Inception, c'est quand même pas génial

Publié le par the idiot

On tourne un peu en rond là...

 

Inception 2

 

Récits d'un voyage dans les méandres de la culture

vol. 9

 

Il y a des films comme ça, qui ne vous déplaisent pas tant que ça à la sortie de la salle de cinéma, mais qui, à force d’en discuter avec votre entourage et face à l’engouement du reste du public, finissent par vous sembler détestables. Inception, le dernier film de Christopher Nolan, fait pour moi partie de ces œuvres là et, même si je n’ai pas l’habitude de chroniquer ici des films qui m’ont déplu, préférant perdre mon temps à vous encourager à découvrir des œuvres qui m’ont enthousiasmées, je ressens le besoin (bon et Cachou m’a un peu forcé la main) d’expliquer les raisons pour lesquelles je ne crois ni que ce film soit bon, ni que Nolan soit un grand réalisateur. Je m’adresse ici surtout à des gens qui ont vu le film, alors je me permettrais pour une fois de spoiler sans scrupules, et si vous avez sauté la fin du paragraphe, tant pis pour vous.

Inception 1Puisqu’à priori, si vous continuez à me lire, vous avez déjà vu le film, je vais passer sur l’histoire pour me concentrer sur la construction du film. Inception est avant tout un film quelque peu bâtard, entre le film de casse lorgnant du côté du thriller et le film de science-fiction. Cependant aucun des genres abordés ne se transcende en innovant d’une quelconque manière, surtout en ce qui concerne l’aspect de film de casse qui prédomine sur les autres. On lui préférera Quand la ville dort de Huston (1950), Du rififi chez les hommes de Dassin (1955), L’Ultime razzia de Kubrick (1956), Le Cercle rouge de Melville (1970) ou encore Reservoir Dogs de Tarantino (1992). Au moins chacun de ces films laisse la place à un véritable développement des personnages ou bien s’amuse à décortiquer les codes du genre sur lequel il travaille, surprenant le spectateur et le poussant à sympathiser avec les protagonistes.

Inception ne laisse aucun doute quand au sort final de Cobb, lé héros, puisque le film commence avec une scène qui sera reprise au début de l’ultraprévisible happy end final. De plus, à l’image d’Ariadne, jeune sidekick du film (au nom improbable) et personnage secondaire de grande importance, la majorité des personnages ne sont que de simples pions servant la progression du récit et sans aucun relief. A partir de là, il devient impossible pour le spectateur de s’identifier à l’un d’entre eux. Nolan leur fournit des raisons d’exister, mais jamais je n’y ai cru. Pourquoi Ariadne et non pas Cobb l’expert, a-t-elle l’idée d’aller chercher Saito et Robert dans les limbes ? Ben oui, pour lui fournir une raison d’exister, sinon ce pauvre cinéaste ne pourra pas expliquer à ses spectateurs le fonctionnement de son univers au cours d’une scène aux accents didactiques dignes de notre bonne vieille Education nationale.

2001 A Space OdysseyMais l’aspect d’Inception qui m’a le plus déçu se trouve davantage du côté science-fiction. L’onirisme et le cinéma, ça n’a rien de nouveau, mais que ce soit grâce à Bunuel, Fellini, Tarkovski ou Lynch, cet art nous a démontré plus d’une fois sa capacité à retranscrire la matière des rêves. D’autres, comme Gondry, Kubrick ou Gilliam s’y sont frottés à leur tour avec plus ou moins de réussite. Mais chacun de ces réalisateurs a pris le soin de créer une véritable atmosphère de rêve. Chez Nolan, le rêve est identique à la réalité et repose exactement sur les mêmes codes que celle-ci, tout comme son cinéma qui repose sur les codes de représentation classiques du cinéma. C’est un homme sans vision, dénué de sensibilité. On a beau qualifier le cinéma de Kubrick de froid, au moins quand il nous amenait dans un univers, que ce soit dans 2001 : L’Odyssée de l’espace, Orange mécanique ou Eyes Wide Shut, il le transcrivait avec toute la force de sa personnalité et l’ampleur de sa vision emprisonne le spectateur dans un monde autre. Nolan est incapable de créer du neuf ou de l’inattendu et c’est une caractéristique qui s’affirme au fil de sa carrière.

Inception 3Dans ce film, le rêve n’a aucune place, et le peu de symbolisme que l’on y trouve vient avec une lourdeur assommante. Le coup du coffre qui recèle le secret caché et qui revient dans chaque rêve est d’une pauvreté navrante (une fois, je dis pas non, mais si Nolan a mis dix ans à pondre son chef d’œuvre il aurait peut être pu se fouler davantage non ?), et la construction du récit qui suit de manière évidente les cinq stades du deuil que sont le déni, la culpabilité, le marchandage, la dépression et l'acceptation, semble être une solution de facilité. « Tiens, je vais faire un film avec des rêves, ce serait peut être pas mal que je le base un peu sur la psychologie…etc. » C’est cousu de fil blanc. C’est un peu triste parce que l’idée de départ me semble très bonne, et c’est une idée on ne peut plus cinématographique, mais le traitement qu’en fait Nolan est tellement classique, prend tellement peu de risques, que cette bonne idée se noie dans la médiocrité générale de ce film.

