En bref : Detachment de Tony Kaye

Publié le par Marc

Detachment
Detachment
Réalisé par Tony Kaye
(2011)

Attention ; je m’apprête à dire de sottes méchancetés. Près de quinze ans après avoir fait retirer, pour de sombres raisons de divergences artistiques, son nom du générique d’American History X (dingue ce que le temps passe vite, je conserve un souvenir très net de la séance et du bruit de régurgitation qui se fit soudain entendre derrière moi alors qu’Edward Norton fracassait la dentition d’un bandit de second rang contre un coin de trottoir) Tony Kaye nous revient avec Detachment, sorte de réincarnation américanisée, actualisée et adrienbrodyisée de notre Gérard Klein national où le cynisme ambiant prend le pas sur l’innocent enchantement du milieu des années 1990. Alors forcément on est curieux et on va voir la chose. On en ressort à la fois déçu (enfin, tout est relatif) et réconforté que le tâcheron qui a osé signer l’abomination en question n’ait pas eu, à l’époque, raison de ses producteurs. Detachment est typiquement ce que l’on pourrait appeler un non-film : retirez les dialogues et il ne vous restera que le vide intersidéral. Croyez-moi, ce ne serait pas un mal tant le ton moralisateur de l’ensemble finit par faire ressembler ce qui se devait d’être l’histoire d’un prof (certes un peu niais sur les bords, ce qui suffit déjà à m’excéder) à un cours magistral pétri de bons sentiments dans la droite lignée du purgatif qu’était Collision de Paul Haggis (qui, au passage, porte bien son nom : le haggis, c’est un peu de la tripaille et donc ça pue un peu la merde. CQFD.) Les clichés misérabilistes s’empilent comme autant d’agaçantes crottes de pigeon sur votre pare-brise au petit matin (oui il va faire ami-ami avec une pute à qui le destin n’a pas fait de cadeaux, oui il y a une grosse-moche-artiste-incomprise dont se moque le reste de la classe et ainsi de suite) pour former un scénario cousu de fil blanc que l’on a hâte de voir arriver à son terme. Chers lecteurs, en un mot : Fuyez ! Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas craché ma haine. Ça fait du bien. Me reste plus qu’à dire un gros merci à Tony.

Publié dans Nouvelles du front

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Cachou 06/02/2012 08:29


Inutile de dire que je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis (même pas une seconde, même pas une hésitation). Mais je ne vais réagir que ce sur quoi je peux réagir. Donc tu me dis que j'exagère
avec ce que j'ai expliqué sur les parents. Et tu me parles du cas de ta mère. Certes oui, elle était dans ce cas-là, et certains des parents de mes élèves également. Mais d'autres étaient au
chômage, d'autres encore avaient un enfant en échec sévère dans mon cours. Quand je parle des parents, je ne parle pas des cas particuliers, mais de ce que j'ai constaté en général. C'est ça la
différence entre l'expérience de prof et d'élève, on constate des choses généralement sur l'école. Donc ici, après deux années et demi de réunion des parents où mon nombre maximal de visites
avait été 2 parents sur 4 heures, je me suis retrouvée dans une école où, si l'on donne une contrainte en rendant la réunion obligatoire (le bulletin), TOUT le monde venait. Je suis désolée si ça
ne te semble pas parlant comme exemple, mais pour moi ça veut dire ce que ça veut dire...


Mais bon, je suppose que mon expérience ne compte pas, ou vaut celle d'un élève...


