Croix de fer

Publié le par the idiot

Cross of Iron
(1977)
Sam Peckinpah
James Coburn, Maximilian Schell





                  Magnifique film de guerre, Croix de fer constitue sans aucun doute l'une des oeuvres les plus bouleversantes du très grand réalisateur américain, Sam Peckinpah. Plus connu pour la violence déployée par son cinéma, il livre ici l'un de ses films les plus intelligents où son expérimentation avec le montage s'aventure vers les horizons les plus lointains. Car ceux qui ne voient dans le réalisateur de La Horde sauvage et de Pat Garrett & Billy the Kid qu'un simple faiseur de westerns passent à côté d'un des talents les plus immenses du septième art. Certes, ses films recèlent souvent une violence inouïe mais celle-ci n'est jamais là par hasard. Autrement dit, il ne s'agit pas de violence gratuite. Au contraire, Peckinpah pose à travers son oeuvre une réflexion approfondie sur la condition humaine en confrontant ses personnages à diverses épreuves reflétant la fragilité de leurs vies, des épreuves violentes donc par nécessité. Sa filmographie est marquée par des récits passionnés d'hommes face à la mort, d'hommes qui ne voient dans leur avenir aucune issue, de récits sombres mais qui nous renvoient toujours à quelque chose de plus intime.
                  Croix de fer est un exemple parfait de l'ingéniosité scénaristique de Peckinpah dont le choix des sujets est souvent remarquable et qui réécrit au jour le jour les scènes à tourner le lendemain d'une plume quasi-indéchiffrable. Cauchemar logistique donc, mais toute la force de son écriture se retrouve dans ses films car c'est déjà là que s'opère sa mise en scène. La force du scénario de Croix de fer réside dans le fait d'éviter les clichés. Le spectateur se trouve immergé dans le camp allemand et, pourtant, nulle part on ne trouve le nazillon de service. Le film se situe d'avantage du côté du drame humain que de la monstruosité idéologique qu'incarna le nazisme. On retrouve une opposition entre différentes factions de l'armée, entre les soldats et les officiers qui représentent deux pôles de la société, du prolétariat à l'aristocratie, mais aucun de ces hommes ne se bat pour une cause. On assiste plutôt à la solidarité de personnages que le destin a réunis face à un danger imminent, pour les voir se transcender au cours d'instants qui définiront leurs vies.
                  Le cinéma de Peckinpah ne repose pas uniquement sur l'excellente écriture du scénario, mais aussi sur une mise en scène à la fois forte et innovante. Une des particularités de sa mise en scène est qu'elle dépend plus que chez beaucoup de réalisateurs du montage, a l'image d'un Welles ou d'un Eisenstein c'est cet élément qui prend une place centrale dans son esthétique. Il est un des cinéastes hollywoodiens les plus avant-gardistes, en effet, chez Peckinpah faux raccord rime avec dissonance plutôt qu'avec fausse note et dans Croix de fer il emploie le montage pour déconstruire les scènes de bataille et y faire miroiter chaque seconde de violence aussi bien que pour générer des flash-backs et des scènes de rêves hallucinantes, notamment dans la partie centrale du film qui se déroule à l'hôpital. On notera aussi le casting qui réunit tout de même James Coburn dans ce qui reste à mon sens son plus beau rôle avec Maximilian Schell, James Mason et David Warner qui livrent, eux aussi, une performance de grande classe.

Publié dans Cinéma

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Bruce Kraft 21/06/2009 14:47

Chef d'oeuvre en puissance !!! J'ai choisi de chroniquer "Les chiens de paille" avec Dustin Hoffman même si "Croix de fer" reste un de mes préférés !!!
J'aime beaucoup ton choix de films qui ne correspond pas forcément au mien mais les films "oubliés" méritent d'être remis sur le devant de la scène !!! Je met ton site en lien sur le mien avec grand plaisir !!!

the idiot 21/06/2009 18:44


Merci. Je fais de même.


coltrane 28/05/2009 17:27

Un backlink c'est simplement mettre un lien de mon blog vers le tien et inversement...

the idiot 29/05/2009 12:06


Comme ça je comprends. Oui, pas de problème. Je rajoute ton blog dans les liens.


coltrane 24/05/2009 16:16

J'aime bien ton approche du cinéma. Peckinpah est de mes réalisateurs préférés. Mon blog est en partie aussi consacré aux films et j'ai choisi le même "habillage" ce qui fait que nos 2 blogs se ressemblent pas mal.
Je te propose un backlink...

the idiot 26/05/2009 10:54


Je viens de faire un tour rapide sur ton blog et c'est vrai qu'il y a des ressemblances. J'ai pas trop le temps en ce moment mais quand j'aurais un instant je m'y pencherai plus sérieusement. Il va
falloir que tu m'expliques ce qu'est un backlink par contre.