Santa Sangre

Publié le par the idiot

Santa Sangre
(1989)
Alejandro Jodorowsky
Axel Jodorowsky, Blanca Guerra, Thelma Tixou





             A ce jour, Santa Sangre est l'ultime film d'Alejandro Jodorowsky, un réalisateur plus connu aujourd'hui pour son travail en tant que scénariste dans la B.D. que pour ses oeuvres cinématographiques. C'est pourtant par le cinéma que le Chilien s'était d'abord fait connaître avec le succès inattendu de son western mystique, El Topo, sorti en 1970 suivi en 1973 de La Montagne sacrée ; deux films d'une grande force visuelle mais qui démontrent les limites de son talent. Après un passage par la bande dessinée dans les années 1980 avec la série L'Incal, illustrée par Moebius, Santa Sangre marque son retour au cinéma et Jodorowsky signe là sans doute son meilleur film, l'imagerie demeure toujours aussi puissante mais le film se distingue surtout par une grande maîtrise de la narration et de la mise en scène.
             Ce "sang saint" c'est celui d'une jeune fille, mutilée et violée, laissée pour morte par ses agresseurs, baignant dans une mare de sang écarlate. Miraculeusement ce sang a refusé de sécher et Concha, la mère du jeune Fenix a bâti une église à l'endroit même où s'est produit le crime. Concha est aussi membre d'un cirque qui va servir de cadre à la première moitié de Santa Sangre et qui raconte la jeunesse de son fils Fenix, l'enfant-magicien. Il habite dans ce monde peuplé de personnages étranges tels des clowns et autres avaleurs de sabres, sa vie ressemblant à une féerie jusqu'au jour où Concha découvre que son mari, le directeur du crique, la trompe. A cet instant la vie de Fenix bascule. Le film se déroule plusieurs années plus tard, hanté par ce passé trouble Fenix s'échappe d'une asile et se met en quête de vengeance.
             Le film, produit par le frère de Dario Argento, prend parfois des allures de giallo mais ne tombe jamais dans le schéma classique du genre italien. Dans Santa Sangre, la dimension psychanalytique est toujours mise en avant, le film traitant de thèmes comme l'amour maternel et l'inceste, la religiosité et encore le deuil, non seulement celui des personnes mais aussi celui des rêves. L'histoire est peuplée de personnages emblématiques, fruits d'un character design approfondi autour du monde du cirque. La Femme Tatouée, Alma, une funambule sourde et muette, Aladin, un nain qui assiste le jeune Fenix dans ses tours de prestidigitation, The Saint, un catcheur transsexuel et tant d'autres qui traversent le film comme une pantomime.
             L'imagerie puissante ne s'arrête pas à la conception graphique des personnages et, comme il l'avait déjà fait dans ses films précédents, Jodorowsky compose des plans et des scènes d'un symbolisme et d'une poésie surréalistes. La mort de l'éléphant, les hallucinations de Fenix, la destruction de l'église au début du film ou la visite au bordel mexicain sont autant de scènes qui font surgir une beauté inattendue d'actes grotesques. Il y a de nombreux autres exemples mais les décrire serait dévoiler le mystère du film, ce que je préfère vous laisser faire de vous même. Vingt ans après sa sortie, Santa Sangre n'a rien perdu de sa splendeur sordide ni de sa puissance horrifique et voir ce film aujourd'hui me fait espérer que l'arlésienne qu'est King Shot, sensée réunir Jodorowsky et Lynch avec un casting tout aussi fou, se fera enfin dans les années qui viennent.

Publié dans Cinéma

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