Quantcast

Mardi 31 janvier 2 31 /01 /Jan 18:35
Guet-apens
The Getaway
Réalisé par Sam Peckinpah
(1972)

Adapté du roman éponyme signé Jim Thompson (scénariste des débuts chez Stanley Kubrick et dont l'œuvre romanesque inspira au cinéma des films tels que Les Arnaqueurs de Stephen Frears, Coup de Torchon de Bertrand Tavernier ou, plus récemment, The Killer Inside Me de Michael Winterbottom), Guet-apens est l'occasion de retrouver un réalisateur cher à tous les amateurs d'un cinéma de genre d'une virilité sans fioritures mais qui reste néanmoins d’une grande sensibilité s’essayer au film criminel ou, plus exactement ici, au caper movie. Ce ne sont pourtant pas tant les scènes de violence, ces incontournables poursuites en bagnoles et autres fusillades sanglantes, qui marquent le spectateur (même s’il est vrai que Peckinpah, comme il le démontre de nouveau au cours des scènes d'action, en est l’un des plus virtuoses metteurs en scène) que la tension particulière qui se construit entre le couple McCoy que forment les deux personnages principaux de l’intrigue (Steve McQueen et Ali MacGraw, tous deux au sommet de leur art). Aidé par sa femme à sortir de prison, Doc McCoy verra, tout au long du récit, sa sécurité masculine remise en question comme rarement l’a été celle d’un héros de cinéma. C’est cet enjeu, plus que la survie des personnages, qui servira de moteur au film, Peckinpah filmant le casse, puis la fuite des deux tourtereaux, davantage comme une dispute amoureuse que comme un simple film d’action. Le suspense nous tient en halène jusqu’à la sanglante apothéose finale mais la violence fulgurante ne sert au final qu’à souligner les éloignements et rapprochements successifs du couple. Un film à voir et revoir si ce n’est que pour la présence magnétique de McQueen et la mise en scène tranchante de Peckinpah dont l’influence se fait encore sentir dans ce que le cinéma de genre contemporain nous offre de meilleur, notamment chez cet autre grand cinéaste de la violence qu’est Nicolas Winding Refn.


Guet-apens, un film de Sam Peckinpah disponible en DVD aux éditions Warner Bros

Par Marc - Publié dans : Exhumations - Communauté : Webzine cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 janvier 7 29 /01 /Jan 15:31
Megavixens
Up!
Réalisé par Russ Meyer
(1976)

Dans sa recherche systématique d’une exubérance visuelle (pour ne pas dire plastique), musicale (orale ?) et scénaristique (si je puis employer ici le terme), Russ Meyer nous offre avec Megavixens un spectacle jubilatoire qui oscille chaotiquement entre un érotisme kitsch et un scénario aux situations aussi irrévérencieuses que les corps des actrices sont rebondis. Narré par une voluptueuse et trop souriante rouquine qui se promène dans le plus simple appareil du début à la fin du film tout en nous contant son histoire dans des envolées lyriques pastichant allégrement Shakespeare, Megavixens se pose d’emblée sur le ton de la parodie la plus décalée et du divertissement pur. Plaquant ce faux ton de tragédie sur fond d’une rocambolesque histoire de meurtre, celle d’un dénommé Adolph qui se donne avec excès aux plaisirs du sadomasochisme (tiens donc) dans son nid de vautours, Meyer mène son récit à grande vitesse vers un terme délicieusement débridé, ne ralentissant le rythme que pour nous laisser le temps d’admirer les formes débordantes et parfois grotesques de ses héroïnes que sont Sweet Lil’Alice, Margo Winchester, et leurs nombreuses camarades de jeu (hommes et femmes, il y en a pour tous les goûts). Alors, ce n’est pas franchement intelligent, je vous le concède. Il ne faudra pas venir chercher dans Up! des réminiscences de La Vallée des plaisirs et de la critique acerbe que ce réalisateur inimitable y dressait contre le monde du showbiz, mais Meyer se souvient toujours de livrer avec ses mises en scène lubriques, et toujours inventives, un esprit anarchiste et un humour désopilant qui, tout en lui mettant plein les yeux, laisse souvent le spectateur dans un état plus proche de l’hilarité que d’une libidineuse et turgescente excitation sexuelle.