 


Pour ce qui est de ce que tu dis, je suis désolée, mais je suis très souvent choquée par tes remarques sur le cinéma. Je dois même t'avouer que j'ai failli te répondre vertement après ton dernier
billet (comme souvent, c'est d'ailleurs pour ça que je ne commente quasi plus ici, je n'ai pas envie de m'emporter inutilement). Comme je te l'ai déjà dit, je trouve que tu as une manière très
agressive de faire valoir ton point de vue, en diminuant ceux qui n'ont pas la même vision du cinéma que toi. Par exemple: tu sais quoi: j'attendais "Millenium", que j'ai vu avec plaisir
d'ailleurs, et je ne vois pas en quoi le fait d'aimer Fincher est une chose négative. Mais si on te lit, on ne peut s'empêcher de se dire "purée, si je dis à ce type que j'aime Fincher", il va se
moquer de moi ou me considérer comme une personne sans goût". Non que je m'en préoccupe. Mais c'est quand même violent à lire.  Je suis allée repêcher un autre exemple, celui qui m'a donné
envie d'intervenir la dernière fois:


"Je sais bien que le jeune public n’est plus demandeur d’un Prince des ténèbres, qu’il préfère le traitement
réservé par Rob Zombie à Halloween, qu’il ne comprend rien à la qualité exceptionnelle d’un film fauché comme Assaut parce qu’il n’a aucune notion de la mise en scène. Mais
bordel de merde, à brader du Carpenter vous enlevez tout espoir de rehausser le niveau, condamnant l’amateur de films d’horreur à affronter les pires bouses imaginables sur grand écran (et en 3D,
cela va de soi)."


 


Ahem... "The Ward" n'est pas différent des films de séries B que le cinéma ricain produits en masse. Je l'ai trouvé très
moyen, même s'il m'a amusée. Mais bon, c'est Carpenter, donc ça passera pour toi. Mais mon point n'est pas là. Ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi est-ce qu'à chaque fois que tu donnes ton
avis, il faut que tu en profites pour diminuer ceux qui ne le partagent pas, comme tu le fais ici? Si on a trouvé "Prince des Ténèbres" moyen, c'est qu'on n'a aucune notion de la mise en scène,
c'est bien ça? C'est ça qui me dérange. Ce n'est pas donner son avis ça, c'est l'imposer en ridiculisant ceux qui ne le partagent pas.


Mais en l'occurence pour "Detachment", ce n'est pas ce type d'opinion qui me fâche, mais la manière dont tu peux réduire ce
film à ce que tu penses qu'il est. "Clichés" c'est ce que j'ai lu PARTOUT. Etonnamment, à quelques exceptions près: chez ceux qui sont profs ou qui connaissent bien le métier de prof. J'étais
d'ailleurs avec plusieurs profs lors de la projection de ce film, et on a tous été bouleversés par lui, et on s'est tous reconnus dedans. Je ne dis pas que c'est le cas de tous les profs, mais
ceux-là ont été reconnaissants qu'on fasse transparaître leur expérience dans un film, enfin. Mais bon, que notre vie de prof soit alors celle d'un Gérard Klein américainisée, c'est forcément toi
qui le sait mieux que nous...


 


Bref, pardon pour le ton agressif, mais j'ai eu du mal avec ce que tu as dit, et j'avoue avoir pas mal ri aussi de voir
comme tu diminuais ce film à des clichés misérabilistes alors que certains films que tu aimes le sont cent fois plus (un amassis de clichés misérabilistes) à mes yeux. Mais bon, comme tu le dis,
chacun son opinion...

Marc 07/02/2012 15:26



A vrai dire, je dois dire du mal de films ou des goûts des spectateurs dans un article sur dix. Mais si tu te focalises là-dessus, c'est normal que ce soit la seule chose qui en ressort. Va faire
un tour dans les articles un peu plus longs consacrés aux films que je défends vraiment et tu te rendras compte que ce n'est pas du tout le cas. Je parle simplement des qualités du film en
question.


 


Mais en l'occurence pour "Detachment", ce n'est pas ce type d'opinion qui me fâche, mais la manière dont tu peux réduire ce film à ce que tu penses qu'il est.


