Des trous dans la tête

Publié le par the idiot

Brand Upon the Brain
(2006)
Guy Maddin
Sullivan Brown, Gretchen Krich, Maya Lawson




                 Film après film, le réalisateur canadien Guy Maddin construit et affirme son style, n'hésitant jamais à se remettre en question, se posant ainsi comme l'un des plus importants des rares inventeurs du cinéma moderne. Des trous dans la tête étant tout de même son septième long-métrage, il est invraisemblable qu'un artiste d'une telle importance demeure aussi peu reconnu à ce jour. Le film explore la mémoire et son fonctionnement, thématique déjà annoncée par Et les lâches s'agenouillent... quelques années plus tôt.
                 Un homme nommé Guy Maddin (pour ses derniers films, Maddin a pris l'habitude d'attribuer son nom à ses personnages) retourne sur l'île de Black Notch sur laquelle il a passé son enfance. Ses parents s'occupaient d'un orphelinat situé dans un phare, sa mère lui a demandé de repeindre le bâtiment pour pouvoir le voir une dernière fois avant de mourir. Arrivé sur l'île quittée trente ans plus tôt, Maddin se retrouve sur les traces de son enfance, des souvenirs déferlant devant ses yeux dans chaque lieu qu'il revisite. Il se rappelle des orphelins, ses camarades, mais aussi de sa soeur et de leur relation conflictuelle avec leurs parents.
                 Guy Maddin s'inspire pour Des trous dans la tête de l'horreur gothique, faisant appel à de nombreuses figures du genre. Tous y passent, des vampires à la créature de Frankenstein en passant par le savant fou, créant un monde de compte de fées sombre dans lequel évoluent les enfants dont la liberté apparente recèle un secret terrible. Véritable film pour enfants destiné aux adultes, Maddin compose une oeuvre fascinante de laquelle on ne peut détacher son regard.
                 Les images, malgré une qualité expressément dénigrée, sont d'une immense beauté (cliquez sur les images ci-dessous pour les voir en plus grand) et le montage brusque et évasif fait appel à l'imaginaire du spectateur pour combler l'obscurité. La voix d'Isabella Rossellini, avec son accent prononcé, vient se superposer à la narration par l'image pour renforcer l'aspect de compte de fées et accompagner la musique sublime composée par Jason Staczek qui colle parfaitement au film, poussant chaque scène à son aboutissement.
                 Exploration de la découvert de l'amour et, par conséquent, de la perte de l'innocence, Des trous dans la tête prend son sujet à bras le corps mêlant symbolisme puissant, humour décalé et poésie pour créer un film qui n'est pas simplement à regarder mais aussi à expérimenter.


    

    

Publié dans Cinéma

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