Cosmopolis
Dans le silence de sa limousine luxueuse dont le design hypermoderne ne fait que renforcer le caractère kitsch, le virtuose et richissime spéculateur Eric Packer traverse un New York secoué par des émeutes qui ne semblent pas empêcher les commerces de tourner, la venue du Président des Etats-Unis et la procession funéraire d’un rappeur suffi décédé le matin même, bravant le danger ambiant et les menaces de mort qui planent sur sa tête dans l’unique et futile but de se rendre chez un coiffeur situé de l’autre côté de la ville alors même que son empire financier s’écroule faute à un mauvais placement et que son garde du corps lui déconseille de poursuivre son périple. Derrière cette trame d’une limpidité extrême, seulement perturbée par de brèves irruptions dans la limo des divers conseillers et proches du protagoniste, Cosmopolis développe des thèmes profondément enracinés dans le mal-être de l’Homme moderne évoluant dans une société gangrénée par un consumérisme insatiable et submergée par la démultiplication des flux d’information. La dépression qui conduit irrémédiablement Packer à adopter un comportement irrationnel provient de sa propre rationalité, son incapacité à réagir instinctivement. Analysant des centaines d’informations à la minute, car c’est là la clef de son succès, Packer est devenu lui-même l’instrument de traitement, c'est-à-dire l’ordinateur au cœur du système, intellectualisant chaque détail à l’abstraction, poussant même le vice jusqu’à théoriser sa propre mort imminente. Devenu amorphe, la seule trace d’humanité qui subsiste chez lui est l’instinct primordial de la procréation, un rite bestial qu’il accomplit avec une passion satyriasique, presque machinale, pour assouvir le simple besoin, quasi fonctionnel, de baiser. Dans cette situation, sa quête d’autodestruction, la nécessité de tout remettre en jeu afin d’espérer une nouvelle chance, n’ont plus grand-chose d’étonnant mais la crise existentielle de Packer demeure pourtant un effondrement distant et peu engageant. Le problème principal du film est que, quand bien même on perçoit les idées centrales du roman de Don Delillo, celles-ci n’émergent jamais qu’au travers d’éléments textuels, notamment dans les dialogues trop littéraires pour passer naturellement à l’écran, ne trouvant nulle-part un écho dans la mise en scène de Cronenberg et ne se traduisant donc jamais sur le plan visuel. Le tout laisse donc l’impression d’une transposition en panne d’inspiration, où la mise en scène plate, à l’image des manifestations stériles, ne parvient à instaurer la moindre ambiance ou sensation viscérale, faisant de Cosmopolis un ratage d’autant plus frustrant qu’il y avait une matière intéressante et que Cronenberg nous a autrefois régalés en portant à l’écran, avec brio, des romans réputés difficiles sans hésiter à les remanier pour mieux les adapter à son médium et à ses thèmes de prédilection.
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Moonrise Kingdom
Twixt
Les Innocents
Après un mois de février généreux, un mois de mars calamiteux, que nous
réserve donc cet avril 2012 d’autre que d’interminables débats dépolitisés et stériles, des poissons et du chocolat ? Ben pas grand-chose à vrai dire. L’euphorie cannoise approchant avec ses
grands sabots – écoutez bien et vous entendrez partout atour de vous des centaines de potiches s’entrainer à fouler d’un pas gracieux le tapis rouge tout en affichant leur plus beau et effrayant
sourire – et chacun voulant sa part du gâteau, de la palme, des cocotiers et des spotlights, les distributeurs se montrent, comme d’habitude à cette époque de l’année, réticents à lancer
leurs films les plus attendus. Il nous faudra donc attendre encore quelques mois pour découvrir les nouveaux films d’Andrew Dominik (Killing Them Softly), John Hillcoat (The Wettest
Country), Paul Thomas Anderson (The Master) et peut-être même Terrence Malick qui, pour une fois, a une flopée de projets en cours.
En DVD, du côté de chez Carlotta seront édités deux films de Rainer Werner Fassbinder,
Whity et Lili Marleen, un événement en soi, mais ce mois ci c’est surtout Wildside qui nous gâte avec (enfin) la sortie du Husbands de John Cassavetes – grand absent du
coffret édité chez TF1 il y a quelques années – pour lequel le cinéaste est réuni à l’image avec ses acteurs fétiches Peter Falk et Ben Gazzara, tous deux nous ayant quitté ces derniers mois pour
le rejoindre. C’est l’occasion de leur rendre un dernier hommage. Espérons que le travail éditorial sera à la hauteur de l’œuvre et qu’un jour la maison d’édition au chat qui miaule aura la bonne
idée de nous permettre de désactiver les sous-titres qui agrémentent leurs galettes. Si tout ça ne vous suffit pas,