Moonrise Kingdom
On commençait à se lasser depuis quelques temps déjà de Wes Anderson et de sa fâcheuse tendance à resservir toujours la même histoire à la même sauce. On en était même arrivé à se demander s’il aurait la capacité de se sortir de la torpeur qui avait plombé A bord du Darjeeling Limited. Autant donc vous dire que, dans ces parages, Moonrise Kingdom était fortement attendu au tournant. Contre toutes mes attentes, avec cette histoire d’enfants fugueurs, Anderson réussit le pari, si ce n’est à complètement se réinventer (ce que personne ne souhaitait de toutes façons), du moins à porter un regard neuf et rafraichissant sur les thèmes et motifs qui l’obsèdent depuis ses premières réalisations et que le spectateur prendra enfin du plaisir à retrouver. En plongeant entièrement pour la première fois dans le monde de l’enfance, un univers qui semblait habiter ses films précédents sans jamais qu’ils n’y soient réellement consacrés, Anderson trouve enfin un terrain où laisser libre-cours à son imaginaire débridé et sa loufoquerie désuète, mettant en scène un récit d’aventure teinté de mélodrame qu’il parvient à investir d’une dimension mythique au travers de l’évocation d’images ayant sans doute marqué sa propre jeunesse comme celle de sa génération, des images qui vont du délicieux personnage campé par Tilda Swinton, tout droit sorti d’un film Disney, aux références nombreuses et évidentes à Peter Pan et à la littérature enfantine de manière générale, tout en passant par d’autres d’une nature plus traumatique et ancrées dans l’inconscient collectif, entre autres par le biais du cinéma, notamment lorsque la compagnie de scouts semble se métamorphoser en un escadron de GI’s plongé dans l’enfer du Vietnam d’un Kubrick ou d’un Coppola. Poursuivant et affinant son travail de mise en scène et de narration, qui se trouvent ici plus stylisées que jamais (un parti-pris qu’on encourage fortement), Anderson brasse comme à son habitude une multitude de thèmes plus ou moins graves sur un ton léger qui se montre souvent désemparant tout en retrouvant cette fraîcheur qui nous avait emballé dans Rushmore ou La Famille Tenenbaum et que l’on avait eu la triste sensation de voir se dissiper par la suite. Anderson signe donc avec Moonrise Kingdom son meilleur film depuis des lustres et ça fait plaisir. Seul bémol ; encore une fois la copie numérique, franchement dégueulasse, est loin d’être à la hauteur du film, saturant bon nombre de plans de bruit et gâchant quelque peu le plaisir visuel au spectateur. Au risque de me répéter, quel est l’intérêt, hormis les économies sur les frais de distribution et de diffusion qui semblent se répercuter à l’inverse sur le prix des billets, de projeter un tel film en numérique ? C’est sans doute plus pratique, mais en termes de qualité d’image il n’y a pas photo (et ce n’était pas du tout pour le bête plaisir du calembour que je me permets cette remarque). Ce n’est pas possible qu’il n’y ait que moi que ça énerve.
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Twixt
Les Innocents
Après un mois de février généreux, un mois de mars calamiteux, que nous
réserve donc cet avril 2012 d’autre que d’interminables débats dépolitisés et stériles, des poissons et du chocolat ? Ben pas grand-chose à vrai dire. L’euphorie cannoise approchant avec ses
grands sabots – écoutez bien et vous entendrez partout atour de vous des centaines de potiches s’entrainer à fouler d’un pas gracieux le tapis rouge tout en affichant leur plus beau et effrayant
sourire – et chacun voulant sa part du gâteau, de la palme, des cocotiers et des spotlights, les distributeurs se montrent, comme d’habitude à cette époque de l’année, réticents à lancer
leurs films les plus attendus. Il nous faudra donc attendre encore quelques mois pour découvrir les nouveaux films d’Andrew Dominik (Killing Them Softly), John Hillcoat (The Wettest
Country), Paul Thomas Anderson (The Master) et peut-être même Terrence Malick qui, pour une fois, a une flopée de projets en cours.
En DVD, du côté de chez Carlotta seront édités deux films de Rainer Werner Fassbinder,
Whity et Lili Marleen, un événement en soi, mais ce mois ci c’est surtout Wildside qui nous gâte avec (enfin) la sortie du Husbands de John Cassavetes – grand absent du
coffret édité chez TF1 il y a quelques années – pour lequel le cinéaste est réuni à l’image avec ses acteurs fétiches Peter Falk et Ben Gazzara, tous deux nous ayant quitté ces derniers mois pour
le rejoindre. C’est l’occasion de leur rendre un dernier hommage. Espérons que le travail éditorial sera à la hauteur de l’œuvre et qu’un jour la maison d’édition au chat qui miaule aura la bonne
idée de nous permettre de désactiver les sous-titres qui agrémentent leurs galettes. Si tout ça ne vous suffit pas,
Walkabout (La Randonnée)



