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Samedi 6 octobre 6 06 /10 /Oct 22:02

Comment ça plus de deux mois sans le moindre article? Avouez, vous pensiez que mes détracteurs avaient enfin réussi à me faire entendre raison! Je vous rassure, il n'en est rien. On ne me fera pas taire si facilement. Vous me direz qu'ils ne sont pas si nombreux mais il m'en reste tout de même davantage que de lecteurs assidus. Ces derniers mois je les ai passés à vous concocter du neuf. Je sentais le besoin de repartir à zéro pour profiter de ce que j'avais appris en alimentant The Waste Land ces trois années passées. L'envie de bricoler m'a pris aussi. J'ai donc décidé de construire un site plus malléable, un espace qui me ressemble autant que possible et que j'ai nommé Cinésthésies. Je vous invite à le découvrir dès maintenant en espérant vous y retrouver au fil des découvertes cinématographiques, littéraires et musicales pour vous offrir des articles que j'efforcerai de rendre toujours plus intéressants et intelligibles. A très bientôt.

www.cinesthesies.fr

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front
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Mercredi 25 juillet 3 25 /07 /Juil 12:18
The Dark Knight Rises
The Dark Knight Rises
Réalisé par Christopher Nolan
(2012)

Christopher Nolan a pris l’habitude ces derniers temps de nous servir de la soupe. Pas une soupe fine, ni une soupe consistante. Tout simplement de la soupe. On aurait cru qu’avec l’expérience il se serait amélioré, qu’il serait passé du niveau potage en boîte Knorr à celui du velouté fait maison. Or il n’en est rien et sa nouvelle concoction repose sur exactement la même mécanique que ses efforts précédents, souffrant donc des mêmes limitations et d’un sentiment pénible de déjà vu. Faisant preuve de bonne volonté, on plonge tout de même sa cuillère dans le liquide onctueux, presque trop lisse, et on goûte. Evidemment c’est fade, ennuyeux comme de la salade verte. Le cuisinier a encore négligé la première leçon de sa profession ; choisir des ingrédients de qualité. Privées d’assaisonnement, le peu de saveurs qui tournoient sous notre palet tombent cruellement à plat ; on distingue trop facilement les différents éléments qui composent ce mélange barbare. Mais c’était à prévoir ; il ne fallait pas laisser les assiettes dernier-cri ni les sets de table décalés nous tromper. Même si les convives autour de la table semblent apprécier cette mise en scène, il est clair que nous sommes tous présents pour bouffer du cérémonieux jusqu’au bout de la nuit, que la nausée qui s’empare peu à peu de nous devra être maîtrisée un long moment encore. Car ces légumes avaient quelque chose de rance qui se révèle par un arrière-goût amer et bien connu. La puanteur du conservatisme pointe son nez. On voudrait croire que la recette souffre bêtement d’une composition malheureuse, que le mélange de navet et de caviar ne suffit pas à rendre plus sophistiqué un plaisir rustique, mais il devient indéniable, alors que les regards embarrassés se croisent, que les ingrédients étaient pourris. On hésite à s’excuser de table, à profiter de l’occasion pour échapper une bonne fois à cet enfer, mais voilà que notre hôte se prépare à offrir un deuxième service. Il serait malvenu de partir maintenant, alors on reste, et à notre grand étonnement tout le monde semble prêt à en reprendre, à en ravaler. Ont-ils déjà oublié les désagréments d’il y a quelques minutes ? N’ont-ils pas conscience de ce qu’ils nous obligent tous à endurer ? Dégoûté, je tends mon assiette, car je ne voudrais pas que l’on me taxe encore une fois de snobisme, et je regarde le liquide réchauffé et vénéneux la remplir inexorablement. Encore une fois, je me dis « plus jamais », mais je sais bien que je n’aurais pas le choix et que, bien que cette vieille maison agonisante qu’est Hollywood n’a pour l’instant rien de mieux à m’offrir, contre le bon sens je garderai espoir de la voir retrouver sa gloire d’antan.

