Vendredi 30 octobre 2009
Norman McLaren
(1914 - 1987)




                Cinéaste d'origine écossaise ayant fait la majeure partie de sa carrière à l'Office National du Film au Canada après une courte mais productive escale à New York, Norman McLaren était à la fois un réalisateur d'avant-garde de génie et un pionnier de la musique électronique. Documentaires, courts-métrages de fiction, films d'animation usant de techniques variables, le cinéma de McLaren explore différentes thématiques mais celui qui, au fond, l'a sans doute le plus intéressé est le mouvement.
                Si certains de ses premiers films témoignent d'un engagement politique, comme Hell Unlimited, plaidoyer virulent contre la course à l'armement et la guerre imminente tourné dès 1936, McLaren, marqué par des visions cauchemardesques aperçues au cours de la guerre d'Espagne où il officiait en tant que caméraman, s'enfuit vers des images plus poétiques, trouvant notamment un échappatoire dans le surréalisme d'Yves Tanguy dont les paysages influenceront certains décors de ses films futurs.
                Car Norman McLaren s'intéresse dès lors au cinéma d'animation, s'essayant à diverses techniques pour faire apparaître ses rêves sur le celluloïd. Parmi les films tournés dans les années 1940 et 1950, on trouve plusieurs techniques récurrentes. Le réalisateur se passait souvent de la caméra en peignant directement sur la pellicule, ou en la rayant, pour des films dont Blinkity Blank (photo ci-contre) ou l'un de ses véritables chefs d'oeuvre, Begone Dull Care (Caprice en couleurs). Pour certaines créations, il adoptait la technique du plan par plan, soit en filmant une même image - un tableau ou une photo - qu'il modifiait au fur et à mesure avec de la craie blanche et noire comme pour son film de 1946, A Little Phantasy on a 19th-century Painting, soit en déplaçant des morceaux de papiers découpés et posés sur une image qui fait office de fond, méthode adoptée pour Le Merle et Rythmetic dans les années 1950.
                A cette même époque, McLaren cherche aussi à générer de la musique directement sur la pellicule. La musique chez ce réalisateur est aussi importante que l'image, et ses influences sont diverses, allant du chant traditionnel, au jazz, en passant par la musique classique. Mais la musique qu'il va lui-même créer pour certains de ses films peut être considérée comme un premier pas pour la musique électronique. En grattant à l'aide de multiples instruments la bande magnétique qui se trouve sur le bord de la pellicule, McLaren obtient des sons dont il va s'obstiner à maîtriser le volume, la tonalité et la durée. Développant cette technique tout au long de sa carrière, il parvient à des résultats étonnants dans le film Synchromy qui date de 1971, où l'image répercute les séquences musicales.
                Au cours des années 1960, McLaren délaisse le cinéma narratif et réalise trois films étonnants et intimement liés. Dans le premier film de cette série, Lines: Vertical, une série de lignes se déplacent de gauche à droite et de droite à gauche, créant toute un enchaînement de perspectives inattendues. En basculant l'image, Mclaren obtient un deuxième film, Lines: Horizontal, et en superposant les deux il obtient le magnifique Mosaic où des points se meuvent de façon hypnotique pour le spectateur. Autre chef d'oeuvre des années 1960, Canon, dans lequel le réalisateur traduit avec beaucoup de réussite le principe du canon musical au plan visuel. Fait avec énormément d'humour, le film est une merveille.
                McLaren se sert donc assez peu d'acteurs, et ses films narratifs sont généralement moins intéressants que ceux où il tend vers l'abstraction. Il faut tout de même noter que Neighbours (Voisins) et A Chairy Tale (Il était une chaise) contiennent de nombreuses trouvailles visuelles et innovations techniques qui changeront, à l'image de ce que faisait Méliès, la façon de faire des films. Il filme cependant, et ce n'est pas étonnant, des danseurs, et c'est l'une des ces collaborations que je considère comme sa plus belle oeuvre. Malgré la présence d'acteurs, Pas de deux (photo ci-contre) tend vers l'abstraction la plus totale, transformant le mouvement de la danse en un pur mouvement de lumière pour donner l'une des visions les plus cinématographiques qui soit. Vous pouvez regarder Pas de deux ici.
Par the idiot - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma
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Mercredi 28 octobre 2009
Cadence
(2009)
Stéphane Velut



"Voir une figure humaine avant de sombrer."