Megavixens, un film de Russ Meyer disponible en DVD aux éditions Films sans frontières

Par Marc - Publié dans : Exhumations - Communauté : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 25 janvier 3 25 /01 /Jan 11:09
Häxan : La Sorcellerie à travers les âges
Häxan
Réalisé par Benjamin Christensen
(1922)

Se rapprochant davantage de l’essai cinématographique que du documentaire pur-jus ou de la simple reconstitution historique, Benjamin Christensen signe avec Häxan : La Sorcellerie à travers les âges un film d’horreur non sans humour et, aux côtés du Sherlock Junior de Buster Keaton, l’une des œuvres les plus réflexives de l'ère du cinéma muet. Alternant entre scénettes fictives et ressources documentaires – gravures et instruments de torture qu’il prend toujours le soin de transformer en réelles images cinématographiques par des effets de sur-cadrage et de montage – Christensen explore l’histoire de la sorcellerie au Moyen Âge, prenant un malin plaisir à décrier la naïveté d’une population superstitieuse et dressant une virulente critique contre l’instrumentalisation de la bêtise populaire par le pouvoir clérical. Si certaines scènes rappellent le cinéma expressionniste dont Häxan est le contemporain, notamment les reconstitutions de sabbat et autres messes noires dont on retrouvera l’influence dans le Faust que tournera Murnau seulement quelques années plus tard, la qualité primordiale du film vient de sa faculté à mélanger les genres (documentaire et fiction) et les tons (d’un registre solennel à l’humour le plus noir) pour parvenir à une conclusion dressant un parallèle, par un superbe fondu-enchaîné final, entre la façon dont on traite ce qui nous paraît anormal, d’hier à aujourd’hui. La farce se transforme alors en une ironique satire politique à charge contre une société qui, pour régler ses problèmes internes, n’a réussi à trouver meilleure solution que de les enfermer dans des chambres d’asile ou des cellules de prison pour regarder plus confortablement dans l’autre direction. A noter que le DVD inclut une version du film narrée par l’écrivain américain William S. Burroughs (Le Festin nu) que je n’ai pas encore eu le temps de visionner mais qui doit valoir le détour.


Häxan : La Sorcellerie à travers les âges, un film de Benjamin Christensen disponible en DVD aux éditions Potemkine

Par Marc - Publié dans : Exhumations - Communauté : Webzine cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 23 janvier 1 23 /01 /Jan 01:40
L'Enigme du Chicago Express
The Narrow Margin
Réalisé par Richard Fleischer
(1952)

Modèle du film noir américain, L’Enigme du Chicago Express est la preuve par l’image de la possible cohabitation entre divertissement et qualité dans le cinéma de genre. Richard Fleischer (dont la filmographie hétéroclite inclut des œuvres aussi variées que L’Etrangleur de Boston, Soleil vert ou Conan le destructeur) privilégie tout au long de son film le récit avec une narration qui file à grande vitesse sur des rails comme la locomotive dans laquelle se déroule la majeure partie de son intrigue. Jamais embarrassé par les contraintes de son décor exigu, le réalisateur met au contraire à profit chacune des possibilités que celui-ci lui offre, ne retombant jamais dans les travers de l’exploitation répétée d’un même schéma pour surprendre continuellement son spectateur avec de nouvelles trouvailles de mise en scène et scénaristiques. Ce train d’ailleurs deviendra l’image du piège dans lequel s’enlise le détective Brown, chargé d’accompagner la veuve d’un truand jusqu’au tribunal où elle doit témoigner contre les associés de feu son mari. Une fois enclenchés les rouages de la machinerie, la marche-arrière devient impossible et, jusqu’au rebondissement final qui remet en question les apparences, notre détective se voit dans l’obligation de prouver son honnêteté parmi un ensemble de personnages toujours plus énigmatiques. Porté avec brio par un casting de character actors qui, à l’image de Charles McGraw (que l’on retrouvera avec plaisir dans Armored Car Robbery du même Fleischer comme dans La Brigade du suicide d’Anthony Mann), faisaient autrefois l’une des forces du cinéma de genre hollywoodien, le film nous plonge dans une incertitude proche de la paranoïa, la mise en scène de Fleischer s’attachant toujours à nous raconter cette histoire labyrinthique par la force concise et percutante des images tout en en soulignant systématique la nature ambiguë.


L'Enigme du Chicago Express, un film de Richard Fleischer disponible en DVD aux éditions Montparnasse

Aussi disponible aux éditions Montparnasse, le coffret Richard Fleischer incluant L'Enigme du Chicago Express, Armored Car Robbery et Child of Divorce

Par Marc - Publié dans : Exhumations - Communauté : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 21 janvier 6 21 /01 /Jan 14:13