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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Lundi 16 juillet 1 16 /07 /Juil 12:24
Faust
Faust
Réalisé par Alexandre Sokourov
(2011)

Tout dans ce Faust imaginé par Sokourov semble orienter le regard du spectateur vers les éléments naturels ; l’air, l’eau, la terre, qui surgissent l’un après l’autre à l’écran au travers de scènes d’une beauté fulgurante, rendues à la fois familières par leurs références picturales et étonnantes du fait de la matière novatrice de l’image elle-même. Seul grand absent ; le feu, et donc les flammes de l’enfer auquel ce personnage emblématique voue son âme et que, paradoxalement, l’on ne verra pas. Du Méphistophélès immortalisé par le film de Murnau, nous n’apercevrons guère plus ; Mauritius Müller, un grotesque usurier au corps difforme prenant ici sa place et dont la perpétuelle logorrhée, véritable déluge de tentations verbales, pousse le dialogue du film vers l’abstraction, Sokourov le travaillant comme s’il s’agissait d’une hypnotique bande sonore destinée à endormir le spectateur pour mieux l’immerger dans le spectacle sensoriel, marquant au passage l’irrévérence dont fait preuve le cinéaste russe vis-à-vis de son sacro-saint texte de référence.

On ne peut parler d’adaptation fidèle (qui a crié au sacrilège ?), bien que Sokourov reprenne dans le désordre des scènes de la pièce de Goethe. Il s’agit au contraire d’une réappropriation et d’une interprétation très personnelle du texte, que le réalisateur inscrit de manière explicite dans un cycle, une tétralogie consacrée aux figures du totalitarisme du XXe siècle, initiée avec Moloch (Hitler), puis Taurus (Lénine) et Le Soleil (Hirohito). Sans avoir vu les films précédents, il n’est pas difficile de voir par quels thèmes Faust et son pacte central, déplacé ici vers la fin du récit comme une vulgaire note de pied de page, s’y rattachent. Ainsi, ce qui intéresse Sokourov, davantage que l’action qu’il n’a cesse de retarder, est le cheminement moral de son protagoniste presque toujours en mouvement, déambulant dans des décors – la cité, la forêt ou la montagne rocailleuse – grouillant de détails ; une route menant à une irrémédiable damnation et s’ouvrant sur le mal du siècle à venir.

Faust n’est d’ailleurs pas présenté sous les traits d’un vieux sage mais ceux d’un jeune et ambitieux physicien, presqu’un charlatan, que l’on découvre décortiquant un cadavre sans doute dérobé, prenant des mesures du crane et cherchant en vain à trouver parmi les visqueux organes qui se déversent dans ses mains l’emplacement de l’âme. Il est aidé dans sa tâche futile par son assistant, le quasi demeuré Wagner qui accouchera plus tard, lors d’une des scènes les plus pathétiques du film, d’un hideux homoncule. A la soif de jeunesse du Faust de Goethe succède celle du pouvoir, à son besoin de plaire à Margarete, celui de la posséder matériellement, par l’argent et dans sa chair. Point de noblesse ni de spiritualité à l’horizon lorsque Faust et l’usurier visitent le lavoir où ils apercevront pour la première fois la jeune femme, auquel notre sombre héros soulèvera la jupe comme pour découvrir le Graal, dans un climat baignée par une voluptueuse lumière, à la fois solaire et mielleuse.

Si l’Homme est ici un être profondément matérialiste qui ne pense qu’à jouir du moment présent, la mise en scène et le traitement des images confèrent pourtant au récit une poétique et une spiritualité indéniables. S’échappent de la ville et du quotidien morose des personnages, que ce soit au long d’une promenade pseudo romantique en forêt où chaque détail crève l’écran de sa netteté absolue mais où pourtant le tout semble se dissoudre dans une atmosphère rendue cotonneuse par la densité d’une lumière capable d’absorber les différents éléments présents à l’écran, ou lorsque enfin vient le moment pour Faust de posséder l’objet de ses désirs plongeant avec elle vers les ténèbres dans un lagon édénique, la caméra de Sokourov nous fait subtilement pénétrer un outre-monde dissimulé derrière le visible. Nous nous enfonçons alors pleinement dans la conscience torturée des personnages, chacun de leurs états d’âme prenant corps dans ce territoire éthéré où chaque geste, chaque pensée, semblent amplifiés.

Le questionnement du film gravite autour de cette notion de perception, d’où les anamorphoses déconcertantes qui nous dévoilent celle de Faust, biaisée par la propagande d’un Mauritius qui reviendra finalement réclamer son dû au cours de l’unique scène du film teintée par un fantastique inquiétant. Ce n’est que dans le dernier acte que la véritable nature des choses, des hommes et du récit, sera révélée au grand jour d’une lumière crue et que nous percevrons enfin le véritable Faust, l’homme arrogant et triomphant par la malhonnêteté, arpenter une terre veine atteinte après la traversée d’un Styx boueux et la rupture de son contrat. Ainsi, au bout de son périple, Faust semble bien chez Sokourov trouver le chemin d’une éternelle damnation et, alors que le récit rejoint étrangement, comme déjà chez Marlowe, ceux de la Chute, d’Adam et Eve expulsés de l’Eden, mais aussi de Lucifer qui se rebella par orgueil contre son maître, il ne reste plus que la démonstration de force d’une nature toute puissante et une lourde sensation de pessimisme face au matérialisme d'un genre humain désormais condamné à évoluer sur des terres que le divin aura, à jamais, abandonnées.

