Etoiles, garde-à-vous !

Publié le par the idiot

Starship Troopers
(1959)
Robert A. Heinlein

Starship Troopers



               Et oui, avant d'être un film, Starship Troopers était un roman de science-fiction publié à la fin des années 1950. Pour ceux qui n'auraient pas vu le film, le récit narre les aventures du jeune Juan Rico qui partage son expérience avec les lecteurs, de ses premiers jours insoutenables au bootcamp à son ascension vers le grade de lieutenant, en passant par ses premières batailles. L'humanité est en guerre contre une race d'extraterrestres mi-insectes, mi-araignées, et seule l'armée peut protéger la Terre.
               Même si vous avez vu le film, le roman reste très intéressant à lire, car en adaptant Etoiles, garde-à-vous ! Verhoeven avait quelque peu pris le contre-pied de Heinlein. Taxé de militariste, voir de fasciste par certains à la sortie du livre, la question est en réalité plus complexe. Heinlein fait en effet, à travers son récit, un éloge de l'éthique militaire qu'il rapproche de la citoyenneté, mais il le fait pour défendre l'anti-individualisme, montrant qu'un soldat sait que son intérêt passe avant tout par celui de son régiment, sans lequel il n'est rien.
               L'éducation, selon Heinlein, est avant tout une affaire de responsabilité, à la fois de responsabilisation de l'élève et de responsabilité du professeur vis à vis de son élève. C'est l'idée majeure qu'il développe au cours de l'entraînement des troopers. Cependant, l'anti-individualisme professé par le roman ne tombe pas sous dans un simple abrutissement militaro bureaucratique visant à transformer l'homme en machine. La liberté de pensée est toujours mise en avant et le choix d'apparenter les extraterrestres à des insectes est tout sauf innocent, permettant une analogie perspicace avec le régime soviétique de l'époque.
               Ce qui fait l'homme est avant tout une faiblesse ; si un soldat est blessé, si un randonneur se perd en haute montagne, nous dit Heinlein, des hommes risqueront toujours leurs vies pour lui porter secours, et cela malgré les risques, sans calcul préalable. C'est cette compassion qui fait aussi la force de l'homme et qui le différencie des autres espèces, et c'est cette liberté d'agir de manière irrationnelle, même au sein d'une entité aussi bien organisée que l'armée, que l'auteur défend.

Publié dans Littérature

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Cachou 14/06/2010 00:10


J'en ai entendu parler mais je ne sais pas de quoi il parle. Vance m'a dit que c'était devenu la Bible de la Flower generation, donc je suppose qu'il doit avoir des idées fortement humanistes... Il
m'intrigue aussi en tout cas.
Je suis perturbée (même sans gueule de bois, tu vois ^_^), parce que d'un côté j'ai une discussion sur ce livre avec ma co-lectrice qui l'a pris au pied de la lettre, et de l'autre avec toi qui le
prend de manière complètement opposée, et moi je me retrouve au milieu sans savoir comment l'interpréter. De connaître mieux l'œuvre de l'auteur devrait aussi permettre de percevoir un peu mieux
les choses, je pense que je changerai peut-être d'avis dessus après 4-5 livres de l'auteur. Disons que je n'arrête pas ma position ce soir, là, je vais dormir et je laisse ta tête un peu en paix,
la pauvre (déjà qu'elle n'a pas voulu continuer la conversation sur "Eyes Wide Shut" hier, faudrait pas qu'elle me grille celle sur Heinlein ;-p)


the idiot 14/06/2010 00:38



Héhé, ok. Je vais faire de même parce que j'approche du meltdown. Bonne nuit.



Cachou 13/06/2010 23:52


J'aimerais bien, parce que ça lui donnerait une nouvelle dimension qui me le ferait beaucoup plus apprécier... Et pourtant, en faisant un 'tit tour sur internet, je n'ai pas trouvé cette
interprétation. Dur dur d'être sûr dans ces cas-là, que ce soit pour l'un ou pour l'autre.


the idiot 14/06/2010 00:02



Oui mais un livre n'existe que par la relation que l'auteur y entretient avec son lecteur. Je t'ai dit que j'avais mal au crâne? Donc ce que t'y insuffle de toi même compte autant que ce que
l'auteur y a mis. C'est une sorte d'échange d'idées la lecture, avec moins de communication que dans un débat ou un conversation. Il y a un autre roman de Heinlein que j'aimerais bien lire qui
s'appelle En terre étrangère. T'en as entendu parler?



Cachou 13/06/2010 23:26


C'est justement la question que je me posais. A cause du film, je suis partie du principe que le roman n'était pas à prendre au pied de la lettre. Puis, au fur et à mesure, j'ai commencé à remettre
cette position en doute, parce que je n'ai rien trouvé qui indiquait une lecture au second degré, pas de petite remarque, pas d'indice. Et la note finale de l'auteur a fini de me convaincre, parce
qu'il rend hommage sincèrement à un soldat. Du coup, j'aimerais bien croire que tout n'est pas sérieux, mais comment en être sûr? Où lire l'indice qui indiquerait quel type de lecture en faire?
(ça va, je n'ai pas aggravé le mal de tête là?^_^)


the idiot 13/06/2010 23:47



Un peu, mais je ne suis pas encore tout à fait assomé.


Heinlein faisait je ne sais plus trop quoi dans l'armée américaine. Mais je pense que ce qui met la puce à l'oreille c'est le fait que la civilisation militarisée par excellence est dépourvue
d'humanite (avec une comparaison un peu limite avec les Soviétique, certes) et donc le livre serait davantage une critique du fanatisme plutôt que l'éloge d'une éthique quelconque.



Cachou 13/06/2010 22:47


Quoi, tu t'es fait massacrer? Ou bien ce sont les 8.6 (ou 8.9? Je ne sais plus maintenant) d'après victoire qui t'ont rendu incapable de lire ma prose légère et futile?

Je dois dire que ce côté-là a été occulté par sa prise de position sur la peine de mort ou sur l'éducation par la violence...


the idiot 13/06/2010 23:22



On va plutôt mettre ça sur le compte de la bière de l'after. Je vise mieux que mes potes!


Ah, je pense qu'une bonne claque de temps en temps ça peut faire plus de bien que de mal. Après il y a des côtés extrêmes mais je ne suis pas sûr que le roman soit toujours à prendre au premier
degré.



Cachou 13/06/2010 20:36


J'ai quand même eu du mal avec cette vision militaire de la responsabilisation, même si j'ai aimé le livre (article publié, voui ^_^)(par contre, bon courage pour le lire, il fait des kilomètres).


the idiot 13/06/2010 22:40



Ouais, mais cette vision est quand même intéressante. Le rapprochement entre citoyenneté et éthique militaire est bien dévelopée. Ce que j'aime bien, c'est que pour Heinlein au final, la
faiblesse des hommes, le côté affectif qui fait qu'on est capable de donner sa vie pour celle des autres, est paradoxalement aussi leur force. J'en ai plus à dire, et j'irai lire ton article mais
là j'ai trop mal au crâne!