Mieux vaut tard que jamais. Et puis, je ne suis pas si en retard que ça au final. Trois semaines pour être précis. Heureusement qu’on ne me paie pas pour entretenir ce blog, et quand bien même on me paierait j’aurais des excuses ; il me restait encore quelques films à voir pour être aussi complet que possible (que vouez-vous, c’est ça le professionnalisme). Bon, ce n'est qu'une excuse, mais au moins elle est bonne, vous en conviendrez. Bien qu’il me soit arrivé de rater certaines sorties cette année (notamment L’Apollonide (Souvenirs de la maison close) de Bertrand Bonello et Another Earth de Mike Cahill dont tout le monde dit le plus grand bien) sur lesquels je me rattraperai tôt ou tard, la liste qui suit est aussi complète que possible et reflète à mon sens la grande richesse cinématographique de 2011. Il nous aura certes manqué quelques films de genre bien décérébrés comme on les aime (Hobo with a Shotgun de Jason Eisener, sorti directement en DVD, faisant rare figure d’exception), l’ensemble reste de haut niveau. Avant de vous dévoiler la liste tant attendue (du moins vous qui irez au bout de ce paragraphe) et d’enterrer une fois pour toutes 2011, il me reste à évoquer rapidement Balada Triste de Alex de la Iglesia et La Piel que habito de Pedro Almodovar qui n’y figurent pas. Voilà, c’est fait. Pour finir, si l’absence de Black Swan, Shame, The Artist ou A Dangerous Method vous surprennent, je me contenterai de vous signaler que je les ai soit vus et peu appréciés, soit que je n’ai pas besoin de les voir pour ne pas les aimer (et là mon côté désagréable refait surface au nez et à la barbe de tous). Merci et bonne dégustation.

1. Le Cheval de Turin
A Turinoi Lo
Réalisé par Bela Tarr
(2011)

Ultime pièce dans l'œuvre cinématographique de Tarr, ce film est d'une âpreté sans concessions. Un très grand moment de cinéma dont la conclusion bouleversante nous plonge à jamais dans les ténèbres.







2. The Tree of Life
The Tree of Life
Réalisé par Terrence Malick
(2011)

Sans être son plus réussi, c'est le film le plus ambitieux et démesuré de Malick à ce jour. Entre pur émerveillement et réflexion profonde le cinéaste américain parvient à composer son œuvre la plus symphonique à ce jour.







3. Drive
Drive
Réalisé par Nicolas Winding Refn
(2011)

Refn taille sa route et confirme qu'il est le réalisateur à suivre. Sa filmographie paraît de plus en plus cohérente au fil des ans et il s'impose en digne successeur de Peckinpah comme grand cinéaste de la violence.







4. La dernière piste
Meek's Cutoff
Réalisé par Kelly Reichardt
(2010)

Après le très beau Wendy and Lucy, Reichardt signe un film très aride. Un western quasi mystique qui voit le rêve américain méthodiquement piétiné d'un bout à l'autre du désert.







5. Hors Satan
Hors Satan
Réalisé par Bruno Dumont
(2011)

Âpreté et aridité ayant déjà été employés au sujet de films précédents, il me reste peu de mots pour décrire le film de Dumont, mais vous l'aurez compris, il ne faut pas y chercher de l'action. Hors Satan est pourtant un film étrangement envoûtant dans lequel on a envie de se plonger.




6. Bruegel, le moulin et la croix
The Mill and the Cross
Réalisé par Lech Majewski
(2011)

Majewski fait ici un emploi novateur de l'image numérique, créant une image dense et composite aux possibilités multiples de lecture. Il démontre aussi un sens rare pour l'espace et trouve un équilibre salvateur entre humour et érudition.






7. Melancholia
Melancholia
Réalisé par Lars von Trier
(2011)

Lars von Trier met en scène la dépression au travers de l'image de la fin imminente du monde. Ce n'est que chez lui que ce genre d'histoire peut sonner comme un happy end.






8. La Grotte des rêves perdus
Cave of Forgotten Dreams
Réalisé par Werner Herzog
(2010)

En filmant les peintures qui adornent les parois de la grotte de Chauvet, Herzog nous offre une réflexion émouvante sur les civilisation et les cultures perdues. Il nous reste des signes, sans la faculté de les comprendre.





9. Blackthorn
Blackthorn
Réalisé par Mateo Gil
(2011)

Un grand western moderne dans la lignée de The Proposition de John Hillcoat. Les scènes tournées dans les salt-flats sont particulièrement mémorables.







10. Road to Nowhere
Road to Nowhere
Réalisé par Monte Hellman
(2010)

Vingt ans qu'il n'avait pas sorti de film au cinéma, je ne pouvais que souligner le retour du réalisateur de Macadam à deux voies et de Cockfighter.

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Rechercher

Bifurcations

Liens et partenaires

Lectures en cours :

Une mort dans la famille
de James Agee

Les albums qui tournent en boucle :

Safe As Milk

Safe As Milk
Captain Beefheart and His Magic Band

Electric Warrior

Electric Warrior
T. Rex

Fleetwood Mac

Fleetwood Mac
Fleetwood Mac

Articles récents

Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia
Sam Peckinpah

le grand partout

Le grand partout
William T. Vollmann
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés