Arrêt maladie

Publié le par the idiot

Sick Sad World


Les 6 Voyages de Lone Sloane

Récits d'un voyage dans les méandres de la culture

vol. 5

 

Comme certains d’entre vous le savent, en ce moment je suis malade comme un chien. Renvoyé à mon lit l’espace de quelques jours, mon sens du professionnalisme souffre de cet éloignement forcé de mon lieu de travail. Comment ça, vous n'en croyez pas un mot ? Vous pensez donc tous que je préfère être là, terré sous ma couette à lire des bédés, regarder des films et écouter de la musique à fond toute la journée en sirotant délicatement une verveine bouillante plutôt que de porter des cartons de livres et conseiller ces chers clients ? Vous ne m’accordez donc aucun scrupule et vous avez bien raison ! Tant pis, je me ferais à cette image de glandeur qui me colle définitivement à la peau.

Toujours est-il que j’ai profité de ces quelques jours de casanièrerie forcée pour rendre mon petit hommage personnel à l’ami Dennis Hopper. Je ne vais pas vous refaire sa filmographie, si ça vous intéresse vous n’avez qu’à faire un tour sur allociné ou imdb (en parlant d’imdb j’ai fait la découverte d’un site complètement absurde, imcdb, soit The Internet Movie Cars Database) qui sont faits pour ce genre d’exercice utile mais pas franchement intéressant. J’ai choisi de revoir les deux films les plus marquants (à mes yeux) de sa carrière ; d’une part le brûlot punk qu’est Out of the Blue (ou Garçonne en bon français) où Hopper endossait le double chapeau d’acteur réalisateur et ensuite le langoureux Blue Velvet du visionnaire David Lynch.

Out of the BlueOut of the Blue reste, encore aujourd’hui, un film très méconnu du cinéma américain. Sorti en 1980, à l’aube du siècle des block-busters qui allait définitivement enterrer toute velléité artistique à Hollywood, le film peut sembler tellement nihiliste que tout crétin incapable de prendre le moindre recul en interdirait bêtement la diffusion. En réalité, le film montre que Hopper avait tout compris aux angoisses d’une génération et aux raisons pour lesquelles des milliers de jeunes adhéraient alors à l’idéal d’autodestruction prôné par le mouvement punk. Comme dans le plus célébré Easy Rider, Hopper s’intéresse à des marginaux pour qui il ne peut y avoir de happy-end, le pessimisme de l’auteur étant au final le seul lien que l’on puisse trouver entre ces deux œuvres. « Kill all hippies ! » scande Cebe, la jeune héroïne d’Out of the Blue, abandonnée par son père génétique lorsque celui-ci s’est retrouvé derrière les barreaux et par ses pères spirituels que sont Elvis et Sid Vicious lorsque ceux-ci se sont noyés dans la drogue. Mais le spectateur n’éprouve pour elle que le désir profond de comprendre et d’aider contrairement aux bouseux, bourreaux des hippies dans le road-movie concocté par Hopper et Peter Fonda à la fin des années 1960. Le film dégage une véritable impression de vitalité rageuese porté par la toute jeune Linda Mane qui est franchement exceptionnelle.

Blue VelvetSi dans Out of the Blue, Hopper prenait déjà des risques en campant un père violent et alcoolique ce n’est rien comparé à l’extrême perversité de Frank Booth, le personnage qu’il incarne dans Blue Velvet. Espèce de film néo-noir qui ne pouvait être imaginé par personne d’autre que ce fou de David Lynch, l’œuvre travaille sur les codes du genre et les fait exploser un à un. D’abord les personnages ; la femme fatale (magnifique Isabella Rossellini) devenue simple victime (de sa beauté bien entendu) sans aucun pouvoir de manipulation, le psychopathe terrifiant mais affaibli par un complexe oedipien non résolu et le héros sans relief qui ne fait que traverser le film sans trop prendre les choses en main. Ensuite, ce récit en forme d’enquête qui ne mène nulle part. Il y a certes un dénouement mais qui n’explique d’aucune façon les motivations de Frank Booth et de ses associés si tant est qu'ils en aient. Le film en devient un simple vecteur d’images, mais Lynch sait donner à ses images davantage de sens que ne peuvent en véhiculer de simples mots. Partout dans Blue Velvet, le spectateur est confronté au fait que chaque chose recèle à la fois une part de lumière et une part d’ombre, qu’il s’agisse des pelouses vertes qui ornent les jardinets d’une banlieue chique ou de la sexualité d’une femme désespérée, et Lynch sait créer des scènes marquantes qui restent gravées dans l’esprit.

Dead SetToujours au fond de mon lit, j’ai eu le plaisir de découvrir une mini série anglaise qui s’appelle Dead Set. N’étant pas fan de la série télé en général, je dois avouer avoir été agréablement surpris par une mise en scène plutôt dynamique et intelligente. L’idée de départ est de montrer une traditionnelle crise d’épidémie zombiesque au travers du prisme de la télé réalité. Je m’explique parce que ce n’est pas très clair. Le récit est centré autour de personnages qui soit participent, soit travaillent à la production de la célèbre émission Big Brother. Cette mise en situation offre des idées assez intéressantes qui n’ont malheureusement pas été assez développées à mon goût. En un premier temps, les pensionnaires du jeu, ignares du monde qui les entoure, ne croient pas un mot de l’histoire que vient leur raconter une des rares survivantes, dénonçant une forme d'égocentrisme dominant dans notre société de l'image. S’installe aussi un jeu avec les écrans de surveillance qui aurait gagné à être mieux exploité. La série tombe assez rapidement dans le film de zombie sous influence 28 jours plus tard mais réserve assez de fulgurances scénaristiques, notamment grâce à des personnages plutôt bien écrits (dont mon préféré restera ce gros connard de Parick), pour éviter au spectateur de s’ennuyer. Parmi la prolifération de produits divers et variés que l’on doit à la mode des cadavres écervelés bouffeurs de chair fraîche, Dead Set est, à mon avis, de loin la meilleure offrande.

