Bruegel, le moulin et la croix
Evocation de la conception du Portement de la croix et analyse du tableau lui-même, Bruegel, le moulin et la croix est un film comme on en voit actuellement trop peu. Erudit sans toutefois tomber dans un ennuyeux didactisme, interrogeant la nature de l'image bien plus qu’il ne nous apporte d'éléments de réponse, le film de Lech Majewski construit à la fois une allégorie sur la persécution religieuse (au travers du chemin de croix qui est le sujet du tableau, mais aussi de la persécution menée contre les hérétiques flamands et hollandais par Philippe II d’Espagne) et une réflexion approfondie sur l’art en tant que représentation plutôt que simple reproduction de la réalité. Majewski, en faisant éclater tout au long de son œuvre l’espace, nous fait entrer dans le tableau par l’esprit du peintre Pieter Bruegel l’Ancien (interprété par un Rutger Hauer génial comme à son habitude) qui imagine et élabore l’histoire des centaines de personnages et scénettes qui composeront sa toile, nous faisant découvrir l’envers du décor tel que l’artiste pouvait percevoir son époque. Faisant un emploi magistral de la technologie numérique, Majewski crée une image composite et innovatrice, mettant l’accent sur l’aspect factice du matériau et nous offrant le spectacle de plans étonnants tout en ouvrant la voie à d’innombrables futures expérimentations cinématographiques. Un film étrange et ambitieux comme on aimerait en voir plus souvent sur nous écrans, si ce n’est que pour son courage de parier sur la recherche de formes nouvelles.
Lectures en cours :
Une mort dans la famille
de James Agee
Les albums qui tournent en boucle :
Safe As Milk
Captain Beefheart and His Magic Band
Electric Warrior
T. Rex
Fleetwood Mac
Fleetwood Mac