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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Jeudi 12 juillet 4 12 /07 /Juil 12:26
Kill List
Kill List
Réalisé par Ben Wheatley
(2011)

A l’image du cinéma de Dario Argento, où l’efficacité d’une scène spécifique peut parfois prévaloir sur la cohérence scénaristique de l’ensemble, l’aspect bancal de Kill List en rebutera certains mais c’est justement dans les nombreuses ouvertures du film que réside sa force subversive, qualité principale qui distingue toute œuvre importante du film de genre lambda. En échappant à la logique implacable des genres qu’il investit à première vue – le drame familial, puis le film criminel – préférant à celle-ci la logique plus déstructurée du cauchemar, le deuxième film de Ben Wheatley oblige son spectateur à creuser lui-même la subtile frontière entre réalité et fiction, incarnée ici par les possibles séquelles post-traumatiques et désorientantes de Jay, vétéran du Golfe devenu tueur à gages pour arrondir ses fins de mois.

C’est justement en premier lieu cette dimension sociale qui paraît dans Kill List et c’est d’elle que va naître une tension toujours palpable, toujours à la limite. Suivant Jay et Shel dans leur quotidien, adoptant une esthétique de cinéma vérité avec caméra à l’épaule pour exposer leurs problèmes financiers, les coups de fil en pleurs passés par la jeune femme à sa mère et l’alcoolisme du mari, Wheatley nous montre, dans un style proche de John Cassavetes, un couple au bord de l’implosion où subsiste néanmoins de la tendresse, surtout vis-à-vis de leur jeune fils, Sam. C’est l’intrusion d’un second couple, Gal et sa copine d’un soir Fiona, qui va faire exploser cette tension et amorcer le récit qui révélera en filigrane la véritable nature du drame. Rapidement, le spectateur apprend que Gal et Jay ont fait la guerre du Golfe ensemble et qu’ils ont, depuis, accompli plusieurs missions en tant que tueurs à gages, se taillant au passage une réputation pour leur efficacité. Il sera notamment, à plusieurs reprises, question d’un séjour à Kiev qui a mal tourné, un souvenir qu’aucun des deux hommes ne semble vouloir éveiller. Gal persuade son ami d’accepter une ultime mission, commanditée par un individu mystérieux, pour soulager leurs problèmes financiers. A partir de ce moment, Kill List va lentement glisser vers un fantastique incertain et une mise en scène à l’esthétique plus sombre et angoissante, le travail sur l’image et le son jouant dès lors un rôle majeur à l’instar d’une bouilloire située dans une pièce voisine qui semble hurler tel un enfant torturé, scène qui illustre de manière subjacente le dilemme de montrer ou non la violence et l’horreur, de les confronter ou de fuir.

Film dérangeant, Kill List va interroger de tout son long la légitimité morale de la violence – individuelle ou sociétale – dont il met en scène des exemples extrêmes et pas franchement jouissifs. Alors que les deux hommes découvrent que certaines de leurs cibles appartiennent à un réseau pédophile, Gal se demandera s’il est bien raisonnable de ne pas éprouver de remords, tandis que pour Jay, en bon père de famille qu’il est, le contrat va prendre l'allure d'une croisade aux qualités rédemptrices. Le dernier acte virtuose, qui vaut à lui seul le détour, va mêler des figures ancrées dans l’histoire du cinéma d’horreur pour faire apparaître, en point de fuite, la possible coexistence au sein du récit d’un sinistre calvaire infligé en punition à des hommes aux mœurs contestables et du cauchemar halluciné d’un individu broyé par une société qui monopolise le droit de légitimer ou non toute forme de violence et donc de sentiment.

Profitons de l’occasion pour saluer la maison Wild Side, distributeur de Kill List en France, qui fête actuellement ses dix ans et s’est imposé, par son excellent catalogue DVD dont la plus récente collection Classics Confidential est tout simplement magnifique (bien que pas donné) et sa politique de distribution en salles, comme l’un des acteurs majeurs du cinéma dans ce pays.