 


Je ne comprends pas ta critique là. Tu voudrais quoi? Que j'écrive ce que toi tu penses du film? Tu fais exactement la même chose quand tu dis que les films des frères Dardenne sont
misérabilistes ou que Balada Triste c'est stupide. Là tu n'as pas peur de blesser ceux qui ont aimé ou qui se sont reconnus dans ces films? Non, parce que tu penses que t'as raison. J'ai
l'impression que ce qui te dérange surtout c'est que je ne sois pas d'accord avec toi et que je (ou Le Monde ou Les Cahiers) démolisse (avec plein de mauvaise foi, évidemment)
un film que tu as apprécié.


 


Si mes propos te choquent, désolé mais c'est ce que je pense. J'en ai ras le cul de voir les gens s'empresser pour voir des films de merde et prétendre qu'ils aiment le cinéma. C'est faux, ils
aiment le cinéma comme moyen de s'évader ou de se distraire et non pas pour ce qu'il est ou ce qu'il parvient à être dans le meilleur des cas, c'est à dire une forme d'art.


 


"Clichés" c'est ce que j'ai lu PARTOUT. Etonnamment, à quelques exceptions près: chez ceux qui sont profs ou qui connaissent bien le métier de prof.


 


Si tout le monde l'a ressenti de cette manière, qu'est-ce que ça implique à ton avis? Désolé, mais s'il faut être prof pour apprécier le film, je ne vois pas l'intérêt de le distribuer auprès du
grand public. Tu me diras que ça peut donner une idée du métier, perso ça me fait passer les profs pour une bande de pleurnichards (dans la vision du réal que je trouve de toute manière si
simpliste qu'elle ne mérite au final pas d'être prise en considération). Et encore une fois, je fais ce blog pour donner mon opinion, pas pour plaire à ceux qui peuvent tomber dessus. Si ça
offense certaines personnes qui n'ont pas le même avis que moi, ça ne me pose aucun problème parce que je pense qu'au fond ça ne peut que leur faire du bien. Je ne vais pas y aller avec des
pincettes dans une tentative de ne vexer personne. Si je peux décourager quelqu'un d'aller voir Detachment, en ce qui me concerne ça fait un bon point.



Cachou 04/02/2012 01:47


Je viens de relire le truc pour voir si je n'avais rien oublié, et encore un point:


Pour le prix, je suis d'accord. Sauf qu'ici, ça n'a rien à voir comme prix. Au Ramdam, c'est un prix du public, qui reçoit une feuille pour voter à la fin de chaque film, et le film qui remporte
le prix est celui qui a le plus plu et/ou qui a le plus dérangé (parce que tu mets des points pour l'appréciation mais aussi pour le côté dérangeant) les spectateurs. C'est bête, mais j'aime bien
le principe. Et donc, ce film est celui qui a reçu le plus de votes positifs, avec "Tot Altijd", un film néerlandais du réalisateur de "Ben X". Alors, oui, ça n'en fait pas un bon film reconnu
universellement comme tel. Mais c'est un prix de spectateur, pas de censeurs.

Cachou 04/02/2012 01:35


Je vais essayer de me souvenir de ce que je voulais dire vu que ta réponse est cachée par la fenêtre où j'écris.


 


"C'est la faute des parents qui de toute façon sont unanimement absents. Puis les gamins n'en parlons même pas, des branleurs qui méritent pas d'avenir." J'avais envie de prendre tous les
personnages du film et de leur mettre des claques tellement leur comportement est ridicule. Heureusement que j'ai rarement rencontré des crétins pareils. D'ailleurs ce ne sont même pas des
personnages, juste des assemblages de clichés.