SalammboEt là vous vous dites, putain mais il n’a fait que regarder la télé comme une grosse larve celui-là pendant sa convalescence ! Et moi, je vous réponds que non ! J’ai aussi lu quelques bédés de Philippe Druillet, un ancien de chez Pilote qui a notamment cofondé la maison d’édition Les Humanoïdes Associés et la revue Métal Hurlant (ce qui est quand même la classe). En termes de bédé, le monsieur fait plutôt dans la science-fiction bien barrée voire psychédélique. Ce n’est pas tout à fait L’Incal de Jodorowsky et Moebius mais on n’en est pas loin. Si je devais comparer les deux, je dirais que ce que les œuvres de Druillet perdent en mysticisme, elles gagnent en couille. Au niveau du dessin par contre, les illustrations de Druillet sont uniques. Surchargées de mille détails minuscules, les planches vous éclatent en pleine gueule avec des mariages de couleurs risqués et des monstres étranges qui surgissent de chaque recoin. Comme s’il ne pouvait assez remplir sa page, il travaille même les bordures des cases qui arrivent dans touts les sens en épousant des formes et des angles innovants. Je vous conseille la saga de Lone Sloane dont je viens de lire Les Six voyages de Lone Sloane et Salammbô (librement adapté de l’œuvre de Flaubert) et Nosferatu, sorte de trip existentiel ou l’auteur expérimente en monochromie avec de la peinture métallisée.

Bon, demain c’est retour au boulot, aux cartons et aux sympathiques clients qui ne me cassent jamais les burnes. Avec un peu de chance j’aurais même le temps de bouquiner un peu (au moins le temps d’un rapide passage aux gogues) mais putain, am I gonna fucking miss my bed!

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Aldrea 07/06/2010 10:53


C'est notamment dans cette collection qu'on été publié tous les Tanigushi en premier lieu en France, un moyen format blanc crème.
Sinon la BD c'est plus entre 11.90€ et 15€, c'est clair que c'est excessivement cher mais les éditeurs sortent de plus en plus de petite intégrale, notamment les Humano qui, même si certaines de
leurs dernière parutions laissent à désirer, ont le mérite de penser aux portefeuille de leurs lecteurs...
Bref, la BD c'est bien, mangez-en plein !


the idiot 07/06/2010 20:59



Faut l'écouter la dame parce qu'elle s'y connaît bien. Après des trucs dégueulasses comme l'intégrale Tintin qui ressemble à un parpaing, est-ce que ça vaut vraiment le coup, même à ce prix?



Cachou 06/06/2010 23:58


C'est une série qui mise sur les BD plus "art et essais" sans être élitiste ou intello pour autant. Sobre, discrète, très belle. L'un des titres phares est l'excellent "journal de mon père" de
Taniguchi.
Si c'est de "Blankets" que tu parlais par contre, c'est un one shot (mais de taille! ^_^)


the idiot 07/06/2010 10:37



Ok, je vais y jeter un coup d'oeil un de ces quatre (à Blankets).



Cachou 06/06/2010 23:48


Oh, j'aimerais tellement avoir des restes d'argent - mais pour ça faudrait déjà que j'arrive à en mettre de côté!
Casterman Ecritures, c'est une très belle collection de mangas et BD, plus du style graphic novels, avec une présentation soignée et classe, et il y en a souvent quelques uns en seconde main dans
ma bouquinerie. J'ai par exemple parlé de ce monument de la littérature BD américaine qu'est "Blankets" ici: http://leslecturesdecachou.over-blog.com/article-32853200.html (je ne sais pas mettre de
liens dans tes comm, il n'y a pas d'options de mise en page)


the idiot 06/06/2010 23:53



Faut pas trop m'en demander, c'est pas parce que je passe du temps devant l'ordi que je sais m'en servir. Je crois que je vois ce que c'est comme collection. Je connais pas cette série par
contre.



Cachou 06/06/2010 23:24


J'adore aussi la BD, mais ce sont principalement les prix qui m'empêchent de réellement approfondir le sujet (en seconde main, un poche coûte 1 à 3€, une BD entre 6 et 12€)(les mangas sont un poil
moins cher, c'est pour cela que j'en lis plus)(et moi je dis: Casterman Ecritures!)


the idiot 06/06/2010 23:39



Oui c'est sûr que c'est cher. J'ai des restes d'argent alors j'en profit pendant qu'il en est encore temps et avant de tout siffler en bière! C'est quoi Casterman Ecritures? A mon tour de
réclamer du lien!



Cachou 06/06/2010 22:59


Ben voilà, je me sens encore plus inculturée, bravo! ^_^
Alors, elle est toute petite est figure dans le Mille et une nuits "L'orphée aux pieds d'argile" de Dick (n°67)(tu veux l'ISBN?)(pardon, je te taquine).


the idiot 06/06/2010 23:21



Oui l'isbn à 13 chiffres s'il te plait! Merci pour l'info, comme je suis un peu monomaniaque je vais voir si je la trouve en édition anglophone (je lis tous ce qui a été en anglais, en anglais).
Sinon je prendrai cette édition.


T'en fais pas, je connais pas très bien la bédé; juste deux ou trois trucs qui me plaisent. Mais c'est un médium auquel je commence vraiment à m'intéresser maintenant.