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Dimanche 3 juin 7 03 /06 /Juin 15:57
Cosmopolis
Cosmopolis
Réalisé par David Cronenberg
(2012)

Dans le silence de sa limousine luxueuse dont le design hypermoderne ne fait que renforcer le caractère kitsch, le virtuose et richissime spéculateur Eric Packer traverse un New York secoué par des émeutes qui ne semblent pas empêcher les commerces de tourner, la venue du Président des Etats-Unis et la procession funéraire d’un rappeur suffi décédé le matin même, bravant le danger ambiant et les menaces de mort qui planent sur sa tête dans l’unique et futile but de se rendre chez un coiffeur situé de l’autre côté de la ville alors même que son empire financier s’écroule faute à un mauvais placement et que son garde du corps lui déconseille de poursuivre son périple. Derrière cette trame d’une limpidité extrême, seulement perturbée par de brèves irruptions dans la limo des divers conseillers et proches du protagoniste, Cosmopolis développe des thèmes profondément enracinés dans le mal-être de l’Homme moderne évoluant dans une société gangrénée par un consumérisme insatiable et submergée par la démultiplication des flux d’information. La dépression qui conduit irrémédiablement Packer à adopter un comportement irrationnel provient de sa propre rationalité, son incapacité à réagir instinctivement. Analysant des centaines d’informations à la minute, car c’est là la clef de son succès, Packer est devenu lui-même l’instrument de traitement, c'est-à-dire l’ordinateur au cœur du système, intellectualisant chaque détail à l’abstraction, poussant même le vice jusqu’à théoriser sa propre mort imminente. Devenu amorphe, la seule trace d’humanité qui subsiste chez lui est l’instinct primordial de la procréation, un rite bestial qu’il accomplit avec une passion satyriasique, presque machinale, pour assouvir le simple besoin, quasi fonctionnel, de baiser. Dans cette situation, sa quête d’autodestruction, la nécessité de tout remettre en jeu afin d’espérer une nouvelle chance, n’ont plus grand-chose d’étonnant mais la crise existentielle de Packer demeure pourtant un effondrement distant et peu engageant. Le problème principal du film est que, quand bien même on perçoit les idées centrales du roman de Don Delillo, celles-ci n’émergent jamais qu’au travers d’éléments textuels, notamment dans les dialogues trop littéraires pour passer naturellement à l’écran, ne trouvant nulle-part un écho dans la mise en scène de Cronenberg et ne se traduisant donc jamais sur le plan visuel. Le tout laisse donc l’impression d’une transposition en panne d’inspiration, où la mise en scène plate, à l’image des manifestations stériles, ne parvient à instaurer la moindre ambiance ou sensation viscérale, faisant de Cosmopolis un ratage d’autant plus frustrant qu’il y avait une matière intéressante et que Cronenberg nous a autrefois régalés en portant à l’écran, avec brio, des romans réputés difficiles sans hésiter à les remanier pour mieux les adapter à son médium et à ses thèmes de prédilection.

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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Jeudi 31 mai 4 31 /05 /Mai 12:30
Moonrise Kingdom
Moonrise Kingdom
Réalisé par Wes Anderson
(2012)

