, il ne faut jamais l'oublier, sa principale source de revenus. N'ayant rien lu sur Facebook, je ne prétends pas en connaître le fonctionnement. L'on peut néanmoins imaginer que le modèle commercial est fort semblable à celui de Google (qui cherche à mettre en place son propre réseau social sans succès depuis plusieurs années). Quant à Amazon, qui reste depuis toujours très discret au niveau de la communication de ses chiffres, mettant un voile sur la transparence grâce à la complexité du fonctionnement de son marketplace, si le site réussit à casser autant les prix, c'est de toute évidence qu'il y a une autre manne financière qui nourrit l'entreprise au détriment des commerces traditionnels et ce, dans le cas des industries culturelles, au péril de la diversité et donc du choix. A ce sujet, je vous conseille l'excellent L'Edition sans éditeurs d'André Schiffrin, un brillant exposé sur le fonctionnement du secteur du livre, ainsi que le rapport gouvernemental d'Hervé Gaymard, Pour le livre, qui souligne l'importance des libraires pour la diversité littéraire. Rassurez-vous, même si ça en a tout l'air, ce n'est pas que je prêche pour ma paroisse. Les parallèles entre les secteurs du livre, de la musique et du cinéma sont parfaitement claires et si vous ne croyez pas à la conformité croissante de la consommation culturelle, travailler quelques mois à la Fnac vous fera rapidement déchanter et changer d'avis.

On ne peut évidemment pas rejeter Internet sans aucun discernement, sans quoi je n'y aurais pas ma place, et le médium n'a pas uniquement ses détracteurs. Parmi les livres qui défendent le web, deux ouvrages se concentrant sur l'évolution de la forme me paraissent intéressants à mettre en lumière. Il y a, premièrement, The Art of Immersion de Frank Rose qui explore la manière dont Internet, les jeux de rôle et les jeux vidéos influencent l'art de la narration, que ce soit dans des films de fiction ou publicitaires. Il y explore l'innovation des formes grâce à la participation croissante du spectateur (ou du récepteur dans le cas de la publicité) à l'œuvre, notamment au travers du concept de campagne virale et de l'engouement que celle-ci peut entraîner. Il s'agit, par exemple, de ces publicités sous forme de jeu que l'on peut trouver sur Youtube et qui balayent comme par miracle les barrières que nous avons construits autour de nos après des décennies de bombardement publicitaire. Le second livre, le manifeste de David Shields, Reality Hunger, est axé davantage sur la création artistique, prêchant pour un renouvellement des formes, de la réflexion sur la propriété intellectuelle au travers de la question du plagia et du collage – qu'il emploie tous deux tout au long du livre – et de la perception entre réalité et fiction. Un livre sans doute quelque peu idéaliste, voire naïf, mais qui foisonne d'idées et d'associations originales. Shields y souligne notamment le glissement qu'effectue aujourd'hui le secteur culturel d'un point de vue commercial. Alors que, depuis plusieurs siècles, ces industries étaient basées sur la copie (sous forme de livre, de cd ou autre) que les commerçants faisaient payer aux consommateurs, la copie d'une œuvre dématérialisée circulant désormais librement, ces industries doivent se chercher un nouveau modèle, sans doute fondé sur l'accès et non sur la possession. L'on constatera une certaine frilosité chez l'ensemble des acteurs du secteur culturel, l'avenir incertain étant peu propice à la prise de risques. Il est pourtant évident qu'il leur faut réagir maintenant et ne pas avoir peur du changement. Qui, aujourd'hui, peut-il dire que la révolution numérique et la lecture sur écran n'entraîneront pas des évolutions similaires à celles qu'ont permises la révolution industrielle et le développement de la presse écrite, sans lesquels le roman, tel que nous le connaissons et l'admirons, n'existerait pas ? Il est d'ailleurs intéressant de constater que ceux qui semblent le plus attaché à l'objet-livre sont ceux-là mêmes qui devraient s'attacher en premier lieu au contenu et non à la forme. Cette dématérialisation des produits culturels n'est-elle pas au fond une opportunité de mettre de nouveau l'accent sur le plus important, sur les idées et non plus le bien de consommation ? « Do not judge a book by its cover. » dit-on en anglais, ce sont pourtant les grands lecteurs qui en sont le plus souvent coupables.