                  L'année, 1933. Le lieu, Munich. Plus précisément, un appartement munichois dans lequel, pendant plusieurs mois, va s'enfermer un homme ; un peintre visionnaire. Il doit peindre un tableau pour le Führer, le portrait d'une jeune aryenne que le gouvernement lui confie le temps de son travail, un tableau censé représenter toute la gloire du Reich hitlérien. Mais l'artiste a une autre idée derrière la tête, et petit à petit il va transformer la jeune fille en chose, en faire sa poupée, lui faisant accomplir la trajectoire opposée à celle du petit Pinocchio de Carlo Collodi.
                  Dans un premier temps, le narrateur - le peintre - semble échapper à l'idéologie nazie qui envahit sa ville et son pays. Coupé du monde, il se concentre sur son oeuvre, faisant son possible pour ignorer l'abomination qui se trame partout autour de lui. Mais l'horreur finit par devenir inévitable et lui aussi va sombrer dans ce cauchemar, fruit d'une perte collective de tout sentiment humain. Une perte qui va se manifester de manière concrète quand les habitants de Munich commencent à abandonner leur forme humaine.
                  Deux influences majeures semblent nourrir l'écriture de Stéphane Velut. On ne peut s'empêcher de penser au narrateur des Carnets du sous-sol de Fédor Dostoïevski pendant la première partie du roman, un sentiment d'enfermement prédomine et la volonté de fuir ce monde vil ne fait que rapprocher les deux personnages. Lorsque le peintre s'ouvre au monde, et prend conscience de la déshumanisation ambiante, le récit sombre dans le cauchemar et l'on se retrouve en pleine fable kafkaïenne.
                  Si le thème et l'époque ont été exploités de fond en comble, une mode qui ne s'estompe toujours pas avec le temps vu le nombre de romans de cette rentrée littéraire qui les prennent pour sujet, la volonté de l'écrivain de faire de Cadence un conte sombre et parfois insupportable fait sortir le roman du lot. Malgré quelques faiblesses, le style est prenant et convient parfaitement au personnage, ce premier  roman imposant Stéphane Velut comme un auteur à suivre de près.
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Mardi 27 octobre 2009
My Winnipeg
(2007)
Guy Maddin
Ann Savage, Darcy Fehr, Brendan Cade




                      Oh bordel de merde! Jusqu'à hier soir, environ 18 heures, je ne savais pas encore qu'on pouvait faire entrer autant de matière en aussi peu de temps. En sortant du cinéma, une heure vingt plus tard, j'avais l'impression de m'être fait passer dessus par une horde de bisons homosexuels, impression puissante et expérience fondatrice, je ne vous le cache pas. Mais qu'est-ce que c'est que ce film, me demanderez-vous. Ni plus, ni moins que le dernier ovni signé Guy Maddin (bon, ça date de 2007 quand même) qui vient de sortir dans notre beau pays de cinéphilie préhistorique. Ne vous arrêtez pas au titre français, il craint du slip. La seule ressemblance avec le Hiroshima, mon amour de Resnais est que si ce film sacralisé de la nouvelle vague avait été bien, il aurait ressemblé à My Winnipeg, sorte de vrai-faux documentaire autobiographique et fantasmé.
                      Le film est un espèce de portrait que Guy Maddin dresse de sa ville natale, Winnipeg, une ville qu'il aime et qu'il exècre à la fois, qu'il veut fuir mais qu'il habitera sans doute pour le restant de ses jours. Humour et nostalgie vont de paire, donnant lieu à des émotions complexes sublimées par des visions de toute beauté. Car stylistiquement, il s'agit peut être du plus beau film de Maddin, son noir et blanc fait penser aux grandes heures du cinéma hollywoodien où les chefs opérateurs allemands peignaient littéralement avec la lumière. On peut aimer ou ne pas aimer ce classicisme référentiel, toujours est-il que le bougre maîtrise son sujet à la perfection, illustrant son propos avec des images marquantes.
                      Comme toujours chez Maddin, dans My Winnipeg des scènes d'un surréalisme étrange surgissent au milieu des événements les plus triviaux, comme ces chevaux qui se noient dans les eaux d'une rivière gelée, leurs têtes aux traits rendus horifiants par la panique étant devenus une curiosité pour les promeneurs en tous genres. Le plus petit parc du monde ou la Winnipeg Arena où jouait l'équipe de hockey sur glace sont d'autres lieux auxquels se rattachent les souvenirs et les rêves de Maddin, toujours rendus flous par une brume épaisse et disparaissant l'un après l'autre, comme pour marquer l'impossibilité de retrouver une dernière fois le chemin de notre enfance.
Par the idiot - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma, Cinémaaa
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Samedi 24 octobre 2009
Raise High the Roof Beam, Carpenters and Seymour: an Introduction
(1963)
J.D. Salinger




