En bref : Bullhead de Michael R. Roskam

Publié le par Marc

Bullhead
Rundskop
Réalisé par Michael R. Roskam
(2011)

Avec Bullhead, son premier long-métrage, Michael Roskam réalise un polar moderne à la narration et la mise en scène prenantes tout en s'inscrivant dans l'héritage du film noir hollywoodien dont on retrouve ici de nombreux motifs détournés, du pessimisme ambiant au récit labyrinthique tout en passant par un personnage central innocent dans tous les sens du terme qui se retrouve mêlé, malgré lui, à une affaire criminelle qui le dépasse. Malgré sa carrure impressionnante, ce personnage central qu'est Jacky a en effet tout de l’antihéros typique. Nous verrons cet homme, poussé par les aléas de la vie à n'évoluer qu'en marge de la société, lutter pour intégrer le troupeau formé par le bétail humain. Partout autour de sa grotesque figure des figures souvent aussi comiques que lui même cherchent à se démarquer, à se faire une place, alors que cet homme simple, atteint d'un autisme bien particulier mais à la psychologie pourtant complexe, ne voudrait au final que devenir comme les autres, moulant son corps dans ce qu’il perçoit comme un modèle afin de mener une vie normale. De ce désir irréalisable découlent des images marquantes et un personnage qui incarne, à sa propre manière, une oppressante impossibilité d'exister. Avec cet hybride entre pastorale et polar urbain, on se retrouve finalement assez proche de l'univers bien connu des frères Coen, notamment de films comme Blood Simple ou Fargo, tant par cette manière de retravailler et de mélanger les genres que par un goût prononcé pour un humour oscillant entre l'absurde et l'humour noir. Mais la singularité du film, hormis son indéniable beauté plastique, vient surtout pour moi du traitement qu'inflige aux corps et à la chair la caméra de Roskam. Si le film commence avec un trafic de viande bovine, de tout son long il nous montrera des protagonistes menés, par leur cupidité, leur bêtise ou leur naïveté, vers l'abattoir comme autant de chair fraîche destinée au boucher, puis à nos assiettes. Résumer ce film qui se montre tour à tour émouvant, drôle et surprenant à ces quelques mots ne lui fait sans doute pas justice, mais en dire plus vous en gâcherait sans doute un peu trop le mystère. Je vous conseille donc vivement d'y aller et de vous faire votre propre avis.

Publié dans Nouvelles du front

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coltrane 28/03/2012 19:33


Par contre je ne ferais pas le rapprochement avec les frères Cohen...l'humour noir


de Bullhaead ne me parait pas de même nature...

Marc 29/03/2012 00:14



Non ce n'est pas le même humour mais ça reste noir dans les deux cas j'ai trouvé. C'était surtout dans la manière de retravailler les genres et d'y incorporer des éléments étrangers que je voyais
des ressemblances. Ca m'a quand même pas mal fait penser à Fargo, je ne sais pas trop pourquoi.



coltrane 28/03/2012 19:29


Je l'ai vu pratiquement en même temps que Drive (en DVD) et pour moi c'est un peu un Drive belge...avec une photo moins belle mais aussi surement moins de moyen. Il y a vraiment une "école" belge
du polar plutôt flamande d'ailleurs avec la série Matriochki ou un film comme La mémoire du tueur...et Refn avec ses Pusher n'est pas si loin...

Marc 29/03/2012 00:13



C'est vrai qu'il y a un côté Refn (autant les Pusher que Drive) mais moins de talent brut. Je ne connais pas bien le cinéma flamand malheureusement.