Fils d’écrivain

Publié le par the idiot

Un métier ingrat

 

fils d'écrivain

 

Récits d'un voyage dans les méandres de la culture

vol 13

 

Dans le cadre du Festival America qui se tient se week-end à Vincennes, j’ai du lire un certain nombre de livres d’auteurs américains que je ne connaissais jusqu’alors pas du tout. Deux de ces livres, Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie de Nick Flynn et Les Anges n’ont rien dans les poches de Dan Fante traitent du thème du rapport familial, et surtout de la relation père/fils, sur des modes à la fois différents mais proches.

Nick FlynnLe premier de ces deux livres, celui de Flynn, se présente sous la forme d’un mémoire. Ecrit dans un style très direct, la prose est pourtant envoûtante et sincère. Nick Flynn, alcoolique et drogué, a été élevé avec son frère aîné à Boston par leur mère. Le père, Jonathan Flynn, a quitté le nid conjugal peu après sa naissance et il ne le rencontrera pour la première fois qu’à l’âge de vingt-sept ans alors qu’il travaille dans un foyer pour sans-abri. Entre temps, les deux Flynn ont connu la galère.

L’auteur a vécu une enfance difficile de pauvre à Boston, sa mère multipliant les petits boulots pour arrondir les fins de mois, enchaînant les petits copains jusqu’à laisser l’un d’entre eux l’entraîner dans les activités de la mafia locale, profitant de sa position de guichetière à la banque pour le blanchissement d’argent. Un jour, Flynn apprend le suicide de sa mère, qui a décidé de mettre fin à ses jours peu de temps après avoir lu l’ébauche d’une nouvelle fortement autobiographique qu’il a laissé traîner à la maison. Il fuit alors la ville, habitant pendant les années qui suivent sur un bateau amarré dans la baie, travaillant de temps en temps dans un foyer de sans-abri où défilent des hommes perdus qui lui rappellent tous son propre père.

Jonathan Flynn a, quant à lui, enchaîné plusieurs boulots dans la vente d’automobiles avant de trouver sa voie dans l’extorsion de fonds à base de chèques falsifiés. Activité qui le conduira à plusieurs années d’emprisonnement et, avec l’aide de son penchant pour l’alcool, à la ruine. Flynn tient son fils au courant de ses galères par le biais d’une correspondance régulière dans laquelle il développe aussi une fixation qui fait de lui un grand écrivain, l’auteur du great american novel. Malgré ces nombreuses lettres, la relation entre le père et le fils ne débutera que sous des auspices difficiles le jour où le premier entrera dans le foyer ou travaille le second à la recherche d’un abri.

C’est alors que la quête de Nick Flynn débute réellement dans sa propre conscience. Une quête de vérité autant liée à l’existence du roman du père qu’à la relation qu’entretiennent les différents membres de la famille. Père et fils nouent une relation étrange ancrée dans leur amour de la littérature (Nick essaie de devenir poète). Malgré une absence qui a duré plus de vingt-cinq années, ce père finit par paraître plus proche de lui que son grand frère ou que son grand-père maternel, tous deux incapables de comprendre sa façon de vivre et ayant, semble-t-il, renié le souvenir de sa mère.

Dan Fante

Contrairement au livre de Flynn, avec Les Anges n’ont rien dans les poches, Dan Fante s’approprie la forme du roman pour régler ses comptes avec son écrivain de père, le grand John Fante, auteur entre autres du culte et sublime Demande à la poussière. Si il adopte la fiction pour traiter de ce thème, le roman de Dan Fante n’en est pas moins à forte tendance autobiographique, à l’image de l’œuvre romanesque de son père et de Charles Bukowski, autre modèle évident. Comme ces deux écrivains, qui se servaient des personnages d’Arturo Bandini pour le premier et d’Henry Chinaski pour le second, Fante s’est forgé un alter ego en la personne de Bruno Dante dont il raconte les aventures au cours d’une série de romans.

Les Anges n’ont rien dans les poches, premier volet d’une trilogie consacrée au personnage de Dante, trouve ce dernier à peine sorti de centre de désintoxication et confronté à son épouse hostile (et irrémédiablement perdue) qui lui apprend la mort imminente de son père, Jonathan Dante. Le couple prend alors l’avion de New York à Los Angeles pour aller au chevet du mourant et, pendant toute l’agonie de son père, Dante replonge dans ses problèmes d’alcool et autres vices. Ce n’est qu’au travers de la relation qu’il se voit obligé de nouer avec Rocco, le chien de Jon Dante dont plus personne ne veut, que Bruno apprend à enfin aimer le père dans l’ombre duquel il a du grandir. Il réapprend ainsi l’amour de l’écriture, activité délaissée lorsqu’il est tombé sous le charme de l’alcool, et parvient enfin à trouver le paisible et douloureux chemin de la rédemption.

Ces deux récits aux formes très différenciées, l’un est un mémoire plutôt long et le second un roman très court, sont au final très proches, abordant un même questionnement par une prose directe et sans concessions, bien que le livre de Fante soit nettement plus trash que le livre de Flynn. Ce qui surprend dans les deux cas est le fait que sous une écriture dure, souvent brutale (à celle de Fante on préférera celle de Flynn qui joue avec la forme qu’il s’est appropriée tout en bousculant la langue à grands coups de boutoir), apparaît une véritable sensibilité et un flot d’émotions qui lie des personnages qui ne parviennent pas à trouver les mots pour communiquer  leurs sentiments entre eux par la parole. Pour une fois, il s’agit moins de tuer le père que d’apprendre à l’aimer.

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Cachou 28/09/2010 00:51



Argh mon dieu! Mais comment vais-je tenir le supense? C'est encore pire que quand Pamela a dit à Andrea que Sean l'avait trompée avec Bill, son mari, et qu'il avait réussi à lui faire un enfant,
tout ça pour se retrouver avec le panneau "La suite au prochain épisode".
Si jamais je ne te réponds plus, tu sauras que c'est parce que tu m'auras fait mourir d'impatience.

...


Sadique.



the idiot 28/09/2010 08:30



Je tacherai de me dépécher et de publier cet article croustillant aussi vite que possible.



Cachou 27/09/2010 18:14



Ben j'attends l'autre article alors. Va encore y avoir une photo de toi où tu as l'air tout malheureux? ^_^



the idiot 28/09/2010 00:47



Ca c'est une info que je garde top secrète jusqu'au moment de la publication. Faudra patienter pour les photos...



Cachou 25/09/2010 23:47



Comme je te l'ai déjà dit, pas le style d'histoires qui me tentent. Par contre, je me demandais si tu avais pu rencontrer les auteurs et leur parler de ces livres (je ne suis qu'une curieuse, je
sais).



the idiot 27/09/2010 15:23



J'ai rencontré Nick Flynn et parlé un peu avec lui, Fante je l'ai juste croisé. J'en dirai plus dans un prochain article consacré au festival (un peu fatiguant mais plutôt sympa).