En bref : Shame de Steve McQueen

Publié le par Marc

shameShame
Shame
Réalisé par Steve McQueen
(2011)

Avec Shame, Steve McQueen s’attaquait à un projet ambitieux et prometteur, la dépendance au sexe lui ouvrant des portes évidentes sur des sujets éminemment cinématographiques tels que la pornographie et le voyeurisme, sans parler de la simple beauté plastique du corps humain. Le problème est que le cinéaste est totalement passé à côté de son sujet. Il compose certes de beaux plans à base de mouvements de caméra et d’éclairages élaborés, un New York luminescent sublimant l’arrière-plan du cadre, le récit sombre malgré tout trop rapidement dans le gouffre engendré par la vacuité totale des personnages sans qu’aucune esthétisation ne parvienne à faire sortir le tout d’une légère torpeur. Si Michael Fassbender et Carey Mulligan sont tous deux de bons acteurs (à voir notamment la prestation de cette dernière dans le récent Drive de Nicolas Winding Refn) ils peinent ici à nous émouvoir, voire à nous intéresser. Au cours de monotones plans sans cohérence, leurs deux coquilles vides dérivent de vagues trajectoires tracées en pointillés et se perdent dans les méandres d’un scénario à qui manque la volonté d’explorer les idées qu’il se contente de paresseusement suggérer. On ne saura jamais qui sont Brandon et Sissy sinon les éléments nécessaires à la mise en place des idées visuelles somme-toute décevantes de McQueen. La question du sexe, bien que souvent évoquée, n’est jamais développée et les scènes de cul se répètent sans apporter grand-chose d’un point de vue narratif. Alors que chez un Wakamatsu le sexe prenait tour à tour une dimension politique, sociale et métaphysique, dans des films largement plus aboutis d’un point de vue esthétique, McQueen ne parvient même pas à y insuffler le drame humain dont il a fait son sujet. La thématique fondamentale du manque est finalement plaquée sur le récit comme un vulgaire chewing-gum sapé de son arôme qui se retrouve colée par un geste indolent à un siège de métro alors qu’il aurait du, depuis le début, être au cœur de tout. Si Hunger nous avait quelque peu ouvert l’appétit il y a quelques années, Shame nous coupe presque toute envie d’en voir plus. C'est un comble.

Publié dans Nouvelles du front

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Jerome 21/08/2012 21:03


En fait, Shame n'est pas un film sur la dépendance au sexe. Le personnage principal est amoureux de sa soeur. Ce désir le consume et il cherche toutes sortes d'échappatoires qui ne le conduisent
évidemment nulle part, ce qui est terrible.

Cachou 23/01/2012 08:18


Je ne sais pas quoi te dire, moi j'ai retrouvé ma solitude dans ce film-ci alors que je ne l'ai jamais ressentie dans "Drive". La scène de Carey Mulligan a été un des moments les plus forts
ressentis au cinéma ces derniers temps, elle est tellement chargée de non-dits. Pour moi, elle est tout sauf gratuite, c'est le pivot du film, le moment où on comprend tout l'attachement que le
héros peut avoir pour elle et qu'il a du mal à exprimer ou à assumer, le moment où l'on ressent aussi tout le désespoir de cette personne qui semble si légère et optimiste.


Et bien que je n'ai pas trouvé la manière de filmer originale (du tout), je n'ai pas pour autant ressenti une vacuité dans celle-ci. Plutôt une froideur voulue pour mettre à distance le héros et
ce qui l'entoure.


 


Concernant la mise en scène, "Drive" m'a semblé bien meilleur que "Shame". Mais concernant l'expression de la solitude, "Shame" est pour moi bien plus proche de ce que je peux ressentir que
"Drive". Maintenant, ça dépend de l'expérience de chacun de la chose je suppose...

Marc 25/01/2012 19:20



Ouais, je pense que ça dépend de si on se reconnaît dans les personnages ou pas. Sans ça le film tombe vraiment à plat et il n'y a pas grand chose pour le sauver. Mais pour moi, il n'y avait pas
de persos dans ce film comme je l'expliquais. Je n'ai pas ressenti leur vide, simplement le vide. Et ça fait toute la différence.