                   Dans ce recueil, composé de deux nouvelles relativement longues, le romancier américain Jerome David Salinger revient sur l'un de ses sujets d'écriture de prédilection ; la famille Glass. Celle-ci figure effectivement dans de nombreuses nouvelles de l'auteur de L'Attrape-coeurs, chaque nouveau récit apportant une nouvelle pierre à l'édifice, renouvelant l'aspect du tout.
                   Ces deux nouvelles sont narrées par Buddy Glass, le deuxième des sept frères et soeurs surdoués de cette famille nombreuse, et concernent principalement son frère aîné Seymour, figure absente des deux récits mais dont l'influence sur le reste de la famille est toujours fortement sensible. Dans Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers, Buddy part assister au mariage de son grand frère à New York, mais Seymour ne se présente pas à la cérémonie. Seul au milieu des invités hostiles et mécontents de la mariée, il cherche tant bien que mal à comprendre les raisons du désistement de son frère. Seymour, une introduction est, comme son titre l'indique, une tentative de portrait de Seymour dressé par un Buddy Glass quadragénaire et fouille plus profondément les relations entre les deux hommes.
                   Ecrits avec un humour ravageur, à la fois désuet et caustique, ces deux nouvelles me font hurler de rire à caque fois que je les relis. Avec ses nouvelles concernant la famille Glass, Salinger a tissé une toile et créé une vaste chambre de résonance où chaque récit semble répondre aux autres, amenant une profondeur nouvelle aux différents personnages et donnant une envie irrésistible de le relire encore et encore.
Par the idiot - Publié dans : Littérature - Communauté : ♦ Lecture pour tous ♦
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Mardi 20 octobre 2009
Je me lance avec une ambition erratique dans une tentative sans doute foireuse de compiler une liste de ce que je considère comme les 25 plus grands films de l'histoire du cinéma. Pas de fausse modestie, ce sont mes films préférés alors ce sont forcément les meilleurs! Survolez les affiches, si j'ai chroniqué les films je créerai des liens (et non, je ne me sens pas le courage de parler de chacune de ces perles ici, là, maintenant). Toute critique de votre part sera évidemment ignorée...

Andrei Roublev (1966) Andrei Tarkovsky



Le Goût du saké (1962) Yasujiro Ozu



Satantango (1994) Bela Tarr



L'Opérateur (1928) Edward Sedgwick et Buster Keaton



Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia (1974) Sam Peckinpah



Punishment Park (1971) Peter Watknis



L'Aurore (1927) Friedrich Wilhelm Murnau



Cria cuervos (1976) Carlos Saura



Une Femme sous influence (1974) John Cassavetes



Persona (1966) Ingmar Bergman



Woyzeck (1979) Werner Herzog



Conversation secrète (1974) Francis Ford Coppola



Loulou (1929) Georg Wilhelm Pabst



Des trous dans la tête (2006) Guy Maddin



Le Voyeur (1960) Michael Powell



Prince des ténèbres (1987) John Carpenter



Profession reporter (1975) Michelangelo Antonioni



Johnny Guitar (1954) Nicholas Ray



Les Lumières de la ville (1931) Charles Chaplin



Marché de brutes (1948) Anthony Mann



Viridiana (1961) Luis Bunuel



Macadam à deux voies (1971) Monte Hellman



La Ligne rouge (1998) Terrence Malick



L'Esprit de la ruche (1973) Victor Erice



Lost Highway (1997) David Lynch


Par the idiot - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma
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