En bref : Prometheus de Ridley Scott

Publié le par Marc

Prometheus
Prometheus
Réalisé par Ridley Scott
(2012)

Si cette missive vous parvient avec trop de retard pour éviter à vos rétines déjà bien usées l’esquintement résultant du nouvel énéma subi par Ridley Scott, veuillez avoir l’indulgence de m’excuser mais il m’aura fallu un certain courage pour m’attaquer à ce démontage en règle. Prometheus est un film tellement insipide qu’on a un peu de mal à savoir par quel bout indigeste commencer mais, dans un esprit de faire-play caractéristique, je vais en un premier temps essayer d’en dégager les rares points positifs. Soulignons donc que, non seulement comparé à son film précédent (l’ignoble Robin des Bois) Scott signe ici un film plutôt regardable (enfin, quand il se passe quelque chose), mais qu’en plus le bougre se dépasse avec une scène de césarienne improvisée, digne du mauvais goût le plus prononcé du cinoche d’exploitation italien des années 1970. Malheureusement, après cet instant jouissif et une ou deux scènes d’action à peu près potables, le tout commence à se prendre bien trop au sérieux et alors ça se gâte sévère. Plaquant les clichés les plus éculés de la science-fiction sans jamais en développer ne serait-ce qu’un seul sur un scénario qui navigue durant deux bonnes heures entre dialogues atteignant des sommets de platitude et jolis paysages sans grand intérêt, Scott nous achemine sans aucune originalité, armé d’un budget colossal qu’il semble parfaitement satisfait de jeter par la fenêtre, vers l’une des plus répugnantes instances de fan service jamais vue (ou l'art de faire débourser 12€ à des milliers d'innocents spectateurs pour se contenter au final de recycler l'une des images les plus iconiques du film de référence). Pour ceux qui auraient envie de rétorquer qu’il ne s’agit pas de clichés mais de références je dirais simplement qu’on peut se permettre quelques clins d’œil discrets mais que quand on aligne pendant 120 minutes des idées et images plagiées sur toutes les œuvres majeures du genre auquel on s’attaque sans avoir l’idée basique de les questionner ou de prendre un peu de recul on ne fait que mettre l’accent sur son propre manque (ici déjà flagrant) d’imagination. Prometheus représente ainsi ce que l’on peut faire de pire avec le cinéma de genre ; un film exploitant des filons éprouvés mille fois avant sans proposer la moindre ambition de renouveau, ne cherchant à divertir que par la débauche d’effets spéciaux qui, au lieu de se mettre à son service, ne servent qu’à masquer la pauvreté d’un récit où des personnages unidimensionnels déambulent presqu’au hasard n’ayant ni but ni désir cohérents et, surtout, n’assumant jamais son statut de film de genre en tentant de camoufler celui-ci derrière des thématiques consensuelles et graves sans faire même un effort minimum de réflexion ou d’intégration scénaristique pour prétendre à une profondeur toute illusoire à l’image de l’utilisation inutile de la 3D dans le cinéma grand-public contemporain qui cherche à conférer un relief visuel à des films qui en manquent cruellement dès le départ et ce à tous les niveaux qui importent. Après ça, que dire de la lourdingue opposition entre éthique scientifique et idéologie religieuse, des incohérences scénaristiques tant au niveau des personnages que de l’utilisation plus que maladroite de concepts scientifiques, d’un maquillage de vieillard qui n’est même pas digne de Fort Boyard (pourquoi ne pas tout simplement prendre un vieux ?) et des pitoyables tentatives de rattachement à la mythologie de la saga Alien que Scott, après l’affreux opus signé par Jean-Pierre Jeunet, achève de poignarder dans le dos ? Et je n’ai pas encore mentionné la ringardise absolue de la mise en scène ; Wow des molécules d’ADN ! Super, un mec en toge devant une cascade ! Un géologue hippy rouquemoute qui kiffe les cailloux et qui se prend pour un loup ! On pourrait continuer longuement comme ça, en même temps ça fait plus de vingt ans que le Ridley n’a pas fait un bon film (le sympathique Black Rain de 1989) alors la frustration demeure toute relative. On a désormais l’envie simple mais gratifiant de le voir se louper en beauté avec la suite annoncée de son surestimé Blade Runner (ben ouais, c'est un film qui se regarde, mais qui ne casse pas non plus trois pattes à un canard).

Publié dans Nouvelles du front

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