Cadence

Publié le par the idiot

Cadence
(2009)
Stéphane Velut



"Voir une figure humaine avant de sombrer."


                  L'année, 1933. Le lieu, Munich. Plus précisément, un appartement munichois dans lequel, pendant plusieurs mois, va s'enfermer un homme ; un peintre visionnaire. Il doit peindre un tableau pour le Führer, le portrait d'une jeune aryenne que le gouvernement lui confie le temps de son travail, un tableau censé représenter toute la gloire du Reich hitlérien. Mais l'artiste a une autre idée derrière la tête, et petit à petit il va transformer la jeune fille en chose, en faire sa poupée, lui faisant accomplir la trajectoire opposée à celle du petit Pinocchio de Carlo Collodi.
                  Dans un premier temps, le narrateur - le peintre - semble échapper à l'idéologie nazie qui envahit sa ville et son pays. Coupé du monde, il se concentre sur son oeuvre, faisant son possible pour ignorer l'abomination qui se trame partout autour de lui. Mais l'horreur finit par devenir inévitable et lui aussi va sombrer dans ce cauchemar, fruit d'une perte collective de tout sentiment humain. Une perte qui va se manifester de manière concrète quand les habitants de Munich commencent à abandonner leur forme humaine.
                  Deux influences majeures semblent nourrir l'écriture de Stéphane Velut. On ne peut s'empêcher de penser au narrateur des Carnets du sous-sol de Fédor Dostoïevski pendant la première partie du roman, un sentiment d'enfermement prédomine et la volonté de fuir ce monde vil ne fait que rapprocher les deux personnages. Lorsque le peintre s'ouvre au monde, et prend conscience de la déshumanisation ambiante, le récit sombre dans le cauchemar et l'on se retrouve en pleine fable kafkaïenne.
                  Si le thème et l'époque ont été exploités de fond en comble, une mode qui ne s'estompe toujours pas avec le temps vu le nombre de romans de cette rentrée littéraire qui les prennent pour sujet, la volonté de l'écrivain de faire de Cadence un conte sombre et parfois insupportable fait sortir le roman du lot. Malgré quelques faiblesses, le style est prenant et convient parfaitement au personnage, ce premier  roman imposant Stéphane Velut comme un auteur à suivre de près.

Publié dans Littérature

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