Internet est donc à la fois une nécessité, une opportunité et un danger, tout dépendra de ce que nous, ses utilisateurs, en ferons, sur la manière dont on s'en servira et dont on nourrira le cyberespace. La qualité des contenus et la probité des moteurs de recherche doivent impérativement rester sous surveillance, ce qui relève davantage de la compétence d'organismes gouvernementaux ou internationaux que de celle des internautes. Ce-dernier doit, quant à lui, être plus que jamais capable d'une distanciation critique, chose qui dépendra de son éducation. Les sites eux-mêmes doivent être élaborés avec réflexion afin de créer un cadre dont l'ergonomie soit cohérente avec l'objectif, qu'il soit intellectuel ou commercial. La bibliothèque universelle des Lumières semble plus que jamais réalisable, mais une démocratisation de la culture mal menée risque d'appauvrir, voire d'anéantir la culture avant de la rendre accessible à tous. Le rapprochement entre révolution numérique et œuvres de science-fiction paraître facile mais est sans doute pertinent. Le concept de cyberespace qui fait son apparition dès les premier livres de William Gibson, dont Neuromancien, et que l'auteur décrit comme «  […] une hallucination consensuelle vécue quotidiennement en toute légalité par des dizaines de millions d'opérateurs, dans tous les pays, par des enfants à qui des concepts mathématiques sont ainsi enseignés [...] Une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain [...] », semble aujourd'hui étrangement prémonitoire. Dans Internet nous rend-il bête ? Nicholas Carr se rappelle d'une scène du film de Kubrick, 2001 : L’Odyssée de l'espace, dans laquelle un astronaute désactive froidement l'ordinateur de bord de son vaisseau en un effrayant inversement des rôles, la machine devenant tout à coup celui qui éprouve des émotions, notamment la peur, alors que le visage de l'homme n'en révèle aucune.

Dans Blade Runner, adaptation du roman Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick par Ridley Scott, l'ultime phrase murmurée par Roy Batty reprend une idée essentielle développée par l'écrivain. « Tous ces instants se perdront dans le flux du temps, comme des larmes sous la pluie. » Ce qui différencie fondamentalement l'homme et la machine, selon Dick, est la mémoire. Si, dans le film, cette frontière est gommée par l'amélioration des machines, ce qui risque de se passer dans la réalité est justement l'inverse. Si Internet nous fournit le médium parfait pour communiquer et préserver notre mémoire, « la mémoire du monde », il pourrait, entre de mauvaises mains, sonner le glas de millénaires de réflexion, de création et de développement culturel en projetant à jamais toute civilisation dans l'insignifiance de l'oubli. Il ne tient qu'à nous, par un comportement responsable, de nous assurer dès aujourd'hui que cela n'arrivera jamais.


1 « How Google Dominates Us », James Gleik ; The New York Review of Books, August 18 – September 28, 2011; Volume LVIII, number 13


Internet rend-il bête ?, un livre de Nicholas Carr, publié aux éditions Robert Laffont, traduit de l'américain par Marie-France Desjeux

Pour le livre: Rapport sur l'économie du livre et son avenir, un livre d'Hervé Gaymard, publié par Gallimard et La Documentation Française

L'Edition sans éditeurs, une livre d'André Schiffrin, publié au éditions La Fabrique, traduit de l'américain par Michel Luxembourg