SolarisPour finir, beaucoup de personnes avec qui j’ai eu l’occasion d’en parler, vantent les qualités esthétiques du film. Je n’ai rien à reprocher au niveau de la production design, et bien évidemment la qualité de l’image et de la lumière est très belle. Nolan est même plutôt habile en ce qui concerne la mise en scène, même si les scènes en apesanteur m’ont semblé un peu gadget tout en me rappelant le bullet-time – effet que je trouve assez ridicule. Mais à ce niveau là, quand on file autant d’argent à un type pour qu’il nous ponde un film, et sachant que cet argent pourrait être utilisé à des fins largement plus utilitaires, ne sommes nous pas en droit d’exiger un peu plus que de la poudre aux yeux ? Il y a des films faits avec beaucoup moins de moyens, dont l’image est peut être moins léchée que celle obtenue ici, et même où il y a des problèmes techniques dus à un manque de moyens, qui abordent le deuil et le rêve de façon bien plus touchante et qui au moins ne laissent pas le spectateur indifférent. Désolé, mais ce genre de cinéma aseptisé ne me plaît pas du tout. Si j’ai envie de regarder un bon film d’action, je préfère en voir un sans complexes, comme par exemple La Mort aux trousses d’Hitchcock ou (je l’espère) The Expendables de Stallone. Si je veux voir un film qui traite ces mêmes thèmes en profondeur, je me repencherai sur The Brown Bunny de Gallo, Cris et chuchotements de Bergman ou le Solaris de Tarkovski. Si vous pensez vraiment aimer le cinéma, si vous pensez qu’il s’agit d’une forme d’art et non d’un simple divertissement, je ne peux que vous encourager à faire de même.

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Ornelune 10/08/2010 09:20



Je préfère aller à la source et aurais dû commencer par là.


Sans lire aucune des commentaires qui suivent, seulement ta notice. Je te trouve sévère mais j'entends bien tes arguments. Moi, ces références à Kubrick, ces tentatives narratives, même
imparfaites, me plaisent terriblement. Le film possède un souffle et, ce que j'ai déjà écrit, j'y vois des choses sur le cinéma, sur les représetnations du temps et de l'espace qui
m'intéressent...


 


 



the idiot 10/08/2010 12:30



J'ai vraiment pas compris ta première phrase... Je sais pas, ces citations me paraissent horriblement gratuits, le film ne parle pas du cinéma, je ne vois vraiment pas leur raison d'être. Sans se
justifier et se signaler ça devient quasiment du plagia (qui va reconnaître le plan qui référence à Zabriskie Point dans le grand public, peu de gens et le reste pensera qu'il s'agit
d'une idée de Nolan). Ses représentations du temps et de l'espace me paraissent affreusement classiques pour un film qui se déroule autant dans le rêve.



coltrane 06/08/2010 19:16



Je sais pas trop pourquoi mais je suis un fan de Christian Bale...même dans terminator je le trouve bon c'est dire...c'est un acteur sans beaucoup d'expression mais dans le genre
intense...actor's studio...il était très bon ado dans l'empire du soleil, un bon spielberg il n'y en a pas tant...dans american psycho même si le film est à moitié raté...il a joué dans un herzog
Rescue dawn (je suis pressé de voir Bad lieutnant)...et y a aussi 3h10 pour Yuma...où bizaremment je le préfère  à Crowe...     



the idiot 07/08/2010 13:21



Je sais pas, c'est un acteur presque trop lisse à mon goût, un peu à l'image du cinéma de Nolan. J'ai pas vu Rescue Dawn, par contre le Bad Lieutenant d'Herzog je l'ai adoré. A
la fois drôle et très glauque avec un Cage en pleine forme. Lui c'est un acteur dont je suis fan, même quand il fait de mauvais films. Bon, c'est pas le meilleur Herzog, mais c'est plutôt
intéressant comme objet.



coltrane 05/08/2010 19:15



C'est vrai Inception est une déception. A propos de rêves vraiment oniriques le dernier Gilliam, l'imaginarium du docteur parnassus, ne doit pas être mal ? Il y a autre chose aussi par rapport à
Dicaprio : s'il a su rompre avec son image de jeune premier, depuis quelques films il est en permanence en train de faire la gueule, les sourcils froncés, etc... ça devient lassant...Quand même
j'ai adoré l'ambiance visuelle, très sombre, de Dark Knight....ça reste un film hollywoodien mais c'est quand même chiadé...Inception se laissera peut-être regarder sur petit écran, le grand
écran n'apporte rien...   



the idiot 05/08/2010 21:05



Le dernier Gilliam était pas mal du tout, même si en termes d'onirisme je trouve qu'avec Brazil il avait fait mieux. Je commençais à apprécier DiCaprio en tant qu'acteur, et là ça
devient assez clair que même s'il a fait évoluer son jeu, il n'a pas progressé pour autant. Et la scène du suicide, non mais c'est mauvais, faut être de mauvaise foi pour certifier le contraire.
Dark Knight c'était sympa mais ça se prenait déjà beaucoup moins au sérieux, mais là encore j'ai du mal avec Christian Bale. Un peu comme DiCaprio, il manque vraiment de subtilité dans son jeu.



Cachou 04/08/2010 21:39



Mais on continue cette discussion sur le truc des vampires, hein.



the idiot 04/08/2010 21:41



Pas de problème mais un peu plus tard.



Cachou 04/08/2010 21:39



Oh, purée, j'étais prête à te rentrer dans le lard mais t'as eu vachement raison (mais quelle bande de cons!).


Bon, je viens voir ta réponse ici pis j'écris plus sur cet article, parce qu'on a dépassé les 50 et que je dois aller sur la deuxième page (et que ça me fatigue)(ben ouai).



the idiot 04/08/2010 21:41



Et oui, un clic de plus, c'est vraiment trop d'efforts. De toute façon je vais aller bouquiner un peu là.