Les Harmonies Werckmeister

Publié le par the idiot

Werckmeister Harmoniak
(2000)
Béla Tarr
Lars Rudolph, Peter Fitz

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                  Dans une ville ravagée par la désolation quelque part dans une Hongrie en proie au soulèvement populaire, Janos Valuska entre dans un bar duquel le patron essaie de se débarrasser des derniers intarissables poivrots. L'un d'entre eux convainc le propriétaire d'attendre encore quelques instants pour que le nouveau venu puisse leur présenter son spectacle. Dès ce moment le film bascule dans un monde magique peuplé de personnages presque issus d'un sombre conte de fées. Le spectacle de Janos consiste à mettre en scène le système solaire, mais pour représenter les astres il utilise les personnes qui sont présentes, les faisant tourner les uns autour des autres comme s'il s'agissait d'un jeu pour enfants. Le tout est filmé en un long plan séquence où la caméra se déplace gracieusement avec une liberté naturelle et, alors que la magie de la narration s'installe entre Janos et les ivrognes, elle s'installe aussi entre Tarr et ses spectateurs.
                  Chaque séquence du film est construit sur ce même modèle du plan séquence, Tarr démontrant une grande habileté à faire oublier la caméra et à captiver le spectateur avec des images venues d'ailleurs. Ces plans forment un réseau de scénettes suivant un lent fil dramatique, celui d'une révolte populaire dans une ville dont les habitants se pensaient protégés d'événements qui n'arrivent qu'aux autres, menant Janos, que l'on ne quittera que rarement au cours du film, à travers des moments insolites, dont il est parfois simple spectateur soit comme un espion, témoin invisible d'une action que personne n'aurait du voir. Ce rôle effraie l'homme simple qu'il est, amenant le film sur le terrain d'un récit initiatique, arrachant Janos à sa routine quotidienne pour le confronter au monde réel que celle-ci l'empêchait de voir.
                  Les personnages du film nous renvoient à ceux qui peuplent notre imaginaire, évoquant des personnages de contes, à l'image de cette énorme baleine toute droite sortie du Moby Dick de Herman Melville, à la fois métaphore de la puissance suprême de la création et symbole démesuré de toutes nos peurs. C'est d'ailleurs de ce monstre marin que découle l'action du film, bien malgré elle puisqu'à son arrivée elle est morte depuis longtemps. La tante qui débarque peu après la baleine a quand à elle tout l'air de la méchante sorcière venant bousculer la vie paisible de son mari, sorte de musicologue fou, obsédé par la recherche de l'accord parfait et du travail du théoricien Andreas Werckmeister. Mais raconté, tout ça n'a pas grand sens, Les Harmonies Werckmeister est un film qu'il faut soi-même voir, qu'il faut ressentir par soi-même, puisqu'il s'agit là plus que d'un simple film de cinéma, d'un poème visuel aux résonances profondes et cruelles.

Publié dans Cinéma

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Mélissandre L. 06/09/2009 00:32

The chair she sat in... wasn't had comfy as it should have been in such a situation.
J'aime Eliot à l'avoir avalé jusqu'à en faire rouler les mots sur ma langue les yeux fermés et je trouve en ce soir de découverte de Belà que rien n'est plus juste qu'une terre vaine pour définir ce film vraiment spécial. Ne parlant pas le hongrois et n'ayant pas eu le handicap des sous-titres, je regardais autour de moi, si je n'avais rien raté. Je crois que les images sont assez fortes pour parler ma propre langue. Joli blog néanmoins, je repasserai pêcher des idées de découvertes.

the idiot 06/09/2009 20:20


Merci. En voilà une déjà, pour approfondir avec Bela Tarr, regarde tout simplement Satantango, une des plus belles expériences cinématographiques qui soient. Et ne te laisse pas décourager par sa longueur, chaque seconde vaut le détour.