Cachou 21/01/2012 15:17


Je ne sais pas encore (et je ne saurai certainement jamais) si j'ai aimé ce film ou pas, donc je ne prends pas la défense de mon poulain, mais à te lire, j'ai l'impression d'avoir vu un autre
film, ou en tout cas de l'avoir compris complètement différemment. Pour moi, "Shame" n'est pas du tout un film sur l'addiction sexuelle (d'ailleurs, je ne l'ai pas entendu présenté comme cela),
mais un film sur la solitude (et ses conséquences donc, qui est ladite addiction ici, mais pas que). Le héros, une coquille vide effectivement, à dessein à mon avis, est perdu dans un monde où la
communication est perpétuellement mise en avant mais où elle devient vide, et ne permet plus de réelles relations humaines. Le personnage creuse sa solitude, volontairement ou pas. Il s'éloigne
d'une soeur qui semble aussi paumée que lui, d'une soeur pour laquelle il éprouve des sentiments qu'il n'arrive pas à contrôler ni à comprendre. Un peu comme "Drive" d'ailleurs, qui parle d'un
sujet similaire, ou qui le traite de façon analogue.


Quant aux scènes de sexe, j'ai eu l'impression que leur but était plus répulsif qu'autre chose, devenant plus prégnante, plus exagérée, et dee moins en moins ragoutante, pour faire ressentir au
spectateur le dégoût de soi que peut éprouver le dépendant sexuel. Ce qui fascine répulse, et pourtant on ne peut s'empêcher de regarder, en ayant un mauvais goût en bouche.


 


Je sais qu'à certains moments, j'ai été émus par les deux héros solitaires de ce film, qu'à d'autres, j'ai été profondément dérangées. Du point de vue de la mise en scène, à part en ce qui
concerne la Ville (et les scènes de courses), je n'ai rien trouvé de notable. Par contre, la BO m'a séduite et j'ai complètement été happée par la scène de chant de Carey Mulligan.


 


Du coup, je ne pense pas que ce film soit une fumisterie. Il est peut-être trop personnel, trop froid en même temps, trop beaucoup de chose. Mais au moins, il ne m'a pas laissée indifférente. Je
n'ai pas vu "Hunger", et ne peut donc le comparer à lui. Mais le réalisateur m'a assez interpellée pour m'intéresser à l'avenir.

Marc 23/01/2012 02:12



Le problème c'est que j'ai pas tant ressenti la réflexion sur la vacuité que la vacuité même du film. Les clichés s'enchaînent et le tout pêche par manque d'imagination ou d'envergure. Pour ma
part, la scène où Carey Mulligan chante était assez éprouvante. Ca ne sert à rien, c'est tellement gratuit comme plan et j'ai trouvé ça plutôt ennuyeux. La différence avec Drive, c'ets que même
s'il y a des difficultés à communiquer ses sentiments au moins là on a des personnages devant nous, des gens avec qui on sympathise et qui ont du relief. De plus le film s'inscrit dans un projet
franchement cohérent avec Bronson et Valhalla Rising soulevant des thématiques très proches sur l'individuation et la marginalité et une réflexion d'envergure sur la violence
qui attaque la question de plusieurs côtés.



Marcozeblog 12/01/2012 16:07


Wouah! belle argumentation. Je comprends pourquoi tu en est arrivé à penser cela. Mais moi, j'ai pris le film comme le portrait d'un homme au bord du gouffre, un film esthétique, un peu
sensuel et j'ai adhéré. Bravo pour ta plume. @+. Marco.

Marc 12/01/2012 23:01



Merci pour les compliments tout d'abord! J'aime bien les films esthétisants mais il faut quand même que les choix stylistiques appuient le propos et là, pour moi, ça l'a pas fait.



coltrane 08/01/2012 18:39


Tout à fait d'accord avec toi. Shame est loin d'être le chef d'oeuvre annoncé. A mon avis son premier film n'en était pas un non plus même si c'était un bon film, plus abouti en tout
cas....puisque tu évoques Drive, on peut dire que là par contre le réalisateur a réussi son coup, avec une économie de moyens et un langage cinématographique en accord avec le récit et son
personnage...

Marc 08/01/2012 20:39



Refn est très talentueux, et je te conseille ses films précédents si tu ne les connais pas encore (surtout Valhalla Rising et Bronson, puis les Pusher dans un style un
peu différent). Il n'oublie jamais son récit et la mise en scène vient constamment appuyer celle-ci. Avec McQueen on nous promet à chaque fois un délire visuel du fait de son passé d'artiste
vidéo mais au final le tout est assez insipide. Je ne comprends pas pourquoi on en fait tout un plat, ça ne raconte rien et c'est plutôt ennuyeux. Allez! La place aux bons films s'il vous plait!
(Il faut bien garder espoir, non?)