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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Jeudi 28 juin 4 28 /06 /Juin 12:51
Prometheus
Prometheus
Réalisé par Ridley Scott
(2012)

Si cette missive vous parvient avec trop de retard pour éviter à vos rétines déjà bien usées l’esquintement résultant du nouvel énéma subi par Ridley Scott, veuillez avoir l’indulgence de m’excuser mais il m’aura fallu un certain courage pour m’attaquer à ce démontage en règle. Prometheus est un film tellement insipide qu’on a un peu de mal à savoir par quel bout indigeste commencer mais, dans un esprit de faire-play caractéristique, je vais en un premier temps essayer d’en dégager les rares points positifs. Soulignons donc que, non seulement comparé à son film précédent (l’ignoble Robin des Bois) Scott signe ici un film plutôt regardable (enfin, quand il se passe quelque chose), mais qu’en plus le bougre se dépasse avec une scène de césarienne improvisée, digne du mauvais goût le plus prononcé du cinoche d’exploitation italien des années 1970. Malheureusement, après cet instant jouissif et une ou deux scènes d’action à peu près potables, le tout commence à se prendre bien trop au sérieux et alors ça se gâte sévère. Plaquant les clichés les plus éculés de la science-fiction sans jamais en développer ne serait-ce qu’un seul sur un scénario qui navigue durant deux bonnes heures entre dialogues atteignant des sommets de platitude et jolis paysages sans grand intérêt, Scott nous achemine sans aucune originalité, armé d’un budget colossal qu’il semble parfaitement satisfait de jeter par la fenêtre, vers l’une des plus répugnantes instances de fan service jamais vue (ou l'art de faire débourser 12€ à des milliers d'innocents spectateurs pour se contenter au final de recycler l'une des images les plus iconiques du film de référence). Pour ceux qui auraient envie de rétorquer qu’il ne s’agit pas de clichés mais de références je dirais simplement qu’on peut se permettre quelques clins d’œil discrets mais que quand on aligne pendant 120 minutes des idées et images plagiées sur toutes les œuvres majeures du genre auquel on s’attaque sans avoir l’idée basique de les questionner ou de prendre un peu de recul on ne fait que mettre l’accent sur son propre manque (ici déjà flagrant) d’imagination. Prometheus représente ainsi ce que l’on peut faire de pire avec le cinéma de genre ; un film exploitant des filons éprouvés mille fois avant sans proposer la moindre ambition de renouveau, ne cherchant à divertir que par la débauche d’effets spéciaux qui, au lieu de se mettre à son service, ne servent qu’à masquer la pauvreté d’un récit où des personnages unidimensionnels déambulent presqu’au hasard n’ayant ni but ni désir cohérents et, surtout, n’assumant jamais son statut de film de genre en tentant de camoufler celui-ci derrière des thématiques consensuelles et graves sans faire même un effort minimum de réflexion ou d’intégration scénaristique pour prétendre à une profondeur toute illusoire à l’image de l’utilisation inutile de la 3D dans le cinéma grand-public contemporain qui cherche à conférer un relief visuel à des films qui en manquent cruellement dès le départ et ce à tous les niveaux qui importent. Après ça, que dire de la lourdingue opposition entre éthique scientifique et idéologie religieuse, des incohérences scénaristiques tant au niveau des personnages que de l’utilisation plus que maladroite de concepts scientifiques, d’un maquillage de vieillard qui n’est même pas digne de Fort Boyard (pourquoi ne pas tout simplement prendre un vieux ?) et des pitoyables tentatives de rattachement à la mythologie de la saga Alien que Scott, après l’affreux opus signé par Jean-Pierre Jeunet, achève de poignarder dans le dos ? Et je n’ai pas encore mentionné la ringardise absolue de la mise en scène ; Wow des molécules d’ADN ! Super, un mec en toge devant une cascade ! Un géologue hippy rouquemoute qui kiffe les cailloux et qui se prend pour un loup ! On pourrait continuer longuement comme ça, en même temps ça fait plus de vingt ans que le Ridley n’a pas fait un bon film (le sympathique Black Rain de 1989) alors la frustration demeure toute relative. On a désormais l’envie simple mais gratifiant de le voir se louper en beauté avec la suite annoncée de son surestimé Blade Runner (ben ouais, c'est un film qui se regarde, mais qui ne casse pas non plus trois pattes à un canard).

Par Marc - Publié dans : Nouvelles du front - Communauté : Webzine cinéma
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