Publié dans Lectures

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Cachou 22/09/2011 22:31



Ce que tu dis sur l'aspect consumériste de la chose, c'est une réflexion que je me suis souvent faite. Parfois, je culpabilise d'être aussi matérialiste (je pense déjà en avoir parlé avec toi)(je
n'en suis plus sûre), mais en même temps, si j'ai besoin de posséder ces choses, c'est pour être sûre de les avoir sous la main quand l'envie viendra de les consulter/regarder/écouter. Le côté
immatériel des e-book ou des MP3 me fait peur parce que le support peut disparaître (pour les DVD aussi tu me diras, à la manière des K7, mais ce n'est pas la même chose), mais le contenu n'est
pas à l'abri non plus. L'histoire de "1984" en numérique retiré du compte des acheteurs après achat suite à des problèmes de droit m'a glacé le sang. Parce que je ne supporte pas l'idée que
quelqu'un puisse se permettre de retirer un achat après paiement. C'est une chose qui n'existait pas avec le livre papier. Sans oublier qu'on achète superbement la "surveillance" de la
consommation avec la chose. On n'en était pas loin me diras-tu, et à raison, mais là, c'est encore plus facile de dresser le portrait littéraire d'un lecteur. La chose me perturbe, comme ça m'a
toujours perturbée d'imaginer qu'on puisse en faire de même à l'aide de la liste des livres empruntés à la bibli, jusqu'à ce que j'apprenne que ce ne serait pas possible.


 


Pour le travail de l'éditeur, effectivement, il y a des auteurs qui n'en ont pas besoin. Mais qui devraient quand même demander à faire relire leur texte pour les coquilles, les petites erreurs
que tout le monde peut commettre.
Et pour l'orthographe, je suis bien placée pour voir l'évolution de la chose. J'ai toujours eu des problèmes avec l'orthographe, j'ai toujours dû batailler pour essayer d'écrire correctement, et
là, tu ne peux pas t'en rendre compte, mais depuis trois ans, j'ai fait des progrès énormes, principalement à cause de mon changement de carrière qui m'a un peu obligé à me concentrer sur la
chose. Cependant, je me rends compte que sur écran, j'ai beaucoup plus de mal à écrire correctement que sur papier. Pas uniquement parce que je veux poster rapidement (ce qui est très
certainement un facteur décisif, ce côté "vitesse" de la communication écrite), mais également parce que la distance à l'écriture est différente. Je ne regarde plus mes mains écrire, je regarde
ce que j'écris, en même temps que je le pense (non, je n'exagère pas, j'écris très vite, et à la limite, je me demande si je n'écris pas plus vite à l'ordi qu'à la plume...). Mais du coup, je
suis plus facilement distraite, peut-être à cause de cette séparation entre l'acte et le résultat, alors que quand tu écris à la main, le résultat est SOUS l'acte, les deux sont entièrement liés,
et demandent plus d'attention. Or, la distraction, c'est ce qui amène toutes les fautes d'homophonies, qui sont plus récurrentes (plus que le fait de ne pas savoir orthographier correctement un
mot). Tantôt, dans un mail, j'ai écris "faites" au lieu de "fête", sans aucune raison.


L'ordinateur et internet, c'est aussi une lecture différente de celle sur papier. L'espace est beaucoup plus grand, l'écriture souvent plus petite si on ne l'agrandit pas, l'oeil ne capture pas
l'information de la même manière, et la grandeur de l'espace fait parfois lire plus distraitement. Et écrire de la même manière. Je sais que je ne peux pas me corriger correctement sur écran, que
pour le faire sérieusement, je dois imprimer. Mais je le fais rarement, à cause du coup de la chose plus que du côté écologique, je l'admets. Et donc voilà. Du coup, je dois dire que je me méfie
des auteurs et éditeurs qui corrigent directement sur écran...


 


Oui, c'est vrai que le nombre de livres publiés atteint des sommets. Quand je vois, rien que dans la SFFF, le nombre de nouveaux (micro-)éditeurs qui voient le jour, des fois, je me demande
comment font ces livres publiés pour vivre. Ca devient presque une lutte à la Darwin. Et on n'a plus le temps de savourer les surprises, il y a une sorte d'uniformisation des découvertes à cause
de ce grand nombre de romans publiés en même temps et tués dans l'oeuf... Maintenant, l'idée qu'il y ait tant de nouveaux romans est aussi un peu grisante, et permet de faire rêver les auteurs en
devenir espérant faire partie du lot. Mais les techniques pour y arriver sont de plus en plus "agressives". Tu dois en voir pas mal de saoulante dans ton boulot. Moi je commence à y avoir de plus
en plus droit derrière mon écran. Aujourd'hui, j'ai par exemple reçu plusieurs mails, un d'une auteur qui veut que je lise son nouveau livre qui ne correspond pas du tout à mes goûts (elle a dû
écrire à tous les blogs de littérature classés dans Wikio), deux de Flammarion (un pour un livre de Coelho, comme si le monsieur avait besoin de pub, et que j'ai gentiment décliné parce que
j'exècre l'auteur; un pour avoir mon adresse personnelle (!!!!!!) pour m'informer de diverses choses)(comprendre: pour envoyer des SP à la sauvage et donner une sorte de contrainte à la
publication de billet au blogueur)(il n'y a qu'un éditeur qui a le droit de faire ça avec moi, celui de Lunes d'Encre, parce que j'aime bien la collection, autrement je trouve ça plutôt lourd,
les SP forcés), et un de je ne sais plus quel éditeur jeunesse pour un événement sur Paris (ma vie mondaine culturelle serait très riche si j'habitais là-bas avec toutes les invitations que je
reçois). Tout ça pour la rentrée littéraire, pour arriver à faire sortir son livre du lot. Démarche que je comprends tout à fait, pour ça que je réponds poliement, mais qui devient tellement plus
marketing que culturelle que ça m'agace...


 


Bref, tout ça pour dire que je comprends et suis d'accord, mais que je continue à croire à la nécessité du béta lecteur, même pour les plus grands, parce que justement se perd ce goût de la
perfection qui permettait à des auteurs de s'auto-publier, parce qu'ils étaient assez minutieux pour travailler et corriger leur texte. Et je râle quand, maintenant, je vois un texte rempli
d'inélégances grammaticales (voire de fautes de français) sortir chez un éditeur censé être sérieux, et encore plus quand je me rends compte que ça n'agace pas les autres lecteurs. Dans ces
cas-là, je me sens effroyablement seule et je me demande pourquoi ces inélégances et ces fautes n'ont pas choqué les autres...


 


(bon, j'ai écrit un roman, c'est un tout petit écran et je suis fatiguée - mais vraiment beaucoup - donc je ne vais pas relire l'orthographe et je vais rougir quand je relirai mon commentaire
pour comprendre ta réponse. Pardon...)(c'est d'autant plus honteux vu le propos!)



Marc 23/09/2011 18:20



Je trouve cette idée qu'on surveille le moindre de nos achats est une forme de paranoïa assez mal plalcée. On ne nous surveille pas tant comme individus mais comme groupes, et ça a toujours été
la base du marketing. Google et les autres sites ne sont pas les seuls à le faire, même l'Etat a recours a ce genre d'études statistiques. Ce que je trouve assez mal placé, voire hypocrite (et je
ne te vise pas particulièrement, on s'en rend tous coupables) est qu'on est de plus en plus exhibisionnistes, que ce soit par Facebook ou nos blogs. On expose à qui veut s'y intéresser nos goûts
et nos états d'âme beaucoup plus vulgairement finalement qu'ailleurs. Ca crée aussi forcément une forme de voyeurisme. Est-ce un problème? Au fond, je pense que tant que l'on s'en rend compte, ce
n'en est pas un vrai.


 


Concernant l'autre problème, celui de la distraction et de la précipitation, ça rejoint fortement l'idée de Nicholas Carr sur l'idée qu'Internet n'est pas un environnement qui favorise la
concentration nécessaire à une réflexion approfondie. Tout comme l'idée que l'ordinateur et Internet forcent une lecture différente que sur papier. Pourtant rien ne nous empêche d'imprimer les
articles qui nous intéressent pour les lire tranquillement, la tête reposée. Ou bien si? Le fait que nous sommes toujours pressés? Un effet du web ou de notre société? Il suffit quand même
d'après moi de prendre le temps de bien faire les choses. Il vaudra toujours mieux bien lire que beaucoup lire. Les coquilles et autres fautes sont un faux-problème. Ils suffit de se relire et
mettre un peu de sérieux dans ce que l'on fait pour les éviter. Il y a des coquilles dans de nombreux ouvrages qui sont publiés par de grandes maisons d'édition (plus souvent d'ailleurs chez les
éditeurs français qu'américain d'après ce que j'ai pu en voir), elles apparaissent même sur les quatrièmes de couverture de temps à autre ce que je trouve franchement incompréhensible. Quand
j'étais au lycée, j'avais un niveau pathétique en français et dans l'ensemble des matières littéraires mais j'ai su faire les efforts nécessaires pour y remédier, de moi-même. Après ça demande
une certaine exigence vis-à-vis de soi-même dont de moins en moins de personnes semblent capables. Je trouve pourtant que c'est fondamental, mais ce n'est que mon opinion bien sûr.


 


Pour te répondre sur le thème de surproduction, la réponse est assez simple. La seule chance pour les "petits livres" est d'être promue soit par les libraires, soit par la critique (journaux ou
blogs). Personne ne les lira sans ça. Donc c'est bien qu'il y ait des blogs, mais les plus plébiscités sont évidemment ceux qui traitent d'ouvrages populaires. C'est un cercle vicieux, mais je ne
pense pas que les auteurs ou blogueurs sérieux visent un quelconque succès, enfin je l'espère. Il faut donc persévérer avec ses idées. Je pense profondément qu'Internet, comme tout le reste,
deviendra à notre image. On n'a que ce que l'on mérite. On voit ce que ça donne au niveau social, mais bon je pense que dans l'ensemble c'est ce qu'on vaut même si ceux qui en bavent le plus ne
sont pas forcément les responables...



Cachou 20/09/2011 22:24



(le voilà alors: http://www.benhammersley.com/2011/09/my-speech-to-the-iaac/)(attention, c'est parfois un peu condescendant)


 


Je ne suis pas si enthousiaste que ça à l'idée qu'un auteur passe par ce média au lieu de chercher un éditeur. Je pense sincèrement que l'éditeur est important, surtout dans son rôle de "lecteur
expert externe". Souvent, un auteur peut ne pas se rendre compte de certaines choses qui ne fonctionnent pas dans son récit, qui sont en trop, qui ne sont pas compréhensibles, etc. C'est là
qu'intervient l'auteur, et c'est un rôle non négligeable et que malheureusement certains commencent à négliger déjà maintenant, surtout par faute de moyen malheureusement. Un auteur qui ne passe
pas par le regard critique d'un éditeur reste un auteur qui n'arrivera pas à voir ce qui cloche dans son texte et qui prendra la critique encore plus mal (et je ne parle pas des lecteurs bétas
sur forum, qui peuvent parfois être ou trop condescendants ou trop cassants, même s'ils aident déjà l'auteur). Je crains vraiment que ce que tu souhaites n'arrive, parce que c'est la porte
ouverte à l'égo grossissant et à l'autosuffisance, mais surtout à la mort du besoin de remettre son texte en question pour l'améliorer jusqu'à ce qu'une personne extérieure puisse croire elle
aussi en lui.


(je suis très sérieuse quand je dis ça)


 


Et j'ai conscience du succès grandissant du livre électronique. Mais j'espère ne pas avoir à devoir commencer à justifier pourquoi j'ai BESOIN du contact du bouquin, tout comme je dois maintenant
justifier pourquoi je ne suis pas sur FB, ou pourquoi je ne veux pas de smartphone, ou d'autres choses qui doivent être adoptés par tous parce que c'est comme ça que les choses évoluent. Le livre
électronique ne me parlent vraiment pas, il fait perdre un peu (beaucoup) du charme de ce que j'aime dans la lecture. J'ai une relation très sensuelle aux livres, je m'en fous que ça soit
bizarre, je n'ai pas l'intention d'y couper parce que le livre numérique s'impose. Tant pis pour moi... (en même temps, je ne suis pas sûre que tu ne soit pas d'accord avec moi, je ne comprends
pas très bien ta position sur la chose).



Marc 21/09/2011 11:25



Je suis parfaitement d'accord avec ce que tu dis, mais je pense que la réflexion mérite d'être poussée un peu plus loin.


 


Premièrement, en ce qui concerne l'idée de se passer des éditeurs. Bien sûr qu'ils sont très importants dans la mesure où un regard externe peut toujours apporter un plus. Après, ça dépend
énormément des auteurs et des oeuvres. L'influence de l'éditeur est parfois très moindre, au contraire elle peut avoir une grande importance. C'est justement une des idées que soulève Carr dans
son livre. L'écriture évolue, il suffit notamment de regarder l'évolution de la correspondance depuis l'arrivée de l'e-mail. Ce qui se passe sur Internet est très proche. On a de moins en moins
l'habitude de corriger ou de retravailler son texte avant de le publier (ce qui se voit au nombre de fautes de syntaxe et d'orthographe qu'on trouve en ligne). Ce qu'on peut lire sur le web
est à l'état brut. Par contre, il ne faut pas non plus oublier que de nombreux auteurs (dont de très importants comme Whitman ou Nietzsche) ont du publier certaines de leurs oeuvres à leurs
frais, sans l'aide de quiconque (bien qu'ils ont évidemment utilisé des proches comme éditeurs et lecteurs-correcteurs). Rien n'empêche de faire un travail sérieux, même si l'on travaille seul.
C'est certain que c'est moins évident de se motiver et d'être perfectionniste dans ce cas là, mais c'est loin d'être impossible.


 


Toujours sur la question du rôle des éditeurs, quand tu vois le travail que certains font aujourd'hui, tu te dis quand même qu'on pourrait se passer de leurs services. De moins en moins de
maisons d'édition prennent de véritables risques (en tout cas dans l'édition anglo-saxonne). On parle toujours des mêmes auteurs, on ne parie pas sur un inconnu. Autre problème, la production est
bien trop importante. En France, il y a environ 60/70 000 nouveaux titres publiés par an, pour un total d'environ 700 000 titres disponibles. L'édition anglo-américaine produite autour de 200 000
nouveautés par an. Pour te donner une idée, une librairie comme celle où je travaille, qui n'est pas très grande mais pas petite non plus et où on a un stock assez important par rapport à la
moyenne, a environ 14 000 titres en magasin pour peut-être 18/20 000 volumes. Le travail du libraire est évidemment de faire un choix parmi les sorties, mais là ça devient presque impraticable
(surtout si les éditeurs n'aident pas en ne mettant l'accent que sur les grosses pointures genre Franzen, Connelly ou les autres). Au final, je me retrouve avec des bouquins qui ont l'air très
intéressants, mais qui d'une part sont très chers, dont personne n'entend parler et qui finissent par être cachés en rayon parce qu'on n'a tout simplement pas la place de les exposer et qu'on ne
peut se passer de la racette des ventes principales.


 


Pour terminer, sur le livre électronique, je suis bien évidemment d'accord avec toi. J'ai pas de reader ni de smartphone. Après, je vois l'intérêt du livre électronique dans certains milieux,
surtout pour l'édition professionnelle ou pour l'éducation. Pour un prof ou un avocat, ne pas être obligé de se racheter les bouquins indispensables à sa profession à chaque fois qu'il y a une
nouvelle édition et pouvoir simplement télécharger une mise à jour, c'est quand même assez intéressant. Pouvoir acheter un livre à n'importe quelle heure et depuis n'importe où, c'est pas mal non
plus et peut parfois s'avérer être très utile. C'est probable que le même phénomène qui a eu lieu avec l'i-pod se reproduise au niveau du livre électroniqe (écoute parcélaire, l'importance donnée
au quantitatif...etc), mais peut être aussi plus d'importance donné au fond et aux idées qu'à l'objet lui-même (mais je sais que là je suis un peu trop idéaliste, je parle simplement des espoirs
qu'on peut avoir). J'adore les objets, j'aime être entouré de bouquins, de dvds, de cds, je sais que c'est une attitude consumériste, que je suis conforté par le fait que cette culture
m'appartient en quelque sorte, que ce qui importe c'est l'oeuvre et non pas le support. Est-ce que je vais changer pour autant? Non, je resterai un putain d'acheteur compulsif tant que j'en aurai
à peu près les moyens. Ce n'est pas spécialement une bonne chose mais bon.



