Madeinusa

Publié le par the idiot

Madeinusa
(2005)
Claudia Llosa
Magaly Sollier, Carlos De La Torre



               Premier film de Claudia Llosa, future réalisatrice de l'excellent Fausta, Madeinusa situe son histoire dans un village péruvien de la cordillère des Andes nommé Manayaycuna. Salvador, un jeune homme venant de quitter Lima s'y retrouve coincé après que le chauffeur le transportant lui annonce que la route est bloquée pour cause d'inondation. C'est la période de la Semaine Sainte et le village en question réserve à cette occasion des festivités d'une nature assez particulière. Les deux films de Llosa semblent presque se répondre, aussi bien de par leur situation géographique que leur thèmes à la fois proches mais nettement distincts et traités dans les deux cas avec beaucoup de sincérité.
               Madeinusa est la fille du maire du village, et oui, c'est bien le prénom d'un personnage, témoignant d'un manque d'éducation des villageois qui est fortement lié au renfermement sur soi. Elle est élue pour représenter la vierge au long de la Semaine Sainte et pour interpréter son rôle au cours de diverses cérémonies insolites qui incluent aussi bien un feu d'artifice que la décente de croix du Christ pour qu'on lui bande les yeux. Au cours de cette semaine, Dieu est aveugle et les villageois se permettent de goûter à tous les pêchers. L'adultère est de mise tout comme l'inceste dont le désir est évoqué dès le début du film entre Madeinusa et son père. L'arrivée de Salvador, un gringo, n'est donc pas accueilli de façon chaleureuse par la population locale.
               Tout comme dans son deuxième film, Claudia Llosa démontre une exceptionnelle maîtrise de l'image et, même si Madeinusa semble quelque peu fauché en comparaison, il reste d'une grande beauté visuelle avec de nombreuses scènes et personnages marquants comme cet homme assis au milieu de la place centrale du village faisant office d'horloge humaine, remettant minute après minute à l'heure ses cartons où s'écoule le temps limité de la Semaine Sainte. Le film est écrit avec beaucoup d'intelligence et de tendresse pour les personnages sans jamais tomber dans le piège d'un quelconque sentimentalisme laissant même le spectateur avec un goût amer et le devoir de juger pour lui même ce dont il vient de témoigner.

Publié dans Cinéma

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