Ces clichés et ces crétins, c'est le quotidien de mon métier. Le ras-le-bol de ces professeurs, je l'ai ressenti des centaines de fois. Et les
parents démissionnaires de ce style, qui s'en foutent, qui ne viennent pas, j'en connais et des tas. J'ai eu des réunions de parents pendant lesquelles j'étais à leur disposition pendant quatre
heures où j'ai vu une ou deux personnes maximum. La seule école où j'ai vu des parents quasi tout le temps, c'est celle qui les obligeait à venir pour recevoir le bulletin de leur enfant.
Autrement, je n'avais quasiment jamais personne. J'ai eu des élèves qui s'en foutaient, accumulaient les mauvaises notes sans ciller et disaient franchement d'attendre la fin de la scolarité
obligatoire pour se barrer. J'ai eu des parents convoqués qui jouaient aux aveugles face à leur enfant qui ne faisait bien sûr rien de mal voyons. J'ai assisté à des enguelage de profs par des
parents qui soutenaient leurs enfants dans leurs conneries (et quand je dis enguelages, c'est vraiment le truc qui te fait peur).


Du coup, j'en ai un peu marre de lire à gauche à droite que ce film ne fait que montrer des clichés (pour ça que j'ai cité les trois revues, parce qu'on a attiré mon attention sur ellles, et
qu'elles disaient peu ou prou la même chose que toi). Parce que non, ce ne sont pas des clichés. Ou s'ils le sont, c'est que le quotidien d'un professeur n'est qu'un amoncellement de clichés.
Alors ce sont peut-être des situations vues et revues, mais elles sont on ne peut plus réalistes, et de ce côté de l'océan également.


Je me demande pourquoi il faut absolument que tous ceux qui parlent de ce films (parce que ça revient dans TOUS les articles) fassent de la description pertinente de ce quotidien un ramassi de
clichés... Et deviens prof, alors tu verras combien de ces "crétins" (que je n'appelerais pas crétins mais plutôt désabusés qui ne croient plus en la potentialité de l'école, et à raison, parce
que les études ne garantissent absolument plus rien, et j'en suis la preuve vivante) tu croiseras... Quoique, là, ça dépend dans quelle école tu tombes. Celles d'élites sont différentes pour les
élèves. Par contre, pour les parents, pas forcément. Dans l'école d'élite où j'ai travaillée, celle dans laquelle les élèves en voulaient pour la plupart, je n'ai pas eu pour autant plus de
parents aux réunions, uniquement pour les élèves en échec à la fin de l'année, et encore, pas tous, juste deux.


 


Les scènes consacrées aux relations prof/élève sont d'une pauvreté alarmante, juste deux ou trois moments pendant le film qui finissent évidemment sous le soupçon d'attouchements
sexuels.


Parce que, tout d'abord, je ne pense pas que ce soit le propos du film. On ne veut pas nous montrer ici un prof triomphant à la Michele Pfeiffer, c'est un portrait plus général de l'indifférence
dans la société à travers différents points, et l'école est montrée dans son ensemble, pas à travers une classe.


De plus, les soupçons d'attouchement sexuel, là aussi, c'est quelque chose de quotidien dans la vie d'un prof. Tous les profs ont entendu parler d'un collègue qui a eu des ennuis parce qu'un ado
avait dit que... Vrai ou faux, c'est un énorme risque. A tel point qu'on n'ose plus rester seul avec un élève, et même quand on est une femme. D'ailleurs, on nous enseigne bien pendant l'agreg
qu'il ne faut pas toucher les élèves. Qu'il faut garder ses distances. On n'est pas censé les prendre dans nos bras pour nous consoler (ni les toucher pour se défendre d'ailleurs). Mais est-ce
que tu t'es déjà retrouvé devant un adolescent désemparé qui pleure devant toi? Sans pouvoir rien faire pour le consoler? La position de ce prof, je la comprends. Tu voudrais rester détaché, mais
tu ne peux pas, tu es face à un être humain qui a besoin d'une présence. Et tu ne peux pas ne pas t'impliquer, c'est impossible (en tout cas je n'y suis pas encore arrivée). Et tu fais quoi dans
ces cas-là? Toucher les élèves, c'est devenu le gros tabou. Tu redresses une tête parce qu'on regardait ailleurs, et te voilà accusé de maltraitance (ce qui n'est d'ailleurs pas nouveau, ma mère
s'est retrouvé avec ce problème au début de sa carrière). Tu ne peux PAS toucher l'élève. Mais tu le fais, parce que tu n'es pas une machine. Et tu sais que ça comporte des risques. Comme celui
de ce film. Encore une fois, comme pour beaucoup d'autres détails, le réalisateur a capturé une réalité de ce métier. Mais je m'en doutais que ça allait paraître trop gros à ceux qui ne vivent
pas la chose, qui ne peuvent pas comprendre toute la vérité qu'il y a derrière ce dilemme qui t'a semblé si stupide et exagéré...


