Guy Maddin

Publié le par the idiot

Guy Maddin





              En un peu plus de vingt années de carrière, Guy Maddin a construit une oeuvre à la fois unique et sombre dans le paysage du cinéma mondial. Plus un poète qu'un réalisateur au sens communément accepté, ses films n'ont pas profité de la distribution qu'un artiste de cette dimension mériterait. Avec ses huit long-métrages et de nombreux courts (plus d'une vingtaine), il a exploré diverses formes du récit, du conte à l'autobiographie en passant par le ballet, se servant au maximum des moyens que le cinéma met à sa disposition.
              Même si son nom est associé à une esthétique relevant du cinéma muet européen, cette vision de son oeuvre demeure réductrice. De ses premiers films en noir et blanc que sont Tales From the Gimli Hospital et Archangel à l'emploi d'une couleur saturée et irréelle pour Careful et certaines séquences de The Saddest Music in the World, Maddin cherche toujours à adapter son outil de travail à l'usage qu'il souhaite en faire. Ce refus de se laisser étiqueter atteste de son désir d'évolution et de perpétuelle recherche à l'image de son Dracula : Pages From a Virgin's Diary, adapté d'un ballet sur fond de musique de Gustave Mahler dans lequel il explore mouvement et danse.
              Sa vision du monde peut paraître sombre et nombreuses sont les scènes écoeurantes, pourtant depuis son premier court-métrage, The Dead Father tourné en 1986, un humour noir est visible en filigrane dans la plupart de ses films qu'il s'agisse de l'épidémie de petite vérole qui terrasse les habitants de Gimli ou l'histoire faite de jalousie et d'inceste de Careful. Cet humour renforce un sentiment de détachement vis à vis du récit de la part du narrateur, en effet Maddin ne cherche pas à piéger son spectateur, préférant au contraire le garder à chaque un instant conscient du fait qu'il est spectateur d'un film.
              Maddin ne cherche donc pas à créer une forme réaliste et fait figure de pionnier dans ce secteur, largement négligé depuis les grandes heures du cinéma muet et des chefs d'oeuvre de Murnau et de Lang. Pour lui, le cinéma peut être différent des films qui aujourd'hui constituent la quasi totalité de la production, dominant l'offre au point que dans l'esprit du public un film doit être fait de telle façon. Maddin ne connaît aucune règle lui dictant à quoi devrait ressembler son film, et cette fraîcheur fait tant de bien alors que la production mainstream tend de plus en plus à être formatée jusqu'à ce que tous les films finissent par être identiques.
              Hormis The Saddest Music in the World, qui a connu un peu plus de succès grâce aux présences d'Isabella Rossellini et Maria de Medeiros, ses films ont peu eu la chance de briller en France. Brand Upon the Brain reste apparemment inédit alors que My Winnipeg devrait enfin sortir à la rentrée. Winnipeg, mon amour (titre français quelque peu banalisant) dresse un portrait de la ville natale du réalisateur qui reprend ainsi l'aspect autobiographique de son oeuvre, un aspect abordé dès The Dead Father dans lequel il explorait le sentiment de deuil éprouvé à la mort de son père et qui culminait avec son chef d'oeuvre Et les lâches s'agenouillent... où l'on découvrait ses souvenirs d'enfance. Mais cette part d'autobiographie est présente dans l'ensemble des histoires que racontent ses films.
              Même si ses films sont assez difficiles d'accès, tant au niveau esthétique qu'au niveau financier (ben ouais, à 25 euros le dvd ça fait mal à nos petites bourses), l'oeuvre de Maddin mérite amplement d'être visionnée par les spectateurs curieux de découvrir un autre cinéma. Certains de ses courts-métrages, comme The Heart of the World, sont eux, facilement visibles sur des sites de vidéo en ligne.

Publié dans Cinéma

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