Cachou 18/09/2011 22:15



Je me méfie énormément de ce genre de livre qui, souvent, partent d'une constatation ou d'une hypothèse intéressante, pour abandonner par après le côté analytique objectif en glissant tout
doucement vers le message que l'auteur veut faire passer sous couvert de cette même analyse. Mais bon, il y a quand même des trucs à retenir.
Ce qui me fait penser à un article que j'ai lu récemment, mis en lien par Gaiman (je peux te le retrouver si jamais ça t'intéresse) où un expert parlait de notre lien à internet, et de la manière
dont ça avait changé la donne. Il mettait en avant une nouvelle attitude qui, si elle peut être agaçante, est quand même observable de plus en plus régulièrement: internet nous a habitudé à être
considérés comme un ensemble de "données" qui intéressent telles ou telles sociétés. Nous ne sommes pas dupes de la chose, nous avons acceptés de "vendre" ces donnés contre la gratuité du
système, mais en échange, nous demandons la même chose en retour. Du coup, quand quelqu'un n'accepte pas de jouer le jeu de la transparence comme nous le jouons nous-même, il nous paraît suspect.
Et ça nous agace.


La transparence est bien sûr apparue avant internet, mais il est effectivement vrai que nous vivons dans une société où elle est de plus en plus exigée, de manière outrancière parfois. Et je
trouve que cette personne soulève un point intéressant sur cette nécessité de plus en plus prégnante que nous ressentons devant l'échange de données.


 


En fait, le message de cette personne, c'était qu'internet avait changé la donne, qu'on pouvait dire ce qu'on voulait, c'était un fait. Et qu'il fallait donc accepter l'évolution et l'intégrer
plutôt que de la rejeter en espérant que les choses se tasseront. Malheureusement vrai. Mais je n'abandonnerai jamais les livres papiers. JAMAIS!!!!!!!! (tayo)



Marc 20/09/2011 09:37



Au départ j'étais assez sceptique vis-à-vis du livre de Carr, j'en avais lu de bonnes critiques et quelques clients m'en parlaient en bien, mais le propos me paraissait à côté de la plaque. J'ai
commencé à lire des livres comme Reality Hunger de David Shields, qui défend Internet et la liberté de diffusion qu'il donne aux aristes. C'était un point de vue que je partageais, et je
pense toujours au fond que c'est vrai, qu'Internet nous offre une occasion en or de nous exprimer de la manière qu'on veut. Chacun a une chance d'être entendu. Arpès j'ai lu The
Shallows, et sans dire qu'il faut rejeter Internet, Carr démontre très clairement que la façon dont on a naturellement tendance à l'utiliser n'est pas une bonne chose pour le développement
intellectuel. Mais c'est sûr que c'est absurde de ne pas accepter l'évolution, il faut au contraire s'y adapter.


 


Tu n'abandonneras peut-être jamais les livres en papier, mais en deux ans le livre électronique est quand même passé de 1 à 14% du marché de l'édition américaine. En France on est encore très en
retard mais ça va clairement suivre. Mais au fond, je ne vois pas pourquoi un écrivain sérieux, s'il cherche simplement à être publié, irait s'emmerder à essayer de trouver une maison d'édition
alors qu'il peut se diffuser lui même, contrôle toute la mise en page et la diffusion de son oeuvre, pour la musique c'est pareil... En fait, le livre et les autres supports vont devenir
obsolètes d'eux mêmes car ce ne sont qu'au fond des supports de diffusion, peu importe l'importance qu'on y attache. Après le gros problème, et tu peux voir ça au niveau de la presse écrite,
c'est la différence de qualité entre des produits "concrets" et virtuels. Si tu compares les versions papier et en-ligne des grands quotidiens, la différence fait quand même peur.


 


(Oh, et oui, je veux bien le lien, s'il te plaît.)



Louisso 18/09/2011 17:40



Internet est-il une révolution? Autant que le téléphone. C'est juste un outil de transmission d'information. Pas plus, pas moins. Le téléphone nous à t-il rendu stupide?


Je pense que Dick dit des conneries. La différence, à mon humble avis, se situe plutôt dans l'architecture du traitement de l'information. La mémoire, c'est très compliqué de toutes façons. Qui
peut en parler à part un expert? Ce n'est pas juste apprendre une succession de mots.


Dire qu'être submergé par des informations rend bête (bon, c'est un peu simpliste de résumer l'idée de l'auteur comme ça mais c'est un peu ça quand même?) cela signifie concrètement que les
analystes ou les chercheurs sont stupides. Ils n'ont pas attendus internet pour être submergés par ailleurs. Le courrier et le téléphone cela suffit déjà. Donc?...


Tout ça finalement devrait être orienté un peu différemment: est ce que internet éduque les gens cons et fainéants? Non, car internet est un outil. Une pelle ne m'apprendra pas à creuser une
tranchée. Elle va juste m'aider. Je préfèrerai un tractopelle. Et quelqu'un pour me former.


Pour ce qui est du méchant Google qui pourrait détenir toutes les informations du monde:


Ah! Les élites les détiennent déjà! :)


Par rapport à la désinformation:


les discussions PMU existent depuis toujours! :)


Pour moi, tout ça ne changera fondamentalement pas grand choses.


Le monde tourne plus vite, c'est tout.


 


Juste une petite reflexion: comme la masse d'information accessible est de plus en plus monstrueuse, la tendance est à la spécialisation (comme les insectes hahaha, i.e Heinlein), une tendance
inverse de celle soutenue par l'auteur :)


 


 



Marc 19/09/2011 11:53



Au fond, je crois qu'on est d'accord, mais on a des façons différentes d'interpéter le problème. Juste deux points sur lesquel je veux revenir.


Internet est-il une révolution? Autant que le téléphone. C'est juste un outil de transmission d'information. Pas
plus, pas moins. Le téléphone nous à t-il rendu stupide?


C'est pas Internet que je qualifie de révolution, mais plutôt les télécommunications comme un tout. C'est une nouvelle manière de traiter l'information, tout comme l'imprimerie, l'écriture, et
avant ça le langage. Notre rapport à l'information change fondamentalement avecc son avénement, tout comme notre rapport à l'autre. Après, c'est pas que ça nous rend stupide, mais comme tu le
dis, il faut juste s'en servir intelligemment, ça passe par une formation correcte, donc une analyse de l'outil.



Dire qu'être submergé par des informations rend bête (bon, c'est un peu simpliste de résumer l'idée de l'auteur
comme ça mais c'est un peu ça quand même?) cela signifie concrètement que les analystes ou les chercheurs sont stupides. Ils n'ont pas attendus internet pour être submergés par ailleurs. Le
courrier et le téléphone cela suffit déjà. Donc?...


Non, c'est pas le fait d'être submergé par des informations qui nous rend bête, ça rend simplement Internet indispensable. La presse, les livres, les centres de documentation ne suffisent plus.
Ce que l'auteur dit c'est plutôt que l'accroissement du bruit n'est pas favorable à la mémorisation et à la réflexion et qu'Internet, dans le modèle fondé par Google, ne fait pas la part entre
information et bruit, le traitement est pour l'instant trop basé sur la quantité. Quand tu fais une recherche par un moteur, ce n'est pas comme quand tu fais une recherche dans une
encylcopédie. Bien sûr, toi et moi nous en sommes conscients, après ce n'est pas une évidence pour tout le monde. Mais là c'est encore la même différence de point de vue que l'autre jour, et
que j'arrive pas à formuler là au réveil. Mais en gros, si Internet n'éduque pas les gens cons et fainéants, ça reste quand même d'après moi la responsabilité de la société, mais je crois que
t'es pas d'accord avec moi à ce niveau là. La tendance est sans doute à la spécialisation parmi la minorité des gens qui poursuivent leurs études, mais les autres ? L'idée de base de Carr,
c'est qu'une part croissante des gens risque de devenvir incapable d'approfondir leur réflexion, encore plus qu'ils ne le sont déjà, et à mon avis c'est un vrai problème. Après, j'ai quand même
l'intention de te passer le bouquin pour que tu le lises et que tu me dises ce que t'en penses, héhé.