 


Et toi qui n'aime pas le misérabilisme, ça ne te suffit pas que Brody ait un boulot difficile? Il faut en plus qu'il ait un père souffrant d'Alzheimer et un background douteux de
pédérastie.


 


Figure-toi qu'à l'exeption du background non de pédérastie, mais de pédophilie (énorme différence, je ne comprends pas pourquoi tu fais l'amalgame), je vis EXACTEMENT la même situation. Boulot
difficile, mal payé, et même inexistant pour l'instant, grand-mère en maison de retraite qui a Parkinson (et on ne le dit jamais, mais Parkinson s'accompagne des symptômes d'Alzheimer quand
avancé) dont je m'occupe avec ma mère, qu'il faut aller voir tous les jours, et que les infirmières traitent exactement comme le grand-père est traité. L'enguelade que Brody fait à une
infirmière, j'ai rêvé des milliers de fois de pouvoir la faire aussi, sans en avoir le courage, l'audace, et surtout parce que j'avais peur des représailles. Tout ce que ma mère sait me dire,
après être allée s'occuper de sa mère, c'est qu'elle a peur de vivre ça, qu'elle préfère être euthanasiée que de se retrouver dans cette position, dans ce type d'établissement, dans la situation
de ma grand-mère. Et pourtant, qui pense à dénoncer l'indifférence dont sont victimes les personnes en maison de retraite (même celle où tu casque un max)? Je remercie mille fois le réalisateur
de nous avoir offert ce passage-là, qui nous a fait un bien fou à ma mère et à moi parce qu'on s'est senties moins seules du coup.


 


Quand au misérabilisme, contrairement aux films sociaux habituellement, je ne l'ai jamais ressenti ici. Il y a une sorte d'espoir, d'attitude du personnage principal qui, malgré la noirceur du
propos, m'a offert une bouffée d'air frais tellement il est gentil et ne se laisse pas abattre. Je ne suis pas sortie plombée de ce film. Au contraire. J'en suis sortie en ayant eu l'impression
d'avoir enfin été comprise, qu'on me disait que d'autres ressentaient la même chose que moi, et que tout n'était pas forcément noir dans tout ça, au contraire. Quelques jours après, je suis allée
voir "Une vie meilleure" qui, lui, m'a semblé misérabiliste et gratuit dans sa peinture de la misère, et qui m'a tellement plombée que je ne suis pas encore sortie du nouage noir qu'il a commencé
à faire peser sur moi. Ca, c'est du misérabilisme. "Detachment" est loin d'avoir ce potentiel de désespoir, il est rempli de petites touches d'espoir et de douceur.


 


Pour le reste, j'ai oublié ce que tu as mis, sauf deux choses:


- tu parlais du fait d'avoir sa propre opinion. Mais tu te rends compte que dans ton article, tu dis purement et simplement que le film est de la merde et qu'il faut le fuir? Pas que tu ne l'as
pas aimé, mais que c'est de la merde. C'est pour ça que j'ai réagi.


- pour "Entre les murs" oui, forcément, je l'ai vu. Alors oui, c'est l'expérience d'un prof. Mais c'est une expérience particulière, intéressante mais qui n'a pas du tout reflété mon expérience
de la chose, ni celle de ceux que je connais et qui

Marc 06/02/2012 00:25



Je ne dis pas que les thèmes du films sont inintéressants. Parkinson je connais, des parents qui perdent la mémoire et dont du coup la personalité s'efface peu à peu aussi. Et même si je n'ai
jamais été enseignant, j'ai été élève et je vois à peu près à quoi ressemble un cours, même pour des classes quelques peu turbulentes (j'en ai fait partie, même si j'étais dans un lycée plutôt
riche). Ce que je dis c'est que chaque thème aurait mérité d'être traité largement plus en profondeur. Ton analyse des parents absents par exemple je la trouve affreusement réductrice. Tu penses
réellement que les parents n'en ont rien à faire de l'éducation de leurs gamins? Qu'ils n'enchaînent pas des heures de boulot invraisemblables sans parler des deux ou trois heures passées
quotidiennement dans les transports? Perso, ma mère était rarement là avant 20h le soir, du coup je bossais pas pour l'école et je passais plutôt mon temps à fumer des joints ou picoler. Ca ne
m'a jamais empêché de me reprendre par la suite. C'est aussi une question de volonté individuelle. Si on se complait dans sa misère comme les gamins ou certains persos adultes du film, il ne faut
pas en vouloir aux autres par la suite. Le problème c'est que plutôt que de traiter un des thèmes, de construire un personnage, le film empile des problèmes sur son pauvre dos donnant
l'impression d'un type qui lutte contre toute la misère du monde et ne laissant aucune place à son développement sauf par ces passages de pseudo-interview qui viennent rompre la narration et qui
rendent le tout d'une lourdeur pénible. Qu'il aille voir dans un pays pauvre et on en reparle. Les gamins qu'il a en face de lui, au moins ils ont des habits à se mettre. Ils sont propres. En ce
qui concerne l'idée que le film parle du lycée dans son ensemble plutôt que de ce prof en particulier, je ne suis pas du tout d'accord avec toi. Il va dans ce sens mais n'accorde pas vraiment le
temps aux autres personnages. Il ne nous en donne qu'une vision extrêmement simpliste.


 


Je dis qu'il faut avoir son opinion, et je donne la mienne. Je ne vois pas où est le problème là dedans. (Et je dis pas que c'est de la merde, j'ai simplement fait une boutade sur le haggis.) Ce
que j'essaie d'aborder dans mes articles c'est les aspects qui m'ont plus ou, le cas échéant, déplus dans un film d'après ma propre vision de ce que devrait être le cinéma. Après, les lecteurs
sont d'accord ou pas. Je ne comprends pas qu'on en soit offensé. Soit on se dit "tiens c'est pas con ce qu'il raconte ce type", soit "quel con, il écrit vraiment de la merde et il a rien
compris". Je vois pas trop pourquoi tu le prends si personnellement. (Désolé, beaucoup de fautes dans ce texte mais j'ai passé la journée entière à picoler). Et le film que je te demandais si tu
l'avais vu c'était Half Nelson.



Cachou 03/02/2012 22:14


J'ai adoré ce film. De bout en bout. C'est la première fois que je vois au cinéma ce à quoi ressemble mon expérience de prof (et, non, ça ne ressemble pas à "Entre les murs". Du tout). C'est la
première fois que je vois également au cinéma exactement ce que je vis avec ma grand-mère en maison de retraite. J'ai été émue jusuqu'aux larmes plusieurs fois, moi qui pleure rarement devant un
film. Et je dois dire ne pas avoir vu le côté moralisateur que tu y as trouvé. J'ai juste vu un film sur l'indifférence généralisée que je croise tous les jours dans ma vie, un film qui met en
avant cette indifférence et qui la dénonce. Et ça fait du bien.


Mais bon, à te lire, j'ai encore une fois l'impression d'être à côté de la plaque. Et puis non. Je trouve que c'est un grand film et je n'en démordrai pas. Tant pis s'il ne t'a pas touché comme
il l'a fait pour moi. Je continuerai à dire aux gens que Télérama, Le Monde et Les Cahiers du Cinéma (mais c'est une constante en ce qui concerne cette dernière revue qui incarne ce que je n'aime
pas dans le cinéma) n'ont pas forcément raison et que des personnes normalement constituées et avec un minimum de jugeotte peuvent aimer ce film. Qui a d'ailleurs été primé par le public au
festival du film qui dérange de ma ville. Ce que je trouve paradoxal d'ailleurs, parce que je me demande en quoi un film qui parle de la réalité d'une profession peut avoir un côté dérangeant...

Marc 04/02/2012 00:53



Ben le côté moralisateur pour moi vient du fait que le réal et le scénariste passent le film à pointer les choses du doigt et à donner des leçons avec l'affreuse voix off. "C'est la faute des
parents qui de toute façon sont unanimement absents. Puis les gamins n'en parlons même pas, des branleurs qui méritent pas d'avenir." J'avais envie de prendre tous les personnages du film et de
leur mettre des claques tellement leur comportement est ridicule. Heureusement que j'ai rarement rencontré des crétins pareils. D'ailleurs ce ne sont même pas des personnages, juste des
assemblages de clichés. Les scènes consacrées aux relations prof/élève sont d'une pauvreté alarmante, juste deux ou trois moments pendant le film qui finissent évidemment sous le soupçon
d'attouchements sexuels. Et toi qui n'aime pas le misérabilisme, ça ne te suffit pas que Brody ait un boulot difficile? Il faut en plus qu'il ait un père souffrant d'Alzheimer et un background
douteux de pédérastie. On frise le grotesque à forcer le trait. Les scènes où il parle de littérature et tout le côté dramatique va à la pêche au bons sentiments et à l'esprit soi-disant
contestataire du spectateur. Tout cela est tellement manipulateur de symboles de la contre culture que ça en devient effroyablement consensuel. L'autre problème avec le côté moralisateur c'est
que non seulement le propos du film est d'une banalité affligeante (les gens sont pas gentils, ils s'en fichent de toi), en plus il ne nous pousse jamais à la réflexion. Et pour moi, une
grande oeuvre n'est pas celle qui te force à avaler sa pensée mais celle qui te pousse à t'en faire une, toi. On intègre toujours mieux quelque chose que l'on comprend ou que l'on déduit par soi
même et là le film nous fait tout avaler. Evidemment, c'est juste mon opinion et rien ne t'oblige à être d'accord. Mais je la changerai pas simplement pour te faire plaisir.


 


Je vois pas trop ce que viennent foutre Télérama, Le Monde (dont les critiques sont de piètre qualité) et Les Cahiers (avec lesquels je suis rarement d'accord mais au
moins eux ont un minimum de connaissances en termes de cinoches et savent aligner trois phrases sans faire 13 fautes d'orthographe et 5 de syntaxe) là dedans. Perso, je me fais moi même une
opinion (celle que je viens défendre ici) d'après ce que j'ai vu et non pas d'après ce qui a été écrit. S'il y en a qui sont d'accord avec moi tant mieux, si un film que j'aime est apprécié des
critiques et du public je suis plutôt content. Mais je vais pas les laisser dicter ce que je dois aimer et encore moins me forcer à ne pas aimer ce qu'eux ont apprécié parce que je suis par
principe en désaccord avec leur avis. De mon côté je continuerai à dire aux gens que les Oscars, les Césars et les prix attribués à Cannes, Berlin ou Venise ne veulent pas dire grand chose.
Regardez les films qui vous parlent, faites-vous votre propre avis.


 


Quand on parle d'une réalité on dérange toujours quelqu'un.


 


En ce qui concerne Entre les murs, je ne l'ai pas vu. Mais j'ai eu l'occasion de discuter avec François Bégaudeau qui est un ancien prof et ce qu'il avait à dire sur la profession
m'avait paru assez intéressant. Est-ce que tu as vu Half Nelson?