On commençait à se lasser depuis quelques temps déjà de Wes Anderson et de sa fâcheuse tendance à resservir toujours la même histoire à la même sauce. On en était même arrivé à se demander s’il aurait la capacité de se sortir de la torpeur qui avait plombé A bord du Darjeeling Limited. Autant donc vous dire que, dans ces parages, Moonrise Kingdom était fortement attendu au tournant. Contre toutes mes attentes, avec cette histoire d’enfants fugueurs, Anderson réussit le pari, si ce n’est à complètement se réinventer (ce que personne ne souhaitait de toutes façons), du moins à porter un regard neuf et rafraichissant sur les thèmes et motifs qui l’obsèdent depuis ses premières réalisations et que le spectateur prendra enfin du plaisir à retrouver. En plongeant entièrement pour la première fois dans le monde de l’enfance, un univers qui semblait habiter ses films précédents sans jamais qu’ils n’y soient réellement consacrés, Anderson trouve enfin un terrain où laisser libre-cours à son imaginaire débridé et sa loufoquerie désuète, mettant en scène un récit d’aventure teinté de mélodrame qu’il parvient à investir d’une dimension mythique au travers de l’évocation d’images ayant sans doute marqué sa propre jeunesse comme celle de sa génération, des images qui vont du délicieux personnage campé par Tilda Swinton, tout droit sorti d’un film Disney, aux références nombreuses et évidentes à Peter Pan et à la littérature enfantine de manière générale, tout en passant par d’autres d’une nature plus traumatique et ancrées dans l’inconscient collectif, entre autres par le biais du cinéma, notamment lorsque la compagnie de scouts semble se métamorphoser en un escadron de GI’s plongé dans l’enfer du Vietnam d’un Kubrick ou d’un Coppola. Poursuivant et affinant son travail de mise en scène et de narration, qui se trouvent ici plus stylisées que jamais (un parti-pris qu’on encourage fortement), Anderson brasse comme à son habitude une multitude de thèmes plus ou moins graves sur un ton léger qui se montre souvent désemparant tout en retrouvant cette fraîcheur qui nous avait emballé dans Rushmore ou La Famille Tenenbaum et que l’on avait eu la triste sensation de voir se dissiper par la suite. Anderson signe donc avec Moonrise Kingdom son meilleur film depuis des lustres et ça fait plaisir. Seul bémol ; encore une fois la copie numérique, franchement dégueulasse, est loin d’être à la hauteur du film, saturant bon nombre de plans de bruit et gâchant quelque peu le plaisir visuel au spectateur. Au risque de me répéter, quel est l’intérêt, hormis les économies sur les frais de distribution et de diffusion qui semblent se répercuter à l’inverse sur le prix des billets, de projeter un tel film en numérique ? C’est sans doute plus pratique, mais en termes de qualité d’image il n’y a pas photo (et ce n’était pas du tout pour le bête plaisir du calembour que je me permets cette remarque). Ce n’est pas possible qu’il n’y ait que moi que ça énerve.

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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Jeudi 19 avril 4 19 /04 /Avr 18:00
Twixt
Twixt
Réalisé par Francis Ford Coppola
(2011)

Si vous ne devez aller voir qu’un seul film ce mois-ci, et encore ça m’étonnerait qu’il tienne à l’affiche plus de deux semaines alors ne tardez pas trop, faites en sorte que ce soit Twixt ; l’un des films de genre les plus réussis de ces dernières années. Ça ne vous dit rien ? Ce n’est pas étonnant au vu de l’absence douteuse d’affiches sur les arrêts de bus et autres panneaux publicitaires qui abandonnent autour de nous. Absence de promo tout court, d’ailleurs. Il y eut pourtant une époque où l’on n’avait pas besoin d’encourager les gens à courir voir un film de Francis Ford Coppola, dont la considérable réputation s’était construite sur les succès critiques et publics d’Apocalypse Now ou du Parrain et la qualité d’œuvres cultes comme Conversation secrète et Rusty James, mais que voulez-vous, les temps changent comme disait l’autre et il faut croire que l’on traverse aujourd’hui une époque bien étrange. Après son magnifique Tetro, Coppola revient donc au cinéma fantastique avec cet ovni qui se déroule, comme l’indique son titre*, dans un entre-deux. Ici le réel et le rêve, l’humour et la mélancolie, la vie et la mort, et surtout le début et la fin. Pas franchement horrifique, mais empreint d’une folle capacité à nous émerveiller digne des meilleurs moments du cinéma muet, il ne faut pas ici chercher l’originalité du côté d’un scénario qui s’amuse, et nous fait rire, avec les clichés du genre mais dans le traitement du sujet. D’un point de vue narratif, le ton est posé en à peine cinq plans à l’économie et la précision redoutables accompagnés de la voix éraillée et inquiétante de Tom Waits (un habitué du cinéma de Coppola : Rusty James, Dracula, Coup de cœur et j’en passe) qui, par une narration en voix-off s’inscrivant dans la veine des meilleurs textes lus qui émaillent sa discographie, absorbe entièrement le spectateur dans un récit qui ne le lâchera qu’au terme d’un génial final en forme de bras d’honneur. Mais c’est surtout grâce au traitement visuel que le film se démarque et emballe, l’espace cinématographique devenant, comme souvent chez Coppola, le théâtre d’un vibrant hommage rendu tant au cinéma (après le duo Powell/Pressburger, c’est cette fois au tour de Carpenter) qu’à la littérature (Edgar Alan Poe, l’influence majeure, mais aussi ces écrivaillons qui produisent ce qu’il est convenu d’appeler la mauvaise littérature). Coppola, dont il faut rappeler qu’il était déjà dans les années 1980 un pionnier du cinéma numérique avec son monteur attitré Walter Murch, se sert ici à merveille de la nature de son image pour inventer une esthétique inédite, à la fois factice et très personnelle, nous rappelant au passage qu’il est de loin l’un des cinéastes les plus visionnaires, doués et inspirés de sa génération. Si Twixt ne rencontre pas son public, ce sera tout simplement un immense gâchis. Et je vais m'énerver. Encore. Un dernier et très bref mot sur Val Kilmer pour souligner que le pauvre ne ressemble plus à grand-chose mais qu’il nous offre une merveilleuse imitation de Vincent Price.

*Un titre qui aurait sans doute bénéficié d’un remaniement pour l’exploitation dans l’hexagone ; twixt, abréviation du vieil anglais betwixt, équivalent de between, donc "entre", ce qui demeure assez incompréhensible pour le francophone n’ayant pas fait au moins une licence d’anglais. Ajoutez cette vulgaire bourde de marketing à la promotion de L’Homme sans âge qui cherchait à nous faire croire qu’on allait assister à un thriller haletant avec, en tête d’affiche, ce kéké de Matt Damon et je vais commencer à croire que quelqu’un en veut au bon père Francis…

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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Mercredi 4 avril 3 04 /04 /Avr 12:53
Les Innocents
The Innocents
Réalisé par Jack Clayton
(1961)

Avant que de frêles mains ne se découpent avec un violent contraste des ténèbres pour implorer un salut inespéré, c’est un simple écran noir sublimé par un chant d’outre-tombe qui ouvre ce chef d’œuvre du cinéma d’épouvante. L’image et la voix évoquent une fragilité tant mentale que physique et nous situent, d’emblée, dans l’esprit de cette jeune femme partagée entre ses certitudes et le doute. Dès cette scène d’introduction puissante et singulière, le film de Jack Clayton, adapté du court roman d’Henry James Le Tour d’écrou, nous plonge dans l’univers macabre d’une histoire de fantômes qui oscillera sur un rythme lancinant entre horreur gothique et psychologique, questionnant scène après scène la nature du fantastique dont il fait tour à tour une réalité angoissante ou une manifestation subjective de la folie hypothétique de son personnage principal. Dès l’arrivé à Bly de Melle Giddens, où celle-ci vient d’obtenir une place de gouvernante chargée de s’occuper des jeunes Flora et Miles auprès de leur oncle et tuteur qui ne veut aucunement en entendre parler – occupé qu’il est par une vie mondaine à Londres et dans les autres capitales du monde – l’on est tenté de penser au Manderlay de Rebecca et, tout comme l’avait fait en son temps Hitchcock, Clayton va par la suite nous décrire un lieu hanté par les souvenirs d’un passé violent, un passé qui se matérialise à l’écran au travers d’éléments empruntés au cinéma fantastique. Mais, dans les premiers temps, ce nouveau cadre de vie – le manoir et son jardin luxuriant – tout comme les enfants modèles dont elle a la charge paraîtront idylliques à la jeune gouvernante qui, sous leur charme, baissera peu à peu sa garde. Alors que les fleurs qui décorent le manoir se fanent, subtile image de la déchéance, ce jardin d’Eden se révèlera être le théâtre des pêchés de deux anciens domestiques et les enfants sembleront à leur tour perdre leur innocence, dévoilant une nature plus sombre placée sous une influence malfaisante, présente ou appartenant au passé. Le mal qui contamine ces lieux et qui se manifeste au travers de deux silhouettes vêtues de noir provient-il des enfants, de Melle Giddens, ou encore d’une force extérieure ? Voici simplement l’une des interrogations auxquelles le film laissera au spectateur le soin de se confronter, ne lui livrant que des éléments de réponse ambigus. Bercé de jour par une lumière douce, le film devient effrayant dès la nuit tombée, Clayton orchestrant à des instants choisis de véritables crescendos dans l’horreur lors de scènes bâties selon une esthétique du cauchemar. Mais l’onirisme se situe toujours ici à la lisière du réel, nous laissant dans l’impossibilité de déterminer à quel champ appartiennent les événements. Les Innocents, devenu la matrice de bon nombre de films de La Maison du diable de Robert Wise à, plus récemment, Les Autres d’Alejandro Amenabar et toute une veine du cinéma espagnol, dépasse de loin tout ce qui a été fait dans le genre et parvient, plus d’un demi siècle après sa sortie, à glacer le sang et à fasciner par la simple force d’une mise en scène qui suggère beaucoup plus qu’elle ne montre.

En guise de bonus, voici la fameuse scène d’introduction du film ainsi que trois autres séquences où des chants donnent au cinéma de purs instants de grâce. Si vous pensez à d’autres moments de cinéma dans la même veine, vous êtes priés de partager.

Oh, Willow Waly – Les Innocents de Jack Clayton (1961)

Mommy Dear – The Naked Kiss de Samuel Fuller (1964)

Leaning on the Everlasting Arms – La Nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)

Sanctus – If.... de Lindsay Anderson (1968)

Par Marc - Publié dans : Exhumations - Communauté : Webzine cinéma
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Samedi 31 mars 6 31 /03 /Mars 16:18

Suggestions pour s'extirper de la morosité ambiante

Après un mois de février généreux, un mois de mars calamiteux, que nous réserve donc cet avril 2012 d’autre que d’interminables débats dépolitisés et stériles, des poissons et du chocolat ? Ben pas grand-chose à vrai dire. L’euphorie cannoise approchant avec ses grands sabots – écoutez bien et vous entendrez partout atour de vous des centaines de potiches s’entrainer à fouler d’un pas gracieux le tapis rouge tout en affichant leur plus beau et effrayant sourire – et chacun voulant sa part du gâteau, de la palme, des cocotiers et des spotlights, les distributeurs se montrent, comme d’habitude à cette époque de l’année, réticents à lancer leurs films les plus attendus. Il nous faudra donc attendre encore quelques mois pour découvrir les nouveaux films d’Andrew Dominik (Killing Them Softly), John Hillcoat (The Wettest Country), Paul Thomas Anderson (The Master) et peut-être même Terrence Malick qui, pour une fois, a une flopée de projets en cours.

Heureusement, pour patienter, deux films importants débarquent dans nos salles obscures, d’abord le 11 avec Twixt (non, pas de jeu de mots), le nouveau film de Francis Ford Coppola, boudé ces derniers temps par le public et la critique mais qui, à mon avis, a signé avec L’Homme sans âge et Tetro deux des meilleurs films de sa carrière (derrière Conversation secrète et Rusty James), et ensuite le 25 avec Tyrannosaur, le premier et très coté long-métrage réalisé par l’acteur britannique Paddy Considine. Twixt a dans tous les cas l’air bien barré, voyant Coppola renouer avec le cinéma d’horreur, genre dans lequel il avait fait ses armes sous la direction de Roger Corman au début des années 1960. Quand à Tyrannosaur, disons simplement qu’on est plus proche de Ken Loach que de Jurassic Park. Notons aussi la ressortie en salles de Colonel Blimp, distribué par Carlotta qui poursuit donc son travail sur l’œuvre des cinéastes Michael Powell et Emeric Pressburger (Les Chaussons rouges et Le Narcisse noir). Puis, arrêtons nous aussi un instant sur Le Temps dure longtemps dont le titre à lui seul réussit à nous couper toute envie de découvrir le film. On se demande parfois ce qui se passe dans la tête des costar-cravate chargés d’assurer le succès en salles des films distribués par les boites pour lesquelles ils travaillent auxquelles ils ont vendu leurs âmes.

En DVD, du côté de chez Carlotta seront édités deux films de Rainer Werner Fassbinder, Whity et Lili Marleen, un événement en soi, mais ce mois ci c’est surtout Wildside qui nous gâte avec (enfin) la sortie du Husbands de John Cassavetes – grand absent du coffret édité chez TF1 il y a quelques années – pour lequel le cinéaste est réuni à l’image avec ses acteurs fétiches Peter Falk et Ben Gazzara, tous deux nous ayant quitté ces derniers mois pour le rejoindre. C’est l’occasion de leur rendre un dernier hommage. Espérons que le travail éditorial sera à la hauteur de l’œuvre et qu’un jour la maison d’édition au chat qui miaule aura la bonne idée de nous permettre de désactiver les sous-titres qui agrémentent leurs galettes. Si tout ça ne vous suffit pas, voici qui devrait ravir ceux qui ont compris quelque chose au cinéma de ces dernières années. Je sais, c’est le genre de remarque qui m’attire des ennuis. Je ne peux tout simplement pas m’en empêcher.


Husbands, un film de John Cassavetes disponible en DVD aux éditions Wildside

Lilli Marleen, un film de Rainer Werner Fassbinder disponible en DVD aux éditions Carlotta Films

Whity, un film de Rainer Werner Fassbinder disponible en DVD aux éditions